XIII. Le célibat
Il me faudrait écrire un gros volume, au lieu d’un court chapitre, si je voulais raconter toutes les ruses, les pieux mensonges, les sacrilèges et monstrueuses profanations de l’Écriture sainte auxquels les supérieurs des collèges et des couvents ont recours afin de persuader au jeune homme ou à la jeune fille que Dieu exige d’eux les vœux du célibat.
Les misères, les épreuves, les désappointements, les obligations de l’état du mariage leur sont présentés sous les couleurs les plus sombres et les plus propres à dégoûter, à épouvanter même la volonté la plus robuste ; tandis que les délices et la paix promises aux célibataires sont exagérées au point de tenter l’esprit et le cœur les plus froids. Tous les honneurs de la terre, toutes les joies du ciel sont promis à ceux que l’on veut attacher, par ce vœu irrévocable, au service de l’Église. Les applaudissements du monde se mêlent aux sourires des anges, dans l’imagination de la jeune victime, pour l’exalter, la séduire et l’enivrer. Le pape la fait, pour ainsi dire, gravir le sommet de la plus haute montagne, et de là lui montre toutes les gloires de la terre et tous les plus beaux trônes du ciel, en lui répétant les paroles mêmes de Satan à Jésus-Christ: « Je te donnerai toutes ces choses, si, prosterné à mes pieds, *u me promets de m’obéir parfaitement, » et de t’enchaine • à ma volonté par le vœu du célibat.
Mais, avant de fermer complètement les yeux, pour ■se précipiter dans cet abîme doré et fleuri, qu’on a creusé sous ses pieds, la malheureuse victime éprouve quelquefois comme un sinistre pressentiment des terribles misères qu’on lui prépare Car la voix de l’intelligence et du sens commun, les cris de la cons-
cience et du cœur n’ont pas toujours été étouffés aussi complètement que les supérieurs l’auraient désiré.
Pendant que Satan redit à l’oreille de l’âme ses paroles séduisantes et mensongères, qu’il ne parle que de joies célestes, de couronnes d’anges, de trônes au ciel, la voix de la raison et la voix de Dieu se font entendre aussi pour parler des combats, des chutes, des hontes, des désastres, qui ne sont que trop souvent la conséquence de la témérité, de l’ignorance, de la faiblesse de notre pauvre nature déchue.
Comme autrefois, les victimes humaines, à l’ap' proche du terrible sacrifice, faisaient entendre des cris plaintifs, et se débattaient pour éviter le couteau sanglant du prêtre des idoles : ainsi la victime du célibat romain sent, à mesure que s’avance l’heure de l'immolation, son cœur frémir de terreur. Avec un visage pâle comme la mort, des lèvres tremblantes, des sueurs froides sur son front, elle dit à ses supé rieurs: «Est-il bien vrai que Jésus-Christ me demande un tel sacrifice? »
Oh! que l’impitoyable supérieur ecclésiastique se fait alors éloquent pour dépeindre le célibat comme la seule route du bonheur^ la porte du ciel ! ou pour décrire les horreurs d’un enfer éternel, sûrement ré servé au lâche qui, après avoir mis la main à la char rue du célibat, regarde en arrière.
Mais, il ne s’arrête pas là: afin de mieux convaincre sa victime, il lui montre le désapointement des parents et des amis, et sa propre honte, si elle retourne dans ce monde dont elle sera l’éternelle risée. Puis il l’éblouit par les plus séduisants sophismes, par les plus pieux mensonges, en lui faisant le récit des miracles opérés par Jésus-Christ en faveur des vierges.
Enfin, il l’écrase sous une véritable avalanche de textes qui n’ont pas le moindre rapport avec les vœux du célibat, mais que l’Église romaine, par un abus sacrilège de la Parole de Dieu, détourne de leur vrai sens, afin de persuader que rien n’est plus difficile que de se sauver en dehors des vœux du célibat.
Un des textes dont les théologiens romains font l’usage le plus étrange, est celui de Matthieu \i\. 12, 13 : vx 11 y a des eunuques qui le sont dès le sein de leur mère ; il y en a qui le sont devenus par la main des hommes; et il y en a qui se sont rendus tels euxmêmes, à cause du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre ceci le comprenne, v
Un jour, notre supérieur, appuyé sur ces paroles, nous fit un chaleureux discours pour nous prouver que si nous voulions obtenir l’honneur d être prêtres de Jésus-Christ, il nous fallait faire serment de ne jamais avoir d'épouse.
Le discours, quoique plein de feu. nous parut cependant excessivement taible de logique.
Le lendemain étant un jour de congé, les etudiants en théologie qui se préparaient comme moi à la prêtrise, causèrent longuement sut [es arguments du discours de la veille. Les conclusions ne nous paraissaient nullement en rapport avec les textes de i Leriture dont on s'était servi : nous résolùment donc de présenter respectueusement à la première conférence nos vues à ce sujet; et je fus choisi pour parler au nom des autres.
J'ai heureusement conservé les notes de ce discours ; les voici :
< Bien cher et vénérable directeur, vous nous avec assurés que les paroles de Jésus-Christ : cil y a des hommes qui se sont fait eunuques pour le royaume des cieux. v doivent nous prouver jusqu à
l'évidence que si nom voulant être prêtre», H nou f ; - ' si/ oJurnen1 nous faire eunuques par Je# vmux dr. célibat Perrnettez-noo . donc de von# faire observer respectée .ornent qu'il non# semble que notre Sei- ?ne jr est L.er. loin d enseigner, par ce# paroles, une pare.. le doctrine jJ voulait, s rivant nous, nou# prér. >.c • contre j ce de-, erreur# qui devaient plu# tard mettre en danger Je salut du monde. IJ prédisait que certain# homme# tomberaient dan# un tel excès de folie, ou ns pr êcner aient même que le meilleur, l’un iç je moyen de gagner ,'e e.el serait de se faire eunuque.
v l'er ose ’ ez- nous de o.s faire observer que notre Sauveur, dans ce te x te, n’approuve ni ne désap- ,u:u..e ceo/ qui se font eunuoues avec l’intention d al.'er a . ciel par ce moyen. JJ laisse a notre sens commun Je soin de j jger par quelque partie plu claire de rf.vangbe s. véritablement l’eunuque est plus certa..r, de son sa. .t que J’bomme qui vit dans I état naturel ou Dieu ...-même Je plaça au paradis terrestre.
« I. en est de % texte comme de celui où Jésus- Cnn d dit a ses apôtres: «Us vous chasseront des synagogues même Je temps .;ent ou quiconque vom> fera rnour.r croira ser >r Un en > Jean xyj, 2;.
« Uer mettez-mo. de mettre ces deux textes en fane l’un de l’autre :
« Us se feront eun jq .es « Ils vous feront mourir pour Je roya. .me de Dieu.* pour servir Uieu. *
(MaXtn x.fz, 1 2. 1-Ô.) (Jean xvr, 2 ;
« De ce ç je notre Seigneur dit de certains hommes q /.ls feront rnour.r ses d. scopies pour plaire â Dieu,
. s pue faire rno . .
soit une chose tré# agrès
.'•'on. as .rérnenS Un hier. >1 no. s semble qu’il ne
nous est pas plus permis de penser que le célibat conduise plus facilement au ciel que l’état dans lequel Dieu créa l’homme primitivement ; car le Sauveur a dit simplement que certains hommes s’imagineront gagner le cie! en mutilant leur corps.
ce Le christianisme n’a-t-il pas toujours repoussé avec horreur l’action d’un homme qui se fait eunuque?» Ne serait-ce pas un crime, punissable par les lois de tous les peuples civilisés, que de prêcher ouvertement que c’est une chose sainte et agréable à Dieu que de se mutiler aussi ignominieusement?
«Gomment donc oser penser et dire que Jésus-Christ ait pu encourager et sanctionner une pareille iniquité?
« D’ailleurs, si les eunuques étaient plus certains d’aller au ciel que le reste des hommes, Dieu ne serait-il pas injuste de ne pas nous avoir donné à tous le privilège de devenir des saints à si bon marché, en nous faisant tous naître eunuques?
« Mais notre Seigneur nous fait bien connaître qu’il n’attache aucun privilège sanctifiant au célibat, puisque, d’un membre qu’il nous a donné lui-même lorsque dans le même chapitre, répondant à la question du jeune homme: « Bon maître, que faut-il que je fasse pour être sauvé? » il lui dit tout simplement: «Si tu veux avoir la vie éternelle, garde les commandements » et non : « Fais serment de ne jamais te marier. » « N’est-ce pas encore là la réponse que le Sauveur me ferait en ce moment, s’il était à votre place et si je lui demandais ce qu’il me faut faire pour avoir la vie éternelle et en montrer la voie à mes frères?
«Ne me dirait -il pas: «Garde les commandements: Tu ne tueras pas; tu ne commettras pas d’adultère; tu ne déroberas pas; tu ne rendras pas de faux témoignage contre ton prochain ; honore ton. père et ta mère? »
« Gomme vous le voyez, en énonçant les conditions qui assurent la possession du ciel, Jésus-Christ ne pense pas aux vœux du célibat : il n’en dit pas un seul mot.
« Permettez-nous donc de vous demander avec tout le respect possible : Si le célibat eût occupé dans la pensée du Sauveur la place que vous lui donniez dans votre discours, aurait-il oublié d’en parler à ce jeune homme, qui lui demandait d’une manière si sérieuse : «Bon maître, que faut-il que je fasse pour avoir la vie éternelle ? »
« Il nous semble étrange que l’on mette tant d’importance à nous faire faire des vœux sur lesquels l’Ancien comme le Nouveau Testament sont absolument muets, et dont notre Seigneur lui-même n’a jamais parlé, même aux moments les plus solennels de sa prédication? Nous ne pouvons comprendre pourquoi on exige de nous des sacrifices qu’on n’a pas même demandés aux plus grands et aux plus saints apôtres de Jésus-Christ. »
Il me parut évident que mon discours avait autant embarrassé notre vénéré supérieur qu’il avait fait plaisir aux jeunes gens qui se préparaient avec moi à la prêtrise. Il me demanda vivement :
— As tu fini tes objections ?
— Non, pas entièrement, lui répondis-je; mais je vous prie d’éclaircir nos doutes et de nous donner plus de lumière sur les questions que j’ai touchées. Je vous proposerai ensuite quelques autres difficultés touchant les vœux du célibat, si vous avez la bonté de me le permettre.
— Tu parles comme un véritable hérétique ! me répliqua M. Leprohon, et si je n’avais pas l’espoir que tu cherches à dissiper tes doutes plutôt qu’à les soutenir, sur une question aussi grave, j’avertirais Mon-
seigneur de te mettre de côté et de ne pas t élever à la prêtrise. Tu parles de l'Écriture sainte comme un vrai protestant ! On dirait que tu as oublié qu outre la Parole de Dieu écrite, il y a la tradition, dont l’autorité est la même que celle de l’Écriture.
Tu as raison lorsque tu donnes à entendre que œs vœux du célibat ne se trouvent pas dans la Bible l’une manière positive et directe. Mais si le commandement du célibat n’est pas dans la Bible, il est dans la tradition.
C’est un article de foi que le célibat est imposé par Jésus-Christ, puisque les saintes traditions de l’Église nous l’assurent. La parole de l’Église, c’est la parole de Jésus-Christ même, puisque notre Seigneur a dit : « Celui qui n’écoute pas l’Église doit être regardé comme un païen et un publicain. » Il n’y a donc pas de salut possible pour quiconque ne soumet pas sa raison à ce dogme de l’Église.
On ne vous demande pas de comprendre pourquoi le vœu du célibat est commandé à ceux qui veulent être prêtres, on vous demande seulement de ie croire. Votre devoir n’est donc pas de raisonner sur ces matières, mais d’obéir à l’Église, comme des enfants dociles obéissent à leur mère.
