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CHAPITRE VI

L’émigration canadienne aux Etats-Unis

Bien que la question concernant l’émigration aux États-Unis des Canadiens-Français ne rentre pas absolument dans le cadre de cette étude • — qui n’a pour objectif que le peuplement de la Puissance du Canada — il n’est pas sans intérêt de faire ressortir de quelle façon elle nuit à ce peuplement.

Depuis plus d’un demi-siècle, un mouvement d’émigration, important mais irrégulier, et essentiellement variable selon les circonstances, comme les périodes de crise économique ou industrielle, s’est produit et développé du Canada aux États-Unis. Ce mouvement a commencé à se dessiner lorsque les usines, manufactures et autres établissements industriels ont pris une extension de plus en plus importante de l’autre côté de la frontière, dans la Nouvelle-Angleterre principalement, c’est-à-dire sur les confins du Québec, de l’Ontario et des provinces maritimes. Ces établissements étant alors assez rares au

Canada, notamment dans la province de Québec, il n’était, par suite, pas possible d'y employer la plupart de ceux qui passaient aux États-Unis.

Parmi les causes diverses ayant fait naître cette émigration, qui s’est surtout produite dans la population agricole, deux sont principalement à retenir : l’une provenant de causes physiques, comme la rigueur du climat pendant la période hivernale ; l’autre, qui en découle naturellement, est l’impossibilité de se livrer, durant cette période, aux travaux habituels.

En passant aux États-Unis, les émigrants canadiens trouvaient d’abord plus à gagner dans les usines américaines que dans les travaux de culture et, en outre, pendant les longs hivers, recevaient, dans les manufactures, un salaire que leur refusait la terre de leur pays recouverte de neige et de glace.

D’autre part, les industriels voyaient avec satisfaction leur arriver une main-d’œuvre saine, solide, laborieuse, qui permettait de donner à leur entreprise un fonctionnement plus étendu et plus fructueux.

Par suite de cette double circonstance, le mouvement, une fois lancé, ne fit que s’accentuer et beaucoup de ceux qui n’étaient partis que pour un temps déterminé, s’établirent peu à peu, avec leur famille, et sans esprit de retour,

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dans les centres industriels où ils avaient trouvé du travail, travail pénible sans doute et assujettissant, mais rénumérateur.

Cette installation à demeure avait amené la création de nouveaux foyers et de nouveaux centres. Là, les Canadiens-Français se trouvaient groupés nombreux comme dans leur pays d’origine, ayant transporté avec eux, sinon leurs lois, du moins leurs traditions et leurs coutumes. Le clergé canadien, lui aussi, avait émigré pour suivre ses ouailles. Des églises avaient été construites, des paroisses créées pour maintenir intacte la foi catholique parmi les émigrants. Comme avec la religion, il importait de conserver la langue et de la préserver des atteintes qui la menaçaient, des écoles, où l’enseignement du français était donné, avaient, elles aussi, surgi dans de nombreux centres.

Puis, un autre problème s’était posé. Les Canadiens établis à demeure aux États-Unis devaient-ils devenir citoyens américains ou continuer à être citoyens du Canada ? Devaientils, ou ne devaient-ils pas, prendre part aux luttes politiques de la république américaine ?

Sur ces questions, les opinions ont toujours été divisées ; il faut reconnaître, cependant, que beaucoup de Canadiens ont fini par se rallier aux institutions politiques des États-Unis et à se faire naturaliser citoyens américains. Mais,

G. DEMANCHE. — CANADA.

CANADA

tout en accomplissant cet acte politique, ils ont entendu aussi rester fidèles à leur origine, conserver leur langue, leur religion, leurs traditions, demeurer, dans leurs affaires privées, de vrais Canadiens. Chaque année, ils célèbrent avec éclat la saint Jean-Baptiste, la fête nationale des Canadiens-Français. Tout cela ne les empêche pas d’être de bons et loyaux Américains.

Et en fait, ceux qui ont adopté cette ligne de conduite, ont pris une part active aux luttes politiques sous l’égide de la bannière étoilée. Dans plusieurs des. états de l’Union, il y a des députés, des sénateurs, des magistrats, des fonctionnaires de tous ordres canadiens-français. C’est un Canadien-Français, M. Aram Pothier, qui, le premier, en 1893 et depuis, à plusieurs reprises, a été élu gouverneur de Rhode Island. Dans le Maine, Vermont — dont la capitale porte un nom bien français : Montpellier — - Massachusetts, Connecticut, New-Hampshire, etc., les Canadiens-Français jouent aussi un rôle important, sont élus membres des assemblées législatives, faisant souvent, par leur vote, pencher le fléau de la balance en faveur du parti pour lequel ils se prononcent. Dans des centres industriels importants, à Fall River, Woonsocket, Manchester, Uowel, les Canadiens- Français sont en nombre, avec leurs journaux.

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