‹ Cinquante années de peuplementChapitre 8 sur 29 · IO · texte numérisé non relu

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Autant la progression des Canadiens-Français est régulière et continue dans Prescott, autant la régression des Canadiens-Anglais est semblable, les premiers s’élevant de 14.601 à

(1) Le recensement de 1891, sous le rapport des races, ne contient que ces deux divisions : « Canadiens-Français » et « Autres origines ». Il n’est donc pas possible d’établir la part qui revient à l’élément britannique. Quant à la manière dont a été relevée l’appellation « Canadiens-Français » en 1891, on sait qu’elle a été cause de sérieuses inexactitudes.

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20.805 les seconds descendant de 8.014 à 5.394. Dans Glengarry, le mouvement de la population est analogue.

Dans les autres comtés, si l’avance de l’élément français est la même, il y a, à l’encontre de ce qui s’est produit dans Prescott et Glengarry, légère augmentation de l’élément britannique (assez accentuée pour Ottawa), ou état à peu près stationnaire, comme dans Stormont (1).

Actuellement, les deux comtés de Prescott et de Russell ont une incontestable majorité de langue française et ceux de Glengarry et Stormont, aujourd’hui réunis en un seul, ne tarderont pas, sans doute, à renfermer une majorité de Canadiens-Français.

» De nouvel Ontario, où se trouve le second groupe en importance des Canadiens-Français est le territoire incorporé à la province depuis 1912. Situé entre le Québec et le Manitoba, il forme un trait-d’union naturel entre ces deux provinces, ce qui lui donne une importance qu’on ne saurait méconnaître. Fort peu peuplé naguère, il s’est depuis, rapidement colonisé et

(1) Des modifications territoriales survenues eu 1921 dans ces comtés (sauf pour Prescott) par suite de l’adjonction ou de la disjonction de plusieurs sous-districts ont rendu plus difficile la comparaison établie entre le recensement de 1921 et ceux qui l’ont précédé. Le tableau ci-dessus, pour 1921, est dressé suivant la délimitation que ces comtés avaient antérieurement à leur modification.

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l’élément français venant du Québec a pris une part active à ce peuplement, dû en partie à la création d’importantes voies ferrées qui ont amené sur cette terre vierge de nombreux ouvriers. Ceux-ci, les travaux terminés, ont trouvé avantageux de se fixer au sol avec leurs familles et ont été ainsi la pierre angulaire de la colonisation.

Les multiples remaniements de circonscriptions, la création de nouveaux comtés dans cette partie de l’Ontario rendent assez délicat l’établissement de tableaux comparatifs détaillés. Aussi pour exposer la progression du peuplement, sera-t-il nécessaire de s’en tenir à des chiffres globaux.

D’après le recensement de 1921, les circonscriptions d’Algoma, Fort-William et Rainy River, Port-Arthur et Kenora, Nipissing, Temiskamingue ont absorbé les districts originairement créés sous des vocables plus ou moins différents.

En 1881, l’Algoma était le seul comté cité nominativement et sa population s’élevait à une vingtaine de mille âmes. En 1891, Nipissong prenait place à son tour dans les feuilles du recensement et, vingt ans plus tard, les comtés aujourd’hui existants apparaissaient successivement. En raison des nombreuses modifications territoriales survenues, lesquelles

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se compliquent encore de changements d’appellations, il ne sera possible d’établir de comparaisons utiles qu’entre les recensements de 1911 et de 1921.

En 1911, la population du nouvel Ontario s’élevait à 214.759 habitants. Dix ans plus tard elle atteignait 266.900.

Da part qu’ont prise les Canadiens-Français à ce peuplement est remarquable. En 1881, on n’en relevait que 1.562 dans l’Algoma, seul territoire tant soit peu peuplé. En 1911, leur nombre montait à 45.355 et atteignait 60.386 en 1921, soit près du quart de la population totale.

C’est dans Nipissing, le long du chemin de fer du Pacifique, que se rencontrent les centres les plus importants de Canadiens- Français : à Mattawa, North Bay, Sturgeon Falls, Sudbury. Ce sont des anneaux de la chaîne qui doit relier plus tard la province de Québec à celle de Manitoba. Dans le nord du Témiskamingue, d’autres centres français se développent non moins rapidement.

Fixé au sol à une date beaucoup plus reculée le groupe du sud, ou d’Essex, diffère sensiblement des précédents sous le rapport de la formation. Dà, l’immigration n’entre pour ainsi dire pas en ligne, car le Québec n’y à guère envoyé de colons. C’est par sa natalité que le groupe

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s’est développé à l’origine et continue à progresser actuellement. Son mérite n’en est que plus grand, puisqu’il ne doit sa croissance qu’à ses seuls efforts.