D’ailleurs, le vœu du célibat exigé par l’Église de tous ceux qui aspirent à l’honneur d’être prêtres, se comprend lorsqu’on se rappelle que les apôtres furent obligés eux-mêmes de quitter leurs femmes, comme on le voit par les paroles de saint Pierre à Tésus-Christ : « Maître, nous avons tout quitté pour vous suivre; que nous donnerez-vous? » (Matt. xix, 27.)
Le prêtre n’est-il pas le représentant de Jésus- Christ? Par la prêtrise, n’est-il pas l’égal, j’oserais dire le supérieur de Jésus-Christ sous certains rapports, puisque, quand il dit la messe, il commande à Jésus-
Christ;, et le fils de Dieu est obligé d’obéir? Il n’est pas même au pouvoir de Jésus-Christ de résister à l’ordre du prêtre! Il descend du ciel chaque fois qu» le prêtre le lui commande ! Le prêtre le porte où il veut, le fait rentrer dans le saint tabernacle, ou l’en fait sortir, à son gré ; et Jésus-Christ ne peut résister. Par là, le prêtre est au-dessus des anges. Et, puisqu’il est au-dessus des anges, qu’il jouit de privilèges refusés aux anges mêmes, ne doit-il pas en avoir la sainteté et les vertus ?
Or, Jésus-Christ ne dit-il pas positivement, en parlant des anges, qu’ils ne se marieront pas: Neque nubent) neque nubenturŸ Et n’est-ce pas des prêtres que le Sauveur voulait parler quand il disait: « Ils seront comme les anges de Dieu? » (Matt. xxn, 30.)
Saint Paul ne dit-il pas que l’état de virginité est plus saint que celui de mariage? N’est-ce pas nous dire clairement que le prêtre, dont les mains, après la consécration, touchent et portent tous les jours le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ, doit se tenir au plus haut degré de la vertu par les saints vœux du célibat? Car ce vœu est comme le lien sacré qui attache l’àme au ciel et l’élève au-dessus de la terre. Jésus-Christ, par la bouche de son Église, impose ce vœu à ses prêtres comme un des remèdes les plus efficaces contre les inclinations naturelles de notre nature déchue. D’après les saints Pères, le vœu du célibat est comme une haute et puissante tour, qui, tout en nous mettant à l’abri des traits de l’ennemi, nous permet de le combattre et de le vaincre plus sûrement.
Si vous avez encore quelques doutes sur cette grave question, soumettez-les moi: je me ferai un plaisir de les résoudre.
— Nous vous sommes reconnaissants de votre bonté, lui répondis-je. D’abord, nous vous remercions de nous avoir avoué que le célibat ne se trouve commandé à personne dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament, et que ce n’est que par la tradition de l’Église que nous connaissons la volonté de Dieu à ce sujet.
Il nous avait semblé que votre intention était d appuyer la nécessité de ce vœu sur l’Écriture sainte. Si vous nous le permettez, nous traiterons la question de la tradition, à ce sujet, une autre fois. Aujourd hui, nous prendrons encore la liberté de discuter sur le sens que vous donnez à certains textes de l’Évangile en faveur du célibat.
D’abord, lorsque saint Pierre dit: «Nous avons tout quitté, » il n’entendait assurément pas avoir quitté sa femme, comme vous l’avez assuré, par un vœu perpétuel. Car saint Paul nous dit positivement, longtemps après, que saint Pierre non seulement vivait avec sa propre femme dans sa maison, mais qu’il voyageait avec elle, quand il allait prêcher 1 Évangile. Les paroles du Nouveau Testament à ce sujet sont d’une telle clarté, qu’il n’est possible de les obscurcir ni par les interprétations les plus ingénieuses, ni par les traditions les plus respectables. Vous connaissez ces paroles ; permettez-nous de les citer :
« N’avons -nous pas le droit d’être nourri à vos dépens? N’avons-nous pas le pouvoir de mener partout avec nous une femme, notre sœur en Jésus- Christ, comme le font les autres apôtres et les frères de notre Seigneur, et Céphas? Serions-nous les seuls, Barnabas et moi. qui n’aurions pas le pouvoir d’en user de la sorte ? »
Saint Pierre, disant à Jésus-Christ: « N’avons-nous pas tout quitté pour vous suivre, » ne veut donc pas
donner à entendre, comme vous semblez nous l’assurer, qu’il avait fait vœu de ne plus vivre avec sa femme , mais seulement que son cœur était tellement détaché de toute chose, que notre Seigneur y tenait la première place; que tout le reste, même ce qu’il avait de plus cher au monde, comme son père, sa mère, son épouse, n’était que secondaire.
Votre second texte, que les anges de Dieu ne se marient pas, et que les prêtres, étant les vrais anges de la terre, ne doivent pas se marier, ne nous semble pas avoir plus de force que le premier en faveur des vœux du célibat. Car si vous avez la bonté de relire ce texte, vous verrez que Jésus-Christ dit: «Vous êtes dans l’erreur, ne comprenant pas les Écritures, ni la puissance de Dieu. Car après la résurrection, les hommes n’auront point de femmes, ni les femmes de maris ; mais ils seront comme les anges de Dieu dans le ciel. » (Mat. xxn, 29, 30.)
Vous voyez que lorsque notre Seigneur parle d’hommes semblables aux anges, qui ne se marieront pas, il a bien soin d’avertir que ce ne sera qu’après la résurrection qu’aura lieu cet état de choses.
Si l’Église avait pour nous la même compassion que Jésus-Christ avait pour les hommes-anges dont il parle, si l’Église ou notre saint père le pape avait la bonté d’attendre après la résurrection pour faire de nous des anges, par le vœu du célibat, je crois être le fidèle interprète et le fidèle écho des pensées de tous mes amis1, en vous disant que nous aurions à l’égard de ces vœux bien moins d’objections que nous n’en avons. Que l’Église nous fasse faire des vœux solennels de ne pas nous marier après la résurrection, voilà ce qui nous paraît raisonnable et parfaitement conforme à la parole de Jésus-Christ. Mais qu’elle veuille absolument nous élever à l’état
de sainteté des anges, pendant que nous ne sommes que de pauvres pécheurs dans des vases d argile, c est absolument contraire aux pensées et aux paroles de notre Seigneur, au moins dans le texte dont vous vous êtes servi.
Vous nous affirmez que le vœu du célibat est la meilleure garantie possible contre les penchants de notre faible nature. Mais ne craignez-vous pas que ce remède ne soit absolument et directement contraire au remède que l’Esprit-Saint lui-même nous olfre à ce sujet? Ne lisons-nous pas dans l’Évangile : Propter fornicationem autem , quisque suam uxorem habeat , et unaquœque virum suum habeat? » — Pour éviter la fornication, que chaque homme ait sa femme, et que chaque femme ait son époux. » (1 Cor. vm, 2.)
N’est-ce pas vraiment étrange ? Dieu nous assure que le meilleur, sinon le seul remède qu’il ait jamais trouvé conire notre concupiscence, est le mariage . Et voilà que l’Église nous affirme, au contraire, qu’elle a découvert un remède bien plus simple et plus efficace, bien plus digne de l’homme et de Dieu ; un remède que Dieu lui-même ignorait quand il parlait à Adam, .dans le paradis terrestre, et que le Saint-Esprit ne connaissait pas encore lorsqu’il dictait à saint Paul sa première épitre aux Corinthiens! Et ce remède nouveau, dont notre saint père le pape a seul trouvé le secret, c’est le vœu du célibat !
Mon dernier mot était à peine échappé de mes lèvres, que notre directeur, oubliant sa modération ordinaire, m’interrompit brusquement et me parla avec une véhémence que je ne lui connaissais pas.
— Je regrette infiniment, dit-il, de t’avoir permis ces misérables objections. Mais ce ne sont pas des objections que tu fais, ce sont des blasphèmes que tu prononces! car je vois que tu es sérieux dans ce que tu dis.
N’as-tu pas honte de vouloir interpréter l’Écriture sainte autrement que les saints Pères et toute l’Église l’interprètent? Est-ce à toi ou à l’Église que Jésus- Christ a promis de donner son Saint-Esprit jusqu’à la fin des siècles? Est ce à toi de gouverner l’Église, et à l’Église de t’obéir? N’est-ce pas plutôt à toi d’obéir, et à l’Église de commander?
Mon pauvre Chiniquy ! s’il n’y a pas bientôt en toi un changement complet, ainsi que chez ceux dont tu te prétends l’organe, je crains sérieusement pour votre avenir. Vous montrez un esprit d’incrédulité et de révolte qui m’épouvante !
Au lieu de vous soumettre à ce que votre supérieur vous dit, lorsqu’il ne vous répète que ce que tous les saints Pères, les théologiens et l’Église toute entière ont enseigné pendant tous les siècles, vous n’écoutez que votre faible et orgueilleuse raison. Semblables à Lucifer, qui crut pouvoir résister à Dieu dans le ciel, vous cherchez à lui résister sur la terre. Encore une fois, je tremble pour votre avenir!
Mais je n’ai plus qu’un mot à vous dire, et je vous laisse à vos propres réflexions.
Si vous acceptez les enseignements de l’Église et si vous êtes décidés à lui obéir comme des enfants soumis, cette Église sainte, qui est l’épouse de Jésus- Christ, deviendra votre épouse : elle vous prendra dans ses bras ; elle vous pressera sur son cœur ; elle vous élèvera à la sublime dignité de prêtres du Nouveau Testament ; elle vous donnera sur la terre un honneur supérieur à celui des rois et des empereurs. En la servant avec fidélité , vous êtes assurés de recevoir la plus glorieuse couronne au ciel, après avoir été sur la terre, l’objet du respect et des hommages du peuple chrétien.
Mais, si vous rejetez les doctrines de l’Église pour suivre les fausses lumières de votre raison orgueilleuse, dans l’interprétation des Écritures, vous devenez des hérétiques, des apostats, des protestants ! Vous vous déshonorez sur la terre, pendant cette courte vie, et vous vous perdez pour l’éternité !
Notre supérieur, après ces foudroyantes paroles, nous laissa. Mais, à peine était-il sorti, que plusieurs des ecclésiastiques se mirent à rire aux éclats.
Deux d’entre eux, dégoûtés de la faiblesse des raisons apportées à l’appui du célibat, quittèrent le séminaire peu de semaines après, et rentrèrent dans les rangs de la vie laïque.
Pour moi, je restai interdit, comme si un coup de foudre m’eût frappé. Je pleurai amèrement d’avoir si publiquement blessé mon supérieur, mon ami et mon bienfaiteur tout à la fois; mais je n’étais pas moins affligé et profondément humilié d’avoir osé opposer ma faible raison à celle du pape et de l’Église.
Je n'avais d’abord cru combattre que les idées de mon supérieur ; et, comme il m’était permis de le croire faillible, il me semblait que je pouvais légitimement opposer ma faible raison à la sienne. Mais ie m’étais aperçu, trop tard, que ce n’était pas ses opinions, mais les doctrines de l’Église qu’il avait développées. C’était donc réellement contre ma grande et infaillible Église que j’avais lutté, ou plutôt, dans ma pensée, c’était contre Dieu même que j’avais eu l’audace de raisonner, puisque mon Église n’était que la voix infaillible de Dieu.
Après une nuit d’angoisse, ma première action fut d’aller me jeter aux pieds de mon confesseur, pour le conjurer de me pardonner le crime que je croyais avoir commis. Je reçus une sévère réprimande, qu’il adoucit pourtant, à la fin, quand il vit ma sincère douleur, par les paroles les plus paternelles.
Si j’eusse écouté la voix de mon intelligence et de ma conscience, j’aurais assurément quitté le séminaire à cette époque; mais j’étais sincèrement catholique -romain. Il me fallait donc de nouveau livrer un combat à mort à mon intelligence et à ma conscience.
