CH. IV. — DANS LES PROVINCES DE E’OUEST
en échange de son précieux concours au service des intérêts de la leur. Alors les habitants de la province de Québec béniront la Divine Providence, qui aura transporté plusieurs de leurs concitoyens dans cet ouest merveilleux.
« C’est pourquoi nous pensons que c’est une politique sage et prudente de diriger de ce côtéci les Canadiens-Français qui veulent du changement, plutôt que de les laisser aller se fondre et se perdre dans le- grand tout américain. »
Du point de vue religieux, la situation des Canadiens-Français dans l’ouest est non moins bonne et même meilleure que du point de vue national.
De clergé est, en général de langue française et, ce qui est précieux pour les colons venus de la province de Québec, c’est que, évêques et prêtres sont de chauds Canadiens.
« Tout le monde connaît, dit encore le curé Bérubé, l’œuvre apostolique sublime de la congrégation des Oblats de Marie-Immaculée. Cette congrégation, la plus canadienne de nos sociétés religieuses, a fait, avec un succès visiblement béni de Dieu, dans le Nord-Ouest canadien, un travail de géant. Sur aucune plage du monde et par aucun autre groupe d’apôtres, l’on n’a vu plus de zèle évangélique, plus de savoir-faire et plus de ténacité qu’en ont déployés ces bons Pères depuis cinquante ou soixante ans.
CANADA
Aussi les résultats de leur apostolat sont tout simplement merveilleux. »
Il faut leur associer les grands évêques des premiers temps de la colonisation, les Provencher, les Taché, lesEangevin et ceux qui aujourfuit suivent si dignement leurs traces : Mgr Béliveau, à Saint-Boniface ; Mgr Mathieu, à Regina ; Mgr Prudhomme, à Prince-Albert. Avec un clergé qui se multiplie pour donner à chacun le pain spirituel, tout en ne négligeant pas les intérêts temporels, comment les Canadiens-Français ne bâtiraient-ils pas sur le roc ?
Saskatchewan
Plus récente que celle du Manitoba est la colonisation de la Saskatchewan et de l’Alberta. En 1911, il y avait 23.251 Canadiens- Français en Saskatchewan et 42.152 en 1921. Leur nombre a donc presque doublé en dix ans. Eà aussi, l’élément français a cherché à se faire une place au soleil ; mais si, malgré ses faibles moyens d’action et son petit nombre, il a pu s’en assurer une, il n’a pu, par suite de son éparpillement, lui donner la force de résistance nécessaire.
Dans la Saskatchewan, plus qu’ ailleurs, il y a, en effet, une poussière de Canadiens-Français, agissant en ordre dispersé ; nulle part ils ne forment une masse compacte solidement assise.
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Par contre, on découvre, en divers points de la province, de petits groupes qui, avec le temps et surtout avec quelque renforts de population, parviendraient vite à prendre une situation prépondérante.
Tel est le cas, dans le sud, de la région de Gravelbourg, qui malgré sa fondation récente — la ville ne date que de 1906 — a su prendre un rapide développement. Grâce à la création d’un collège classique français, le collège Mathieu ainsi nommé en l’honneur de l’éminent archevêque de Regina, qui a contribué par tous ses moyens à sa fondation et à son développement, la petite ville de Gravelbourg est devenue le phare intellectuel des Canadiens-Français de la province.
Au début de ce siècle la solitude la plus complète régnait dans la grande plaine arrosée par la rivière Wood, entre les lacs Chaplin et Johnston et la frontière des États-Unis. Ue premier, le missionnaire colonisateur Pierre Gravel, vint y planter sa tente et jeta les fondements de ce qui est aujourd’hui Gravelbourg. Du Canada de l’est et des États-Unis, il amena et rapatria de nombreux Canadiens-Français, qui ont su saisir la bonne aubaine qui se présentait à eux de s’implanter au sol (1). Aujourd’hui les paroisses
(1) Le curé P. Gravel est décédé prématurément le 10 février 1926, dans toute la force de l’âge.
G. DEMANCHE. — CANADA.
françaises ont poussé comme par enchantement sur cette terre qui ne demande qu'à être retournée pour enrichir ses détenteurs. Ce sont, autour de Gravelbourg : Laflèche, Ponteix, Ferland, Plessis, Meyronne, Willow-Bunch et plusieurs autres encore.
Le recensement de 1911 ne mentionne pas encore l’existence de Gravelbourg, mais celui de 1921 lui donne déjà 1.106 habitants, dont 862 sont de langue française et il n’est pas douteux que celui de 1931 ne lui en attribue un nombre supérieur. La région environnante rassemble environ 7.000 Canadiens-Français; c’est de bon augure pour son avenir.
Il est encore d’autres points cù les Canadiens- Français ne sont pas trop dispersés.
Au sud de Prince- Albert, dans le district où ont pris naissance les centres français de Saint - Louis, Duck Lake (Lac-aux-Canards), Domrémy, Bonne-Madone, etc., il y a 7 à 8.000 Canadiens-Français.
Au nord, dans une zone peu peuplée, autour de Shell River et de Debden, s'implante et s’étend, sans avoir encore beaucoup à craindre un voisinage gênant, un petit noyau de 2 à 3.000 Canadiens-Français qui, grâce à cette situation territoriale lui laissant les coudées plus franches qu’ailleurs, peut aspirer à un développement fécond et rapide.