Les deux circonscriptions d’Essex Nord et Essex Sud, parfois réunies sous la rubrique Essex tout court — dénomination qui sera employée dans cette étude — sont situées à l’extrême pointe de l’Ontario en face de la grande ville américaine de Détroit, fondée en 1701, par Cadillac, et qui a conservé, dans ses habitants comme dans ses traditions, des souvenirs français. Cette communauté de sentiments n’a pas été sans contribuer à la survivance française dans Essex.

En 1881, la population globale d’Essex était de 46.962 habitants. Trente ans plus tard, elle ne s’élevait encore qu’à 67.547. Mais dans la dernière décade (1911-1921), elle montait brusquement à 102.575, grâce au rapide développement industriel de la région. L’élément français a suivi cette marche ascendante mais avec moins de vigueur. Le relevé suivant permet de suivre sa progression.

Essex. Can. Franç. . . 14.658 14.001 17.385 20.733 26.017 — Can. Angl. . . . 24.499 » 33-i6o 37.917 62.751

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La poussée anormale de l'élément britannique, donnant une augmentation de 24.834 unités en 1921, alors que celle-ci n’avait été que de 4.752 pour la décade antérieure, a donné aux Anglais une sérieuse avance numérique sur l’élément français, avance qu’il sera difficile à ce dernier de rattraper, sa progression ayant toujours été normale : 3.348 en 1911 et 5.284 en 1921. Si, dans l’avenir, les conditions économiques de la région ne se modifient pas et si les Canadiens-Français ne peuvent compter que sur leur natalité pour maintenir leur situation, il est vraisemblable que l’écart existant entre les deux éléments ne variera que dans de faibles proportions.

Enfin, il existe, au cœur de l’Ontario, un petit groupe français, modeste, ne faisant pas de bruit en ce monde et passant le plus souvent inaperçu d’où le silence fait habituellement sur son existence. Baigné, d’un côté, par les flots du lac Huron, reserré, de l’autre, par les colonies britanniques qui dressent devant lui une barrière profonde, il marque, par sa résistance, par sa solidité, par son développement sans cesse grandissant, qu’il entend ne pas être étouffé et que, réduit, comme il se trouve, à ses propres forces, il est de taille à lutter pour l’existence. Ce vaillant petit groupe est celui de Tiny-Penetanguishene, dans le comté de Simcoe Est. Sa pro-

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gression régulière et constante, que voici, est d’un bon augure pour son développement futur.

Snncoe Est. Can. Fr. 3.173 3.751 4.950 6.357 7.567

Il y a, dans ce comté, trois localités qui absorbent à elles seules, la majeure partie des Canadiens-Français : Penetanguishene, Tay et Tiny. Leur développement mérite d’être mis en relief car il est symptomatique.

Penetanguishene C. F.

Tay —

Tiny —

Dans Tiny, les Canadiens-Français forment la majorité depuis les deux derniers recensements. Dans Penetanguishene, ils en sont très près. Dans Tay, s’il y a recul et même recul sensible, ce fait n’a rien de spécial à l’élément français, la population totale ayant, elle aussi, fortement rétrogradé, de 5.245 à 3.159 habitants, soit de plus de 2.000 âmes.

Voilà donc un petit groupe, isolé et sans appui, qui non seulement résiste et tient bon, mais encore prend de l’extension. C’est un bel exemple que les Canadiens Français pourraient prendre comme modèle, s’ils en avaient besoin.

G. DEMANCHE. — CANADA.

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Du reste de l’Ontario, il y a peu à dire au point de vue du peuplement français. Dans tous les comtés il y a de petits groupes de Canadiens- Français épars en tous sens et, sauf quelquesuns, ne semblant pas appelés à se développer beaucoup, écrasés qu’ils sont par des éléments britanniques infiniment supérieurs en nombre. Bt cependant plusieurs d’entre eux ont des symptômes de vitalité bien accusés, comme Renfrew, où la population française passe de 5.240 en 1881, à 7.060 en 1921 ; comme Banark, où elle s’élève de 855 à 1.140 ; comme Kent, où elle progresse de 4.259 à 6.315 ; comme Bambton où elle s’avance de 826 à 1.367.

Ce sont là des ilôts perdus dans l’océan britannique. Ceux qui, comme Renfrew et Kent, ne sont pas trop éloignés de blocs français importants, pourront peut-être, grâce à ce voisinage, sortir de l’isolement qui paralyse tous leurs efforts. Quoiqu’il en soit on ne peut que bien augurer des groupes compacts de langue française de la province d’Ontario.

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