Il m’avait pourtant bien semblé les avoir déjà complètement immolées et tuées plus d’une fois; mais elles revenaient chaque fois à la vie avec une ténacité qui m’épouvantait. Après une lutte terrible, j’espérais de nouveau les avoir terrassées pour toujours. Il se fit bientôt en moi un profond silence, c’était le silence de la mort. Mon confesseur m’assura que c’était la paix de Dieu, et je le crus. Je me décidai donc à n’avoir plus d’autre volonté, d’autres désirs, d’autres projets que ceux que mes supérieurs voudraient me suggérer, bien persuadé que je ne serais pas responsable devant Dieu de mes erreurs, tant que je serais parfaitement docile à la voix du pape me parlant par mes supérieurs.
Qu’avais-je, en effet, à craindre, en immolant entièrement ma raison et ma conscience au pied des autels de mon Eglise, pour ne plus suivre qu’elle? J’étais faillible, elle était infaillible ; j’étais faible, elle avait la force de Dieu ; j’étais petit comme un atome, elle couvrait le monde de sa gloire; j’étais ignorant, elle avait toutes les lumières du Saint-Esprit. Je me décidai donc à ne plus penser que ses pensées, à ne plus vouloir que sa volonté, à ne plus vivre que pour elle et par elle. Et ce fut avec ces sentiments de profond respect et de sincère dévouement à mon Eglise que je résolus de me consacrer entièrement à son service, et que je fis le vœu du célibat, le 18 mai 1832, en recevant l’ordre du sousdiaconat.
XIV. Immoralité de la théologie de Rome; la mère des impudicités et des abominations de la terre.
(Apocalypse XVII, 5.)
C’est le front couvert de honte et le cœur plein d’un dégoût inexprimable, que je me sens forcé par ma conscience de révéler les turpitudes de la théologie de Rome.
Elles sont tellement immondes, qu’il ne m’est pas même possible de les exprimer dans une langue comprise par le peuple.
Quelque corrompues qu’aient été les nations païennes, il n’y a rien dans leur histoire de comparable à la dégradation du théologien et du prêtre de Rome.
Avant que la théologie de l’Eglise romaine fût sortie des antres ténébreux de l’enfer, le monde avait sans doute connu bien des souillures; mais jamais le vice n’avait été réduit en système; jamais la corruption la plus éhontée n’avait été publiquement enseignée dans les écoles de prêtres, sous le prétexte de sauver les âmes.
Non! les prêtres de Sodome même n’avaient jamais été forcés d’assister à de longues discussions où les sujets les plus immoraux, les horreurs les plus inconcevables, sont l’objet des études les plus minutieuses, et cela sous le prétexte d’honorer Dieu.
Que ceux qui comprennent le latin lisent les pages qui font suite à ce chapitre, et qu’ils disent s’il n’y a pas là de quoi faire rougir le libertin le plus débauché. Et qu’on se rappelle bien que ces horreurs sont étudiées, apprises par cœur, par des hommes appelés à vivre sans femme, voués à un célibat perpétuel . ! Car ne n’est qu’après lui avoir fait faire
le vœu de chasteté, que l’on initie l’étudiant en théologie à ces mystères d’iniquité !
A-t-on jamais vu une comédie plus sacrilège? Obliger un jeune homme de vingt ans à faire un vœu de chasteté perpétuelle, puis, un instant après, mettre sous ses yeux les choses les plus impures! jeter dans son âme les ordures les plus sales ! remplir sa mémoire des infamies les plus dégoûtantes ! chatouiller tous ses sens, souiller ses oreilles, son corps, non pas par des fantômes, mais par des réalités capables d’effrayer des prostituées !
Car, que l’on ne s’y trompe pas, il est impossible, absolument impossible d’étudier ces questions, d’approfondir îes mystères, sans que le corps, aussi bien que l’esprit n’en soient souillés.
D’ailleurs, l’Eglise de Rome ne le cache pas; elle n’en fait pas même un secret aux victimes de son incomparable corruption : elle leur dit franchement que l’étude de ces questions va agir d’une manière irrésistible sur eux ! Mais pour les tromper et les perdre plus sûrement, pour les empêcher de voir l’abîme creusé sous leurs pieds, elle ajoute «c qu’il n’y a pas de péché pour eux dans ces impuretés. » (Dens, Vol. I, p. 315.)
Avant de corrompre le cœur et le corps de sa victime, Rome se voit obligée de l’ensorceler : elle met à ses lèvres sa coupe empoisonnée ; puis elle, chasse Dieu de son àme et la tue.
Quelle réponse Rome donne-t-elle à ceux qui lui reprochent les inconcevables impuretés dont ses livres, de théologie sont remplis ?
<r Ces livres sont écrits en latin, dit-elle : le peuple ne peut les lire; ils ne font donc de mal à personne.»
Cette réponse n’est qu’un honteux subterfuge. En la faisant, Rome avoue que si le peuple avait accès à ces livres et pouvait les comprendre, il en résulterait un grand mal.
Mais tous ces détails d’une impureté sans égale, est-ce que tous les jours cent mille prêtres ne sont pas obligés, non seulement de les interpréter aux peuples dans toutes les langues, mais encore de les faire couler dans l’oreille, l’àme et le cœur de toutes les femmes et de toutes les filles que Rome tient dans ■ses fers?
Je délie le plus hardi apologiste de l’Eglise romaine de nier ce fait: Sur cent femmes qui se confessent, il y en a quatre-vingt-dix-neuf à qui le prêtre est obligé, en conscience, de parler sur les matières traitées en latin dans le chapitre suivant. Or, en supposant que chaque prêtre confesse en moyenne cinq femmes par jour, ce qui est certainement audessous de la vérité, nous voyons que les cent mille prêtres romains entendent tous les jours la confession d’un demi-million de femmes.
Comment, après cela, être surpris de l’affreuse corruption qui règne dans l’Eglise catholique? Rien de plus naturel donc, que la rapide décadence des nations soumises au joug dégradant du pape.
Les statistiques de tous les pays s’accordent à nous montrer qu’il y a deux fois plus de prostituées, de bâtards, de meurtres, de vols et de parjures chez les nations catholiques -romaines que chez les protestantes.
Comment les catholiques -romains pourraient- ils garder quelque dignité dans leurs mœurs, tant qu’il y aura parmi eux cent mille prêtres obligés, en conscience, de souiller au confessional l’oreille, l’âme et le cœur de leurs mères, de leurs femmes et de leurs filles ?
Que l’on ne pense pas que je parle ainsi de la corruption de la théologie de Rome par un sentiment de mépris ou de haine contre les professeurs de
théologie qui m’ont initié à ces mystères d’iniquité. MM. les abbés Raimbault et Leprohon étaient et sont encore à mes yeux des hommes aussi vénérables qu’on peut l'être dans l’Eglise romaine. Ils étaient les victimes des mêmes illusions que moi Comme moi, et comme tous les prêtres de Rome, ils étaient plongés, sans le savoir, dans la plus 'dégradante ignorance morale; ils se débattaient comme moi sous un joug qui enchaînait leur intelligence et souillait leur cœur. Nous étions, tous ensemble, embarqués sur un vaisseau magnifique en appar^ve; mais ce navire, mal piloté, devait se briser sur des rochers inconnus, où nous avons tous fait naufrage, et où j’aurais infailliblement péri moi-même, si le Seigneur ne m’eût sauvé comme par miracle.
Je puis les plaindre, mais les haïr, les mépriser, jamais ! Ce n’était pas plus leur faute si Rome nourrissait ma jeune intelligence de fables et d’ordures, que ce n’était la mienne s’ils n’avaient eux-mêmes jamais eu d’autres aliments.
Il était visible, d’ailleurs, que ces deux hommes souffraient profondément quand ils se voyaient obligés de nous entretenir de ces honteuses questions. Leur conscience d’honnête homme, qui voulait leur imposer silence était évidemment en conflit avec leur conscience de prêtres et d’esclaves du pape, qui leur disait : « Parlez ! »
Après chacune de ces leçons, nous nous retirions tout honteux de ce que nous venions d’entendre, car ces infamies s’attachaient à nos cœurs comme la rouille s’attache à l’acier le plus poli, pour ,1e dévorer.
Plus d’un de mes compagnons d’étude en théologie m’a avoué, avec des larmes de rage et de honte, qu’il regrettait de s’être engagé, par les vœux du sous-diaconat, à servir l’Église de Rome.
Un jour, l’un d’eux, nommé François Désaulniers, se trouvant indisposé, et se faisant soigner dans ma chambre, me dit, sans détour :
— Chiniquy, que penses-tu des matières qu’on nous fait étudier, depuis quelque temps? N’est-il pas souverainement honteux de nous remplir l’imagination de pareilles ordures?
— Je rte puis assez te dire, lui répondis-je, le dégoût que j’éprouve. Si j’eusse pensé qu’on dût nous faire marcher dans une pareille boue, je ne me seiaN assurément pas enrôlé sous la bannière à laquelle j ai doué, comme toi, mon avenir.
— Sais -tu que je suis décidé à ne jamais être prêtre? me répliqua Désaulniers. Car lorsque je s-mge que les prêtres sont obligés de parler aux femmes qu’ils confessent de toutes ces matières, le cœur me manque d’avance.
— Je ne suis pas moins troublé que toi sur mon avenir, lui répondis-je. La tête me tourne et le cœur me manque aussi, lorsque j’entends les théologiens nous dire qu’il nous faudra questionner les femmes et les filles sur ces horreurs. Il me semble que c’est un rêve pénible, qui se dissipera. Je ne puis réellement croire que notre Église, si pure et si sainte qu'elle ne veut se faire servir que par des vierges, nous obligera à souiller notre langue, nos pensées, notre àme et notre corps même, en parlant à des femmes suides questions dont la simple pensée fait rougir... Mais voici l’heure où M. Leprohon a coutume de nous visiter; veux-tu me promettre de me soutenir dans les observations que je vais lui faire à ce sujet? J’espère obtenir de lui l’assurance que nous ne serons pas obligés de nous souiller au confessional par ces 'questions. Il est si honnête et si saint lui-même qu’il n’a jamais dû faire à ses pénitentes ces honteuses questions.
En dépit de ce qu'affirment les théologiens, M. Leprohon va nous donner à espérer qu'il nous sera permis 3e garder nos lèvres et nos cœurs chastes, même en confessant les femmes.
— Il y a longtemps que j’ai la pensée d’en parler à notre saint directeur, me répondit Désaulniers; mais il m’en coûtait toujours d’aborder cette question. Je suis donc content que tu en prennes l’initiative Nous allons savoir mieux que jamais à quoi nous =n tenir sur les mystères du confessional. Si on nous lispense d’interroger les femmes sur ces reçois immoraux, je consentirai à être prêtre; autrement, mon parti est pris, je ne le serai jamais !
Quelques minutes après, M. Leprohon entrait pour savoir comment nous avions passé la nuit. Après .ui avoir exprimé notre reconnaissance de sa bonté envers nous, j’ouvris les volumes de Dens et de Liguori qui se trouvaient sur la table, et, montrant du doigt, tout en rougissant de honte, les infâmes questions traitées dans ces pages, je lui dis :
— Après Dieu, c’est vous qui occupez la première place en mon cœur. Depuis que ma mère est morte, j’ai concentré sur vous toute l’affection filiale que je lui portais. Vous êtes mon bienfaiteur et mon père ; vous allez donc me donner les lumières et les directions dont j’ai besoin en cette heure de trouble, par laquelle le bon Dieu veut que je passe.
Sur votre conseil, j’ai reçu dernièrement l’ordre du sous-diaconat, et j’ai fait le vœu de chasteté perpétuelle ; mais, je dois vous l’avouer, je ne savais guère ce que je faisais, et Désaulniers vient de me dire la même chose. Avant ces dernières semaines, il ne comprenait pas mieux que moi la nature de ce vœu, ni les difficultés qui surgiront à ce sujet, à chaque pas de notre vie de prêtre.
