CH. IV. — DANS LES PROVINCES DE L’OUEST
terai, ce que vous considérez peut-être comme une exagération impardonnable, que leur influence sur les destinées sociales et politiques de notre grand pays, est cent fois plus considérable que s’ils étaient restés dans la province de Québec.
« Pour le comprendre, il suffit de considérer que nos co-nationaux formés à nos institutions depuis leur enfance, animés d’un patriotisme chaud et éclairé, plus Canadiens que tous les autres, exercent une influence décisive sur les Métis, Galliciens, Hongrois et autres de vieilles races européennes, lesquelles ne comprendront rien à nos institutions avant vingt-cinq ou trente ans. Or, dans ce pays, où le vote décide de tout, il leur est facile d’amener à leurs vues des douzaines et des centaines de leurs voisins. »
Puisque l’influence peut s’établir facilement sur tous ces étrangers récemment immigrés et dont beaucoup ne pourront que difficilement et avec le temps, s’assimiler aux lois, mœurs et coutumes des Canadiens, ne voit-on pas quel rôle important ceux-ci peuvent jouer dans la marche des affaires des nouvelles provinces et quel intérêt primordial ils ont à les peupler le plus rapidement et le mieux possible ?
« On s’accorde généralement à dire, poursuit l’abbé Bérubé, que l’avenir du Canada appartient aux provinces de l’ouest. Il y a ici l’espace,
CANADA
les richesses naturelles de toute sorte, qui n’attendent que les bras pour être exploitées. Or, on l’a dit, non sans raison, il peut être dangereux de laisser cette portion si importante de notre grand pays, aux mains des seuls aventuriers américains et ontariens. Qu’ils imaginent, un moment donné, lorsque la balance du pouvoir sera dans l’ouest, s’il est de leur intérêt de se séparer des vieilles provinces de l’est, ou de s’annexer aux États-Unis, il leur sera relativement facile de faire voter dans leur sens cette masse de vieilles humanités — émigrants europeéns — et le tour sera joué.
« Ne voyez-vous point que, le cas échéant, la colonie canadienne-française de ces provinces peut jouer un rôle précieux ? Nos gens sont encore de force à répéter ici leurs gestes d’autrefois, quand trois ou quatre fois déjà, ils conservèrent le Canada à l’empire britannique.
« Et même si, ce que nous espérons, ce cas ne se présente pas, ne voyez-vous pas combien un député canadien-français venant de l’ouest, sera bien placé pour défendre les intérêts propres de la province de Québec, lui qui la comprend et l’aime toujours au fond de son âme ? Sa parole aura plus de force, dans la Chambre des communes, que celle de dix députés de la province de Québec. Ses voisins et confrères de l’ouest lui accorderont beaucoup pour sa province natale