Mais Dens et Liguori ont développé en nous de nouvelles connaissances ; ils nous ont fait marcher dans des régions toutes nouvelles et inexplorées pour nous. Et je suis bien convaincu que non seulement tous ceux qui ont fait les mêmes vœux depuis que je suis au séminaire, mais encore tous les prêtres qui fréquentent cette maison, pourraient en dire autant
Mais je ne parle pas ici pour eux, je ne parle que pour Désaulniers et pour moi-même. Dites-nous si nous serons réellement obligés de parler aux femmes et aux filles que nous confesserons, des matières impuresetindécentes mentionnées par ces théologiens?
— .Sans aucun doute, nous répondit M. Leprohon : les vénérable- et saints théologiens dont nous avons les écrits sous les yeux sont positifs sur ce sujet. Il faut de toute nécessité que vous interrogiez vos pénitentes sur ces matières. Car les femmes sont, en général, trop timides pour avouer d’elles-mêmes les péchés dans lesquels elles tombent encore plus souvent qu>’ les hommes.
— Mais, lui répliquai-je, vous nous avez fait faire serment de rester chastes toute notre vie, et voici que vous nous mettez dans l’impossibilité absolue de tenir ce serment! Car les théologiens sont unanimes à nous dire que les questions qu’il nous faudra adresser à nos pénitentes et les aveux qu’elles devront nous faire de leurs actions impures et secrètes, agiront puissamment sur nos organes, et que nos corps en seront souillés.
Ici Désaulniers m’interrompit, en disant à M. Leprohon : Ce que Chiniquy vous dit là est justement ce qui me trouble et m’épouvante aussi. Ne serionsnous pas plus chastes et plus purs en vivant avec nos épouses? Je pourrai bien paraître chaste aux yeux des hommes, mais que serai-je devant Dieu?
Le peuple me croira fort, honnête, pur; mais je ne serai qu’un roseau brisé, et Dieu sera témoin que la confession d’une femme m’aura fait tomber dans l’abîme, en m’arrachant la couronne de chasteté que j auiai pourtant payée si cher! Les hommes me vénéreront comme si j’étais un ange de pureté ; mais ma conscience me dira que je ne suis qu’un habile hypocrite.
Le confessional est, de l’aveu de tous les théologiens, de votre aveu même, le tombeau infaillible de la pureté de 1 âme et du corps. Je ne serai donc plus qu un de ces tombeaux recouverts d’or et de parfums, mais rempli de pourriture et d’infection !
Ce discours, d’une hardiesse sans pareille, avait visiblement affligé et surpris notre pieux supérieur. Il était bien rare que ses élèves lui parlassent avec cette indépendance. Il ne nous cacha pas la peine profonde qu’il éprouvait de notre hardiesse. Après nous avoir repris avec autant de fermeté et de charité que possible sur ce qu’il appelait < notre attaque anti-chrétienne contre une des plus saintes lois de l’Eglise, » il réfuta de son mieux Désaulniers ; puis il me parla à peu près en ces termes :
— Mon cher Chiniquy ! je te l’ai déjà dit bien des fois, tu t’occupes trop à raisonner quand la religion te dit que tu ne devrais qu’obéir avec l’humilité et la docilité d’un enfant.
A t’en croire, il faudrait réformer l’Eglise, abolir la confession des femmes, jeter les livres de théologie au feu, pour en faire de nouveaux plus conformes à tes idées.
Qu’est- ce que cela prouve? C’est que le démonde l’orgueil te tourmente, comme il a toujours tourmenté les réformateurs, avant de les perdre.
La théologie de St-Thomas, de Dens et de Liguori
est approuvée par les évêques et les papes : elle est approuvée par l’Eglise toute entière.
Comment ne vois-tu pas le ridicule, l’impiété et le danger de ta position? D’un côté sont rangés tous nos saints papes, nos vénérables évêques, nos savants théologiens et prêtres, sans compter les deux cent millions de fidèles, qui, comme une innombrable armée, les soutiennent; — et qu’est-ce que je vois de l’autre côté, pour attaquer et renverser cette invincible armée de Dieu? Mon pauvre petit, quoique bien cher Chiniquyü
Comment ne trembles-tu pas d’opposer ta faible raison à la raison supérieure de tant de grands papes, de saints évêques, de nombreux théologiens, de l’Eglise toute entière? N’est-ce pas comme si le petit grain de sable qui est là-bas, au pied de la montagne, s’avisait de renverser la montagne? Ne diraiton pas que la petite goutte d’eau veut repousser l’océan hors de son lit profond, ou changer les courants irrésistibles des mers polaires?
Crois à mon expérience : suis mes conseils avant qu’il soit trop tard. Que le petit grain de sable reste tranquille à la base de la montagne ; c’est ce qui convient à son extrême petitesse. Que la goutte d’eau se laisse entraîner, sans murmure, par les grands courants des mers sans rivages, et tout ira mieux pour elle.
Tous les bons prêtres qui ont confessé avant nous se sont sanctifiés, bien que leurs corps ient été souillés par la confession des femmes. Ces misères ne sont que des infirmités de la nature humaine. Elles ne peuvent souiller une àme qui veut rester unie à Dieu.
Le rayon de soleil se souille-t-il en descendant dans la boue? Non:' ce rayon reste pur, et il retourne
sans tache vers l’astre radieux d’où il émane. Le cœur d’un saint prêtre comme sera le tien, je l’espère, est semblable au rayon de soleil dans la boue : il reste pur et sans tache, même au milieu des accidents inévitables à la confession.
Dans votre ordination, vous recevrez des grâces d état qui vous transformeront en de nouveaux hommes; vous prierez la sainte Vierge, et cette bonne mère vous obtiendra toutes les grâces dont vous aurez besoin. Les faiblesses dont les théologiens parlent €t auxquelles, je vous l’avoue, tous les prêtres qui entendent les confessions des femmes sont sujets, ne doivent pas vous troubler, puisque l’Eglise vous assure qu’elles ne vous seront pas imputées à péché.
D’ailleurs, je ne veux plus que vous me parliez de ces questions, et, autant que mon titre de directeur m’en donne le droit, je vous défends d’en parler entre vous.
J’avais eu l’espoir que notre cher M. Leprohon nous répondrait par de bonnes raisons; mais c’était par un coup d’autorité qu’il voulait empêcher la voix de nos consciences de se faire entendre. Cependant l’idée de cette goutte d’eau en révolte contre le vaste océan, de ce grain de sabre voulant renverser la montagne, m’avait singulièrement frappé et humilié tout à la fois. J’en restai tout anéanti et confus. Mais je n’étais pas convaincu.
Et ce rayon de soleil, qui ne se souillait pas, même en descendant dans la boue, et qui remontait toujours pur vers l’astre radieux d’où il émanait, tout en m’éblouissant par ses beautés, me laissait au fond de l ame an trouble inexprimable. J’avais comme le pressentiment que j’étais en présence d’une grande imposture et d’un brillant sophisme, dont je n’avais ni le courage ni la force d’approfondir et de réfuter la fausseté.
Presque tous les mois, depuis plus de dix ans que j’étais au séminaire de Nicolet, des prêtres du diocèse des Trois-Rivières et d’ailleurs venaient, par ordre des évêques, passer des semaines entières en îetraite et en pénitences forcées, pour avoir eu des relations illicites avec leurs nièces, leurs servantes ou quelques-unes de leurs belles paroissiennes. Peu de temps avant cette conversation, le curé de St-François, M. l’abbé Amiot, n’avait pas eu moins de deux enfants dans la même semaine, de deux soeurs. G était même un fait public que l’une d’elles avait accouché au presbytère, pendant que l’évêque y était en visite pastorale.
Tous ces faits, qui étaient aussi évidents que la lumière du soleil en plein midi, s harmonisaient bien peu avec les brillantes théories de notre directeur sur ces rayons de soleil qui ne se souillaient jamais, même en descendant dans la boue. Ils m étaient plus d’une fois venus à la mémoire pendant son discours, et plus d’une fois j’avais ouvert la bouche pour lui demander si tous ces rayons de soleil (les prêtres) avaient réellement fait le voyage de la boue à 1 astre lumineux sans emporter avec eux quelques grains de la poussière de la terre? Mais le respect que je lui portais m’avait chaque fois commandé le silence.
Lorsque je fus seul, je demandai pardon à Lieu d’avoir osé penser autrement que les papes et les théologiens de Rome, d’avoir osé un moment différer d’opinion avec ces deux mille évêques et ces deux cent millions de fidèles auxquels j’étais uni par les liens de la foi. Je m’en voulais d’avoir eu l’impardonnable présomption d’opposer un seul instant ma misérable petite intelligence à tant de grandes et saintes intelligences !
Hélas ! je ne comprenais pas alors que lorsque le Dieu de la lumière et de la vérité descend dans une âme, il y répand plus de lumière, de vérité et de foi ce qu il n y en a dans tous les papes, tous les évêques et les deux cent millions d’esclaves que Rome tient dans ses fers. Il me semblait alors que c était une damnable impiété de penser par moi-même, de regarder les choses religieuses avec les yeux de mon âme et de mon intelligence. Quelque absurde et impie que soit cette pensée, c’était la mienne, comme c est encore celle de tous les malheureux catholiquesromains; oui, c’était ma croyance bieu sincère que Dieu ne pouvait pas m’éclairer directement, mais que ses lumières devaient nécessairement passer pai le pape et son Eglise ! Je croyais avec tous, ces pauvres aveugles, qu’il y avait entre moi et mon Dieu deux inaccessibles montagnes : le pape et son Eglise! Je n’avais pas le droit d’aller plus haut que les pieds du pape, et c’était là que, tout tremblant, le front courbé dans la poussière, j’attendais les oracles du ciel.
Les promesses et les lumières du Saint-Esprit n’étaient que pour le pape. Or, c’était par ses théologiens seuls que ce pape me donnait ses oracles : je venais de l’entendre de la bouche de mon supérieur. Ecouter la voix de ma conscience, qui me disait que ces théologiens étaient des menteurs, des assassins des âmes, des aveugles conduisant d’autres aveugles, c’était donc courir à ma perte éternelle.
Dieu seul sait quelle terrible jouit je passai entre les cris de ma conscience et la voix menteuse des théologiens de Rome. Je me roulais sur mon lit, que j’arrosais de mes larmes! Je criais à Dieu d’avoir pitié de moi !
Et le Seigneur, qui est riche en miséricorde, a vu mes larmes, il a entendu les cris de ma douleur; il a eu pitié de moi.
Mais l’heure de mon salut et de ma délivrance n’avait pas encore sonné : Dieu voulait me laisser plus longtemps dans la terre d’Egypte, accablé par le joug pesant et dégradant de Pharaon. Il voulait que je connusse toutes les ténèbres et toutes les plaies de cciie terre d esclavage, afin de me faire soupirer davantage après les saintes lumières et les joies pures de la terre promise, dans laquelle sa miséricorde devait plus tard me conduire. Que son saint nom en soit éternellement béni !
François Désaulniers, qui, comme il me l’avait dit, n’a jamais voulu être prêtre, est resté dans les ordres du diaconat toute sa vie. Il professait la philosophie à Nicolet. C’était un homme qui parlait peu, mais qui pensait beaucoup. Il me semble le voir encore, se retirant à l’écart et restant seul et pensif des heures entières, pendant que les autres élèves et les professeurs s’amusaient, chantaient et se promenaient sur les bords enchantés de la rivière de Nicolet. Il était bon logicien et habile mathématicien. Mais, quoique affable envers tous, il était peu communicatif : j’étais probablement le seul avec qui il s’expliquât sur les doutes et les inquiétudes dont il était constamment assiégé sur les grandes questions de l’Église, de la foi, de l’histoire et de la discipline ecclésiastique.
Il me répétait souvent : Je voudrais n’avoir jamais ouvert un livre de théologie. Nos théologiens n’ont ni cœur, ni âme, ni logique. Les uns approuvent le vol, le mensonge, même le parjure. D’autres nous traînent, sans honte et sans pudeur, dans des marais de boue et d’ordures qui soulèvent le cœur.
mais en réalité, et d’une manière irrésistible, absolue!"
L’âme pénétrée d’une joie inexprimable, et le cœur rempli de la plus sincère reconnaissance envers le bon Dieu qui venait de m’élever à une dignité aussi sublime, je me levai des pieds de l’évêque et me rendis dans mon oratoire, où je passai le reste du jour dans la retraite, uniquement occupé à méditer les miséricordes infinies du Seigneur à mon égard.
J’avais enfin reçu ce sacerdoce de puissance, de sainteté et de gloire que mon Eglise m’avait toujours dit être le plus grand don que Dieu pût faire à l’bomme. Je le possédais donc ce divin sacerdoce vers lequel cette Eglise avait fait tourner mes pensées, mon cœur et toutes les plus saintes aspirations de mon âme depuis ma plus tendre enfance ! La dignité que je venais de recevoir était au-dessus de toutes les dignités de la terre. Le saint caractère du sacerdoce, imprimé dans mon âme avec le sang même de Jésus-Christ, était comme une couronne de gloire et de sainteté que rien ne pouvait jamais me ravir! l’étais devenu prêtre du Très-Haut, pour le temps et pour l’éternité !
Non seulement Jésus-Christ venait de mettre sur mes épaules le manteau de son divin sacerdoce, mais il m’avait associé d’une manière si parfaite à son éternelle mission de Sauveur du monde, que j’allai» pouvoir, tous les jours de ma vie, offrir un sacrifice d’expiration et de salut aussi parfait que le sacrifice du Calvaire ! A l’avenir, le Eils éternel de mon Dieu allait descendre du ciel sur la terre, en réalité, en personne, aussi souvent que je le lui commanderais! Je venais de recevoir un pouvoir absolu, irrésistible sur lui ! Tous les jours de ma vie, j’allais, non pas d’une manière spirituelle et symbolique, mais réelle, absolue, matérielle, boire son sang et me nourrir de
sa chair, de son âme, de sa divinité! Le même Sauveur Jésus-Christ, qui était mort sur la croix pour moi, et tel qu’il est assis à la droite de son Père, au ciel, allait, à l’avenir, d’une manière réelle, en personne, et tous les jours de ma vie, se reposer dans ma poitrine, mêler son sang à mon sang, unir son âme si pure à ma pauvre âme pécheresse, et vivre uvec moi dans la plus parfaite union, afin de me diriger, de me soutenir et de me sanctifier pour le temps et pour l’éternité.
Quelque grandes qu’aient été les faveurs accordées à la sainte Vierge, je venais d’en recevoir de bien plus grandes encore ! Ce n’était que dans son enfance <jue Jésus-Christ lui avait obéi; mais maintenant il allait m’obéir, bien que couronné de gloire au ciel! Plus d’une fois, le Sauveur avait refusé d’accorder les demandes de sa mère ; il avait même publiquement refusé de venir à elle, lorsqu’elle l’avait appelé L Mat. xn, 46-50). Mais il ne lui serait pas possible de me désobéir lorsque je lui commanderais de venir entre mes mains, sur l’autel!
Je crus que le meilleur moyen de montrer ma reconnaissance au bon Dieu qui venait ainsi de me rendre l’objet de ses miséricordes, était de lui promettre de mener une vie sainte. Et je le lui promis. Je dis à ma langue: « Sois sainte ! car tu vas être arrosée, tous les jours, par le sang de l’Agneau sans tache. » Je dis à mon cœur : m Le Fils du Dieu trois fois saint va te choisir comme son lieu de repos, tous les jours. Garde-toi donc de tout péché! Et toi, mon âme, combien ne dois-tu pas être sainte, puisque Celui devant qui les anges même ne se trouvent pas purs, va s’unir à toi, tous les jours, de la manière la plus parfaite! »
J’aperçus, en ce moment, sur ma table, ma pipe pleine de tabac, et ma tabatière à priser. Je leur dis :
« Je suis prêtre du Dieu de toute pureté et de toute sainteté. Je n’oublierai pas le respect que je me dois à moi-même en restant plus longtemps votre esclave! » J’ouvris la fenêtre et les jetai dans la rue, pour ne plus jamais m’en servir.
Le 21 septembre 1833, j’avais reçu les fonctions du sacerdoce : le pouvoir de changer le pain et le vin dans le corps, le sang, l’âme et la divinité de Jésus-Christ. Mais je n’avais pas pu, ce jour-là, faire usage de ce redoutable et sublime pouvoir. Ce n’était que le lendemain que je devais opérer l’incomparable miracle que l’Eglise de Rome appelle transsubstantiation.
J’avais passé presque toutes les heures du jour et de la nuit du 21 au 22 septembre à prier et à remercier Dieu. Bien avant que le jour parût, j’étais à genoux, pour me préparer de mon mieux à célébrer ma première messe. Ce jour allait être le plus beau, ie plus saint de ma vie ! J’avais bien, la veille, été élevé à une dignité qui était audessus de tous les empires et de toutes les royautés de la terre. Mais ce jour-là, le 22, j’allais recevoir de mon Dieu des faveurs bien plus grandes encore. J’allais faire un miracle au-dessus de la puissance de tous les anges . j’allais commander au Fils de l’Eternel, et il allait m’obéir ! Le miracle que Josué avait fait, lorsqu il commanda au soleil et à la lune de s arrêtei sui les plaines sanglantes de Gabaon, n’était rien en comparaison du prodige que j’allais accomplir ! C était au Créateur et au Maître de l’univers que j’allais donner mes ordres 1 Et lorsque le Fils du Tout- Puissant serait entre mes mains, j’irais le présenter à son Père comme la victime d’expiation pour les péchés du monde! J’allais obtenir mon pardon et
celui de tous ceux pour qui j’offrirais l’holocauste! Le sacrifice que j’allais offrir sur l’autel aurait autant de puissance et d’efficace que celui du Christ sur le Calvaire !....
Mais lorsque le son de la cloche vint me dire que le moment de monter à l’autel était arrivé, mon cœur se mit à battr * d’une manière si étrange et si rapide, que je faillis perdre connaissance. La sainteté de* l’action que j’allais faire, la grandeur du sacrifice que j allais offrir, la majesté du Dieu que j’allais porter dans mes mains, l’étonnant miracle que j’allais opérer, me remplissaient, tour à tour, de joie, d’admiration et de terreur : je tremblais de la tête aux pieds.... Il est bien probable que je n’aurais pas osé monter à 1 autel, si quelques amis bienveillants, parmi lesquels était M. l’abbé Cazeault, secrétaire et grand-vicaire de 1 archevêque de Québec, n’eussent été là pour me soutenir et m’encourager.
La célébration de la messe n’est pas une chose bien facile pour un novice : il y a plus de cent différentes cérémonies et postures du corps qu’il faut observer avec la plus grande exactitude; en omettre une seule pat négligence ou ignorance coupable peut entraîner 1 àme dans 1 enfer. Mais grâce à plusieurs exercices, la semaine précédente, et grâce surtout aux bienveillants amis qui m’aidaient, je célébrai cette premièie messe avec plus de facilité que je ne m’y étais attendu. La cérémonie dura à peu près une heure; et lorsque tout fut terminé, je me sentis complètement épuisé par les efforts qu’il m’avait fallu faire pour tenir mon cœur, mon âme et mon intelligence en parfaite union avec les grands, terribles et saints
mystères qui devaient s’accomplir par mes mains .
L’effort qu’un homme intelligent doit faire pour se persuader qu’il a le pouvoir de changer un petit
morceau de pain dans son Dieu, est tellement audessus des forces ordinaires de la nature humaine, que l’état dans lequel l’âme se trouve après avoir réussi, ressemble plutôt à la mort qu’à la vie. J’avais ' donc réellement réussi à me persuader que je venais d’accomplir l’acte le plus grand, le plus sublime et le plus saint de ma vie, et, cependant, je venais de me rendre coupable du plus monstrueux acte d’idolâtrie ! Mes yeux, mes mains, mes lèvres, ma langue, tous mes sens unissaient leurs voix à celles de ma raison et de mon Dieu, pour me dire que ce que je venais de voir, de toucher et de manger, n’était qu’un petit morceau de pain, qu’une insipide petite galette! Mais la voix du pape me disait que c’était mon Dieu ! Et il m’avait fallu repousser la voix du Dieu de vérité pour accepter celle du père du mensonge! Car chaque prêtre de Rome est obligé de descendre à ce degré de perversité et de folie pour obéir à son Eglise !
Il n’y a qu’à dépouiller cette grande imposture moderne des paroles pompeuses sous lesquelles l’Eglise de Rome l’a cachée, pour comprendre que le dogme de la transsubstantiation n’est qu’une grossière et hideuse idolâtrie.
« Il me faut, demain matin, porter le bon-dieu à un malade, dit le prêtre à sa servante; mais il n’y en a plus dans le ciboire. Faites donc quelques hosties (petites galettes ), pour que je les consacre. » Et la docile servante prend un peu de farine et la mêle avec de l’eau. Il faut que ce soit de la farine de blé, car sans farine de blé, pas de bon-dieu possible dans l’hostie. Même si la domestique, par accident, y mêle une quantité tant soit peu considérable d’autre farine, tous les efforts du prêtre pour créer le bon-dieu seront impuissants. Lorsque la pâte est faite, la servante
la met entre deux fers chauds, sur la face desquels sont gravé les lettres G. H. S. Et le tout étant bien cuit, elle prend son outil et découpe la pâte en petites galettes rondes, d’un pouce de diamètre, qu’elle remet respectueusement entre les mains de son prêtre, après avoir mangé les rognures, dont elle est généralement très friande. Le lendemain, ces petites galettes sont portées à l’autel, où le prêtre en fait autant de bons-dieux pour l’usage des catholiques-romains, malades ou en santé, qui voudront communier.
C’était une de ces petites galettes que j’avais changée dans le corps, le sang, l’àme et la divinité de Jésus- Christ, avec ces cinq paroles cabalistiques: Hoc est enim corpus meum !
Quelle différence pouvait-ii exister entre cet incroyable acte de suprême folie et l’?;te d’idolâtrie d’Aaron dans le désert?
« Le peuple, voyant que Moïse différait longtemps à descendre de la montagne, s’assembla autour d’Aaron et dit : Faites-nous des dieux qui marchent devant nous .
« Aaron leur répondit : Otez les pendants d’oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles, et apportez-les moi.
« Le peuple fit ce qu’Aaron avait commandé, et lui apporta les pendants d’oreilles.
« Aaron les ayant pris, les jeta en fonte, et il en forma un veau. Alors les Israélites dirent : Voici vos dieux, ô Israël, qui vous ont tirés de l’Egypte.
<l Ce qu’Aaron ayant vu, il dressa un autel devant le veau; et il fit crier par un héraut: Demain sera la fête solennelle du Seigneur.
« S’étant levés de grand matin, ils offrirent des holocaustes et des hosties pacifiques. Tout le peuple s assit pour manger et pour boire, et se levèrent ensuite pour jouer. » (Exode xxxiï, 1-6.)
Je le demande encore une fois, quelle différence y a-t-il entre l’effroyable apostasie d’Aaron et de son peuple, qui se font un dieu avec un veau d’or, et l’action que j’avais faite en changeant une petite galette en dieu, pour l’adorer, le 22 septembre 1833? La seule différence est qu’Aaron ne resta que deux jours environ aux pieds de son veau d’or pour lui rendre ses adorations ; tandis que l’Eglise de Rome m’a tenu un demi-siècle au pied de son dieu de pâte, comme elle tient encore aux pieds de cette idole les millions de pauvres aveugles catholiques-romains, pour la leur faire adorer.
En abandonnant la parole du Christ : « Faites ceci en mémoire de moi, > pour y substituer sa transsubstantiation, l’Eglise de Rome a rejeté le monde dans l’abîme de l’idolâtrie des anciens peuples païens. Cette Eglise adore un Christ, il est vrai ; mais ce n’est pas le Christ de l’Evangile : c’est un faux Christ, un Christ fait avec une petite galette de farine de blé ; c’est un Christ fictif, escamoté par les papes dans les vieux temples du paganisme, et sacrilégement offert aux nations modernes sous le nom adorable de Jésus. Car, encore une fois, les prêtres de Rome font leur dieu avec un morceau de pain, comme les prêtres hottentots font leur dieu avec un os de poisson, comme Aaron fit son dieu, dans le désert, avec un veau d’or!
On m’a souvent demandé si je me croyais réellement capable de changer le pain de la communion dans le corps, le sang, l’âme, la divinité de Jésus-Christ, et si j’ai jamais sincèrement adoré ce dieu que je créais moi-même, avec l’aide de ma servante. A ma honte, et à la honte de notre pauvre humanité, il m’a toujours fallu répondre : « Oui, j’ai cru, ce que tous les prêtres de Rome sont obligés de croire, que je transformais une petite galette de pain en mon
Dieu ! Et j’adorais ce Dieu, qui était l’œuvre de mes mains ! » Quand j’avais changé ce pain en mon Dieu, je le montrais au peuple, en disant: a Voici l’Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde; adorons-le.» Et, tombant à genoux, je me prosternais et l’adorais! Et le peuple se prosternait aussi pour adorer le dieu que je venais de créer en sa présence !
Bien plus que cela, quoique mon Eglise me dît que j’avais, dans le ciel, un Sauveur appelé Jésus- Christ, et qu’elle m’invitât à le prier, ainsi que tous les prêtres de Rome, j’avais bien plus de confiance dans le Christ que j’avais créé moi-même et renfermé sous clef, que dans le Christ que l’on me disait assis à la droite de Dieu.
Il ne se passait pas un jour que mon Eglise ne m’assurât que le Christ du ciel était irrité contre moi à cause de mes péchés: elle me le représentait toujours prêt à me punir comme je le méritais; elle m’assurait qu’il avait constamment la foudre en main pour me frapper, et que je serais depuis longtemps tombé dans l’enfer, si la sainte Vierge n’était là, sans cesse occupée à apaiser le juste courroux de son fils. Tous les théologiens que j’étudiais, et dont même j’avais souvent à apprendre par cœur les plus importantes doctrines, m’assuraient la même chose. Liguori me prouvait cette doctrine à l’évidence. Les infaillibles papes approuvant ces théologiens dans leurs infaillibles encycliques, j’étais obligé, en conscience, de croire et de prêcher que je devais à Marie de n’être pas, depuis longtemps, dans l’enfer. Il résultait de cette croyance que, avec tous les catholiquesromains, je n’allais aux pieds du Christ du ciel qu’avec crainte. Je me sentais comme glacé de frayeur en sa présence. Il ne pouvait me regarder qu’avec sévérité ; ses mains ne pouvaient s’étendre vers moi,
qu’armées de la foudre, excepté dans le cas où Matie aurait apaisé son juste courroux. Lorsque j’étais aux pieds de ce Christ si justement en colère, mon esprit était constamment occupé et inquiet sur le choix des intercesseurs à qui je devais m’adresser pour calmer son courroux et me le rendre favorable.
Outre cela, mon Eglise me représentait constamment Jésus-Christ, au ciel, comme un puissant et terrible monarque, qui n’aimait à voir à ses pieds que des sujets fidèles, et qui ne voulait être approché que par des saints, des vierges et des martyrs. Mon infaillible Eglise me disait, et il me semblait que cette doctrine était raisonnable et chrétienne, qu’il ne convenait pas à un sujet rebelle d’aller lui-même parler au puissant monarque qu’il avait outragé : ce que ce malheureux avait de mieux à faire, s’il voulait échapper au juste châtiment qu’il méritait, était de s’adresser à quelques-uns des grands officiers les plus en faveur auprès du prince, de s’adresser surtout à la Sainte Mère du Grand Roi, à laquelle son fils ne pouvait rien refuser. Ce que le sujet rebelle avait donc de mieux à faire, était de se tenir aussi loin que possible de son prince, et de trembler sur l’issue de sa supplique, au souvenir de sa révolte, tandis que ceux qu’il avait choisis pour porter son humble pétition, iraient la présenter au pied du trône.
Mais je n’éprouvais ni inquiétude ni terreur lorsque j’allais aux pieds du Christ que j’avais créé moi-même, et que j’avais renfermé, de mes propres mains, dans cette petite prison qu’on appelle tabernacle. Là, je trouvais un Sauveur humble, pauvre, sans puissance pour punir. Assurément, le Sauveur que j’avais créé moi-même, le matin, avec cinq paroles tombées de mes lèvres, n’avait pas de foudre en main pour m’écraser. Ne tenait-il pas de moi sa triste existence?
Ne devait-il pas m’être soumis jusqu’au bout? Quelle raison aurais -je eue de croire que ce Christ que j’avais forcé de descendre du ciel, allait se rebeller contre moi, me refuser quelque chose, à présent qu’il était là, comme mon prisonnier? N’avais-je pas bien fermé la porte sur lui, pour le forcer à rester là, tout près de moi, et me donner le droit de rester auprès de lui? N’était-ce pas son amour pour moi qui le tenait là, comme enchaîné, derrière ces doubles serrures, dont je tenais les clefs dans ma main?
Lorsque je me trouvais aux pieds du Dieu Sauveur que j’avais fait moi-même, je n’avais pas besoin de grands officiers, ni de vierges, ni de saints martyrs, pour parler en ma faveur. Au lieu d’être un monar que puissant et redoutable, comme le Christ du ciel, mon Christ du tabernacle n’était plus que le faible Sauveur de la crèche, que l’homme des humiliations, des douleurs de Gethsémané.... Ce n’était plus pour moi qu’un roi détrôné, qu’un Dieu réellement anéanti pour mon salut! Aussi, avec quel bonheur je passais souvent des heures entières à ses pieds! Comme je me sentais heureux chaque fois que mes occupations me permettaient d’aller seul, au pied de son tabernacle, dans cette église solitaire, épancher mon cœur et verser en sa présence les larmes de mon repentir et de mon amour !
Non ! jamais ceux qui n’ont pas fait l’expérience des terribles illusions du romanisme, c’est-à-dire du mensonge, ne pourraient me croire, ni même me comprendre, si je leur disais la mystérieuse et redoutable sincérité avec laquelle l’âme humaine accepte les plus monstrueuses doctrines, et se fait comme une félicité de marcher au sein des plus épaisses ténèbres ! Combien de fois, par le froid le plus rigoureux de nos hivers canadiens, dans des églises
qui n’avaient jamais connu la chaleur d’un poêle, avec une température de vingt à trente degrés au-dessous de zéro, j’ai passé de longues heures en présence de cette idole de pain, sans presque m’apercevoir que le froid me paralysait ! Les regards fixés sur le tabernacle, où était renfermé l’objet de mon amour et de mes adorations, j’admirais ce Sauveur qui, par charité pour moi, et afin de me procurer le bonheur d’être près de lui, restait là, seul, sans adorateurs, des jours entiers et durant les longues et ténébreuses heures de la nuit ! Son amour pour moi l’enchaînait au fond de cette prison solitaire, afin qu’au matin je puisse l’y retrouver et lui parler cœur à cœur !
C’est ainsi que le malheureux habitant de l’Inde, trompé par ses prêtres, trouve un horrible bonheur à se faire écraser sous les roues du chariot qui porte en triomphe son idole de bois. C’est encore ainsi que des milliers de veuves, dans ces pays idolâtres, se font brûler vives sur le cadavre de leurs époux, parce que les prêtres leur persuadent que cette épouvantable mort leur assurent, pour elles et pour leurs maris, une place au ciel 1
Pour dire toute la vérité sur cette humiliante question de la puissance de l’erreur sur l’âme et toutes ses facultés, je dois confesser une chose qui paraîtra impossible à ceux qui ont eu le bonheur de naître et de vivre au sein de la vérité : les heures les plus délicieuses pour moi étaient celles que je passais à adorer, seul, dans ses tabernacles, le dieu que j’avais fait de mes propres mains, avec l’aide de ma servante !
Et il n’y a pas un prêtre respectable et sincère dans l’Eglise de Rome qui ne ferait pas le même aveu, s’il était interrogé sur cette question.
Le fait est que le pauvre esclave des erreurs de Rome n’a pas d’autre Sauveur ni d’autre Dieu à qui il puisse parler avec confiance que le sauveur et le dieu que son prêtre lui fait avec un petit morceau de pain : ce sont les seuls qui se laissent approcher par d’autres que par des vierges et des saints, les seuls qui n’aient point de colère contre les pauvres pécheurs qui viennent à eux.
Voilà pourquoi les temples de Rome sont constamment remplis par les victimes de ce système ténébreux. Allez dans certaines églises de Rome, longtemps avant le jour, même lorsque la tempête gronde, que la pluie tombe par torrents, et vous serez surpris par un spectacle étrange, inexplicable pour la plupart du monde : vous verrez une multitude de tout âge, de tout sexe et de toute condition, accourant de tous les points de l’horizon et s’acheminant vers le temple, pour y entendre la messe et se prosterner aux pieds du christ que le prêtre va faire avec une petite galette, pétrie et cuite la veille !
Les enfants de la lumière, les disciples de l’Evangile, qui protestent contre les déplorables erreurs de Rome, savent que ce n’est pas à Jérusalem seulement ni sur cette montagne que leur Dieu veut être adoré (Jean iv, 21). Ils savent que le vrai Christ n’est pas dans ce désert, ni dans le lieu le plus retiré de cette maison (Mat. xxiv, 23-26), mais qu’il est partout pour entendre ceux qui crient vers lui et le recherchent; que partout il est prêt à sécher les larmes de ceux qui pleurent, à sauver ceux qui sont égarés et perdus. Ils savent que leur Sauveur est avec eux, dans leurs plus humbles demeures, dans les champs, derrière le comptoir, dans les chars rapides du chemin de fer, ou sur le pont du vaisseau que la vapeur fait voler sur le fleuve ou à travers l’océan. Partout ils l’in-
voquen? et le bénissent, partout ils jouissent des joies inénarrables de sa présence. Pour eux, Jésus est le plus fidèle compagnon de leur pèlerinage. Jamais il ne s’éloigne d’eux. Ils demeurent en lui, comme il aime à demeurer en eux; ils sont unis à lui à toutes les heures du jour et de la nuit, comme la branche est unie à l’arbre, sans que rien ne puisse jamais les séparer.
Depuis l’an 1833, où je fus ordonné prêtre du moderne paganisme de Rome, jusqu’à l’heure où Dieu, dans sa miséricorde, a ouvert mes yeux aux saintes lumières de la foi, mes servantes ont dépensé plus d’un baril de farine à faire des petites galettes dont j’ai fait des dieux. Tous les matins, après avoir mangé un de ces dieux, j’étais obligé par mon Eglise de mettre les autres sous clef, dans une petite chambre appelée tabernacle. Mais souvent elle m’ordonnait aussi de porter quelques-uns de ces bons-dieux sur moi, quand je voyageais, surtout aux Etats-Unis. Alors je mettais mes bons-dieux dans les poches de mon gilet ou de mon pantalon, comme tous les prêtres.
, Et maintenant, si l’on me demande: «Gomment peut-il se faire que vous vous soyez rendu coupable d’un tel acte de folie et d’idolâtrie?» je répondrai, comme l’aveugle de l’Evangile: «Je n’en sais rien... tout ce que je sais, c’est que j’étais aveugle, et qu’aujourd’hui je vois. Jésus a touché mes yeux et les a ouverts. C’est un grand prophète ; car s’il n’était pas envoyé de Dieu, il n’aurait pas pu faire un pareil miracle. » Et je dirai avec Jean: «Jésus est venu dans le monde pour exercer un jugement, afin que ceux qui ne voyaient pas voient, et que ceux qui voyaient deviennent aveugles. »
XVI. Quelques conséquences remarquâmes du dogme de la transsubstantiation.
A partir du jour de mon ordination, j’étais obligé de croire que j’avais le pouvoir de changer tous les pains et biscuits des différentes boulangeries de Québec en autant de corps, sang, âme et divinité de notre Seigneur Jésus-Christ.
Je ne devais entretenir aucun doute sur cette question : je n’avais qu’à entrer dans ces établissements, prononcer sur les pains les cinq paroles toutespuissantes: Hoc est enim corpus meum, et la ville de Québec se trouvait soudainement privée de pain. En continuant seulement quelques semaines de chan ger ainsi en mon Sauveur le pain de Québec, la population entière de la ville devait bientôt éprouver toutes les horreurs de la famine, à moins toutefois qu’elle ne se contentât des apparences de couleur et de goût; car mon Eglise m’assurait qu’une fois les paroles de la consécration prononcées sur le pain, n n’en reste plus que l’apparence trompeuse, la couleur et le goût.
Lorsque j’étudiais la théologie au séminaire de Nicolet, j’avais plus d’une fois entendu notre savant supérieur nous raconter qu’un prêtre avait un jour, à Paris, été condamné à mort. Pour se venger, il avait, en se rendant à l’échafaud, consacré tous les pains des boulangeries devant lesquelles il avait passé, en sorte que cette partie de la capitale de la France se trouvait sans pain, les boutiques des boulangers ayant été changées en autant de saints tabernacles, qui ne contenaient plus que le corps, le sang, l’âme et la divinité de Jésus-Christ ! J’étais obligé de croire, sous peine de damnation éternelle, que cela était possible !
Avant mon ordination, j’avais dû apprendre par cœur dans le Missel romain (page 55) ce qui suit : < Si après la consécration, l’hostie disparaît, emportée par le vent ou par quelque animal, îe célébrant devra prendre un nouveau pain, le consacrer et finir sa messe, comme de coutume. »
J’avais aussi appris (p. 57) que si une mouche ou une araignée tombaient dans le calice, après la consécration, le prêtre devait l’avaler, s’il ne se sentait pas une répugnance trop forte ; et que s’il n’avait pas le courage de le faire, il devait prendre la mouche ou l’araignée entre ses doigts, la presser et en faire sortir le précieux sang, puis, après la messe, la brûler et en jeter les cendres dans la piscine.
Un professeur de théologie ayant, un jour, exposé les lois de l’Eglise sur cette question, et voulant savoir si les ecclésiastiques l’avaient bien compris, s’adressa à l’un d’eux et lui dit : a Si une mouche ou une araignée tombait dans le calice, après la consécration, que feriez-vous ? »
L’étudiant répondit promptement; «Je l’avalerais avec le précieux sang, si je n’éprouve pas trop de répugnance : dans ce dernier cas, je la prendrais entre mes doigts et je la presserais pour en faire sortir le sang de Jésus-Christ; puis, après la messe, je la ferais brûler et j’en jetterais les cendres dans la piscine. »
« Très bien ! dit le professeur ; puis, s’adressant à son voisin, il lui dit: Si, après la consécration, un âne mettait sa langue dans le calice et buvait quelques gouttes du précieux sang, que feriez-vous?»
Le jeune ecclésiastique répondit : « Si je n’éprouvais pas trop de répugnance, je l’avalerais; mais, dans le cas où je sentirais une répugnance trop forte, je le prendrais entre mes doigts, je le presserais de
mon mieux, puis, après la messe, je le ferais brûler et j’en jetterais les cendres dans la piscine» .
Vers le 15 janvier 1834, j’ai entendu raconter l’histoire suivante, par M. l’abbé Paquette, curé de St-Gervais, pendant un grand dîner auquel assistaient bon nombre de prêtres :
« Lorsque j’étais jeune prêtre, on me nomma vivaire d’un curé qui mangeait comme cinq et buvait comme six d’entre nous : c’était un véritable géant ! Plus d’une de ses chères brebis a porté sa marque; car son terrible poing frappait juste, et sa colère était celle d’un lion, surtout après le dîner, où il ne vidait jamais moins de deux ou trois bouteilles de bon vin.
« Un jour qu’il avait donné un grand repas aux curés du voisinage, pendant qu’il était encore à table, on vint le chercher pour porter le bon-dieu à un mourant. C’était à l’époque la plus rigoureuse de l’hiver : le froid était extrême, il y avait de trois à quatre pieds de neige sur la terre. Les chemins se trouvaient dans un état affreux, et c’était réellement une rude besogne que de faire neuf ou dix milles par un temps et des chemins pareils.
< Mais il fallait marcher : c’était un marguillier même qui était venu le chercher, et le malade était un des hommes les plus influents de la paroisse. Après quelques murmures, le curé appelle le marguiller, et il boit avec lui un verre d’excellente jamaïque, comme préservatif contre le froid. Il va ensuite à l’église pour chercher le bon-dieu, et se jette dans la carriole, où il se cache de son mieux sous les peaux de buffle. Quoique le marguillier eût attelé deux forts chevaux, l’un devant l’autre, pour mieux traîner la carriole, la route était longue et ennuyeuse; mais elle le devint bien plus encore par suite d’un
accident imprévu. Ils n’étaient pas encore à la moitié du chemin qu’ils se virent tout à coup arrêtés par un autre voyageur, qui venait dans la direction opposée.
ce Les chemins d’hiver étaient alors, comme aujourd’hui, trop étroits pour permettre à deux voitures de se rencontrer sans courir le risque de plonger dans la neige, se renverser et de se briser. Il faut une grande prudence et beaucoup d’habileté pour faire ces rencontres sans accidents. Car une fois le pauvre cheval enfoncé dans la neige molle, plus il s’agite, plus il augmente le danger.
«Le marguillier, espérant que le bon-dieu qu’il portait allait le faire sortir des difficultés de cette rencontre inopportune, semble d’abord ne pas beaucoup s’en occuper. Se levant debout dans sa carriole, il crie, d’une voie de stentor, et avec un ton de suprême autorité: «Holà! clairez le chemin! Je porte le bon-dieu! Mettez-vous à côté... vite! vite!... » «Par malheur pour lui, l’étranger qu’il rencontrait était un hérétique, qui s’occupait bien plus de son cheval que du bon-dieu du marguillier. Il lui répondit, sur un ton encore plus élevé : « Le diable emportera ton bon-dieu avant que je consente à casser le cou de mon cheval dans la neige. Si ton bon-dieu ne t’a pas appris les lois du pays et les règles du bon sens, je vais te les montrer à bon marché.» Et, sautant hors de sa voiture, il saisit par la bride le premier cheval de l’équipage du curé, et le fait avancer doucement sur le bord du chemin, de manière à ce que chaque voiture pût avoir la moitié du chemin et passer sans accident. Mais le marguillier était un homme vif et emporté, et ses mauvaises qualités étaient devenues dix fois pires par suite de la boisson que le curé lui avait donnée. Il saute aussi hors de sa voiture, se précipite vers l’étranger, le saisit à la gorge
avec sa main gauche et lève la droite pour le frapper. Mais l’hérétique, prévoyant sans doute ce qui allait arriver, avait ôté son pardessus, et se trouvait par conséquent beaucoup plus libre que son agresseur. C’était, de plus, un vrai colosse par la grandeur et la force. Plus vite que l’éclair il fait tomber ses deux poings, comme deux massues de fer, sur la face du marguillier et le culbute dans la neige, où il le suit pour le frapper de nouveau sans pitié.
«Le curé était resté jusque-là spectateur passif du combat ; mais la vue de son marguillier, que l’infâme hérétique meurtrissait de coups, sans qu’il pût se défendre, réveilla son énergie un peu assoupie par la bouteille de jamaïque vidée au départ. Il se lève tout d’un coup, détache le bon-dieu suspendu sur sa poitrine et le dépose sur le siège de la carriole, en disant : « Mon cher bon-dieu, tout ce que je vous demande, c’est de rester neutre. Laissez-moi faire je vais punir ce maudit protestant comme il le mérite.»
« Mais avant qu’il eut pu secourir son marguillier, celui-ci était déjà à moitié mort : son visage n’était qu’une plaie; trois dents étaient cassées; la mâchoire inférieure, déboîtée ; et ses yeux tellement pochés, qu’il resta plusieurs semaines sans voir clair. La neige était rougie de son sang comme si un boucher y eut égorgé un bœuf.
« Lorsque le protestant vit que le prêtre s’approchait pour le forcer à un nouveau combat, il jeta bas son dernier habit, afin d’avoir ses bras plus libres. Le curé n’avait pas été si prévoyant ; car non seulement il avait gardé son gros capot, mais il n’avait pas même ôté son grand surplis blanc, qui le couvrait comme un linceul. Se fiant à sa force herculéenne, il tomba sur le voyageur comme une grosse roche qui roule de la montagne sur le chêne qui lui barre le chemin.
« Les premiers coups qui furent échangés durent être terribles, car ces deux combattants étaient de vrais athlètes. Mais il est probable que le protestant n’avait pas bu autant que le curé avant de se mettre en route ; peut-être aussi qu’il s’entendait mieux aux terribles joutes qui avaient lieu sur ce grand chemin.
« La bataille fut longue, et le sang qui rougit longtemps cet endroit, montra que la lutte avait été acharnée et sans merci. C’était vraiment un étrange spectacle que celui de ces deux hommes qui se frappaient sans pitié et dont les cris furieux n’avaient d’autre témoin que l’ouragan qui grondait autour d’eux. Le bruit de la tempête, les tourbillons de neige que le vent emportait quelquefois comme une épaisse fumée ou qu’il roulait comme des montagnes ; les coups redoublés que se donnaient les deux combattants ; leurs corps de géant, qui tombaient et se relevaient aussitôt pour rouler l’un sur l’autre ; le sang qui coulait des larges plaies dont leurs figures étaient couvertes; le pardessus et le surplis du curé, qui volaient au vent en lambeaux: tout cela formait un si terrible spectacle, que les chevaux du marguillier, quoique parfaitement domptés, finirent par être épouvantés : ils se jetèrent dans la neige, où ils se débattirent longtemps ; ils s’élancèrent ensuite sur la route, et eurent bientôt mis la voiture en pièces ; ils arrivèrent à leur écurie avec quelques débris seulement de leurs harnais.
« Evidemment le bon-dieu avait écouté la prière du curé : il était resté parfaitement neutre durant le combat ; au moins, il n’était pas venu au secours de son prêtre, car il fut battu, et le protestant resta maître du champ de bataille.
« Après avoir relevé le marguillier du millieu de la neige, où il était presque enseveli, à demi-mort
par le froid et la perte de son sang, le curé eut à marcher ou plutôt à se traîner avec lui près d’un demi-mille pour se rendre à la plus proche habitation, où il n’arriva qu’à la nuit.
«Mais voici le plus triste de l’histoire: Vous vous rappelez que le curé avait mis le bon-dieu sur le siège de la carriole, avant de s’engager dans cette terrible lutte. Or, les chevaux, après avoir traîné la voiture pendant quelque temps, finirent, comme je vous l’ai dit, par la renverser et la briser. Le porte-dieu fut donc perdu dans la neige. Et ce fut en vain que des centaines d’hommes le cherchèrent à plusieurs reprises pendant l’hiver : tous les efforts pour le retrouver furent inutiles....
« Vers la fin de juin, un petit garçon aperçut le long du chemin une guenille à moitié cachée dans la boue d’un fossé. L’ayant retirée de la vase, il ne fut pas peu surpris d’en voir tomber une petite boîte d’argent! Il se douta que c’était le précieux trésor perdu par M. le curé, dans la grande tempête de janvier et si inutilement cherché par tout le peuple. Il l’apporta donc au presbytère.
« J'étais là présent quand le curé l’ouvrit. Nous espérions que le bon-dieu y serait resté intact, et que, par quelque miracle, il se serait protégé contre les rigueurs des éléments. Mais quel ne fut pas notre désappointement en ne retrouvant au fond du
petit vase d’argent qu’une boue infecte . ! Le bon-
dieu était fondu....! »
Pendant le récit de cette histoire , les prêtres avaient fait de nombreuses libations, comme c’était l’usage alors, et ils avaient ri de bon cœur. Mais lorsque le dénoûment arriva et que le curé de Saint- Gervais, avec l’accent du plus parfait comique, laissa tomber ces mots: xLe bon-dieu élait fondu!» ils
poussèrent un éclat de rire tel que je n’en ai jamais entendu depuis. Tous les convives, égayés par le champagne, frappaient le plancher de leurs pieds, battaient des mains et criaient, avec des rires indescriptibles : « Le bon-dieu fondu ! Le bon-dieu fondu ! »
Oui, le dieu de Rome, perdu dans la boue d’un fossé par un de ses prêtres ivres, était bien réellement fondu. Et ce triste accident était proclamé avec de violents éclats de rire par d’autres prêtres, autour d’une table couverte de bouteilles de vin, qu’ils venaient de vider !
Le 1er mars 1839 fut un jour de profonde humiliation dans ma vie de prêtre de Rome. La veille, un pauvre Irlandais était descendu des montagnes qui s’élèvent entre le lac de Beauport et la rivière Montmorency, pour me chercher : une Irlandaise, qui se mourait, désirait se confesser et recevoir les derniers sacrements de l’Eglise avant de quitter cette triste terre.
Il était deux heures de l’après-midi lorsqu’il arriva. En moins de dix minutes j’étais allé chercher le bondieu à l’église, et je l’avais renfermé dans une petite boîte appelée «porte-dieu». Me revêtant ensuite de mes habits de voyage, je me jetai dans l’humble carriole du pauvre émigré de l’Irlande, et nous nous mîmes en route. Le chemin à travers ces montagnes, allant presque toujours en montant, était rempli de cahots qui nous forçaient à n’aller qu’au pas. Il était déjà sept heures du soir, et nous avions encore plus de trois milles à franchir pour nous rendre chez la malade : le cheval ne pouvait plus avancer. D’ailleurs les ténèbres étaient affreuses, au milieu des sapins noirs qui dérobaient les rayons de la lumière, même en plein jour d’été. Il n’était donc pas prudent do s’enfoncer plus avant dans cette sombre forêt, où
plusieurs chemins, tracés dans toutes les directions par les coupeurs de bois, pouvaient facilement nous égarer. Je me décidai donc à passer la nuit dans un chantier d’Irlandais, que nous reconnûmes à la pâle lumière d’une lampe dont quelques faibles rayons nous arrivaient à travers les fentes de la porte.
Je fus reçu avec les marques de respect que l’Irlandais sait mieux qu’aucun peuple au monde donner à ses prêtres. La maison, ou plutôt le chantier, de vingt pieds de long sur seize de large, était construit de morceaux de bois rond, dans les interstices desquels la terre glaise, mêlée à des branches et à du foin, prenait la place du mortier pour empêcher le vent et le froid de pénétrer à l’intérieur.
Six gros enfants, pleins de santé et de force, à moitié vêtus, se pressaient autour de leurs bons parents, comme des preuves vivantes que cette humble demeure était bénie de Dieu, et qu’elle avait aussi ses jours de bonheur et de joie.
Outre ces huit créatures humaines, le toit hospitalier de ce chantier abritait encore une superbe vache, que j’aperçus avec son veau nouvellement né, ainsi que deux beaux porcs. Ces quatre derniers habitants n’étaient séparés de la famille que par une petite clôture de branches d’environ deux pieds de hauteur.
— Que votre Révérence ait la bonté d’excuser notre pauvreté, me dit, avec une exquise politesse, la maîtresse du logis; mais soyez bien certain que nous nous sentons fiers et heureux d’avoir l’honneur de vous loger, cette nuit, dans notre pauvre demeure. Ma seule peine est de n’avoir que des pommes de terre, du beurre et du lait à vous donner pour souper.
Je remerciai cette brave femme de sa bonté à mon et je ne lui causai pas peu de plaisir lorsque je lui dis que chez moi, comme ailleurs, le meilleur souper que je pusse faire était composé de patates, de beurre et de lait.
Je mangeai avec appétit, et je trouvai le repas excellent. Nous fîmes la prière en famille, et lorsque le temps de dormir fut arrivé, je me jetai tout habille sur mon lit, où je dormis jusqu’au matin d’un profond sommeil.
Avant la pointe du jour, j’étais déjà prêt à partir pour visiter la malade ; et aussitôt que les premiers rayons de lumière nous permirent de distinguer les chemins, nous nous mîmes en route, sans vouloir prendre le temps de déjeuner.
Mais je n’avais pas encore fait un quart de mille que, portant la main à la poche de mon gilet, je sentis tout mon corps se couvrir d’une sueur froide... je m’aperçus que j’avais perdu mon porte-dieu ! J’ordonnai donc à mon conducteur de retourner à la maison au plus vite, lui disant que j’avais perdu quelque chose de précieux, sans pourtant vouloir lui avouer ce que c’était; car je lui avais caché, ainsi qu’aux gens du chantier, que j’avais le bon-dieu sur moi, pour ne pas les troubler et augmenter les misères, déjà si grandes, de ce voyage. En moins de cinq minutes nous étions de retour à la porte, où je frappai doucement, et que j’ouvris, sans même attendre qu’on me le permit.
J’aperçus l’Irlandais et sa femme pâles et tremblants, ils ressemblaient à deux criminels qu’on vient de condamner an dernier supplice !
— N’auriez-vous pas trouvé une petite boite d’argent? demandai-je à la femme.
— Ah! oui, mon Dieu! dit-elle, j’en ai trouvé une; mais j’aimerais bien mieux être morte mille fois que l’avoir trouvée! La voici.
— Comment se fait-il, que vous ayez tant de chagrin d’avoir trouvé une chose que j’ai tant de bonheur de revoir?
— Ah! mon Père! me répondit-elle, vous ne vous doutez pas de l’affreux malheur qui vient de m’arriver !
— Quel malheur si grand peut donc vous être arrivé? lui répondis-je.
— Ouvrez la boîte, et. vous comprendrez la cause de mon trouble, me répondit la pauvre femme, d’une voix étouffée par les sanglots.
J’ouvris donc le porte - dieu ; mais l’hostie n’y était plus !
Je regardai la femme en face, et je lui dis: Qu’est-ce que cela signifie?
— Cela signifie que je suis la plus malheureuse des femmes ! Il n’y avait pas cinq minutes que vous étiez parti, lorsque j’ai trouvé cette petite boîte d’argent dans votre lit. J’ai bien supposé qu’elle était tombée de vos poches; je l’ai montrée aux enfants, puis à mon mari, en le priant de l’ouvrir; mais il ne l’a pas voulu. Je l’ai tournée alors dans tous les sens,, pour découvrir s’il était possible ce qu’elle pouvait, contenir; jusqu’à ce qu’enfin, tentée par le démon, je me suis déterminée à voir de mes yeux ce qu’elle renfermait. Je me suis retirée dans ce petit coin de notre pauvre cabane, où notre lampe a coutume de rester posée sur cette planchette, et je l’ai ouverte.... Mais, grand Dieu ! comment vous dire le reste?
En prononçant ces paroles, la pauvre femme tomba par terre, se débattant et se roulant dans d’horribles convulsions. Ses enfants se mirent à pousser des cris
déchirants. Les plus jeunes se jetaient sur leur pauvre mère, en criant: «Chère maman! pour l’amour de Dieu! ne nous laisse pas, ne va pas mourir. Ah! qu’allons-nous devenir? »
Le spectacle que j’avais sous mes yeux me brisait le cœur: il me fallut faire mille efforts pour ne pas mêler mes larmes et mes sanglots à ceux des pauvres petits enfants.
Faisant cependant un effort sur moi-même, je pris le mari à part, pendant que la femme, étendue sur le plancher, sans connaissance et sans mouvement, me donnait l’espoir que cette terrible crise allait bientôt finir, et je lui demandai l’explication de tout cela.
Il ne put d’abord me répondre : ce ne fut, pour ainsi dire, qu’après des efforts surhumains pour conœnir sa douleur, qu’il me dit: Regardez ce vase d’ignominie, dont les enfants se sont servis cette nuit. Eh bien ! lorsque ma pauvre femme a ouvert la petite boîte d’argent, près de la lampe, elle n’avait pas observé que ce vase immonde était là, à ses pieds, car la lampe ne donnait pas assez de clarté pour le voir. Or, en ouvrant la boite, ce qu’elle contenait est tombé, et s’est tout de suite enfoncé dans ces ordures. Nous sommes restés pétrifiés d’horreur! Nous nous regardions sans dire mot, lorsque tout à coup vous êtes entré...!
Je me sentis saisi d’une si profonde horreur à ce récit, que je restai aussi moi-même comme pétrifié, et incapable de prononcer une seule parole ! Mon Eglise infaillible m’assurait que le corps, l’âme, la divinité de mon Sauveur, étaient là ensevelis dans ces immondices...!
Que faire? Ma première pensée fut de plonger ma main dans ces ordures, pour en retirer mon Sauveur et mon Dieu. Mais ma foi ne fut pas assez forte
pour me déterminer à faire cet acte qui me semblait pourtant héroïque : mon courage défaillit devant la honte et l’horreur de ce qu’il m’aurait fallu toucher pour arracher mon Sauveur d’alors à cet affreux tombeau !
Après un temps considérable d’hésitation et de silence, j’ordonnai de creuser une fosse de trois pieds de profondeur, d’y déposer le vase de nuit, avec tout son contenu, et de le recouvrir sans jamais rien dire à personne.
J’ai dû apprendre, dans le plus saint des livres de Rome, le Missel romain, page 58, les lois suivantes :
« Si, après la communion, le prêtre vomit, et que l’hostie soit encore intacte, au milieu de la matière qu’il a vomie, il devra s’efforcer d’avaler de nouveau ce qu’il vient de vomir. Mais s’il sent trop de répugnance à l’avaler de nouveau, qu’il en sépare le corps de Jésus-Christ, le mette dans un lieu à part, jusqu’à ce que les espèces consacrées soient complètement pourries, et qu’il jette alors le tout dans l’endroit réservé à ces choses. »
En acceptant le dogme de la transsubstantiation, j’étais obligé de croire, avec tous les catholiquesromains, que notre Seigneur Jésus-Christ avait pris son propre corps dans ses mains, l’avait porté à sa bouche et l’avait mangé ! c’est-à-dire, qu’il s’était mangé lui-même, non pas spirituellement, en figure, mais réellement, en substance. Oui, j’étais obligé de croire que notre Seigneur s’est mangé, non seulement les mains et les pieds, mais la tête, les entrailles, les poumons, le cerveau! qu’il avait bu son sang jusqu’à la dernière goutte! qu’ensuite il avait, de ses propres mains, porté son corps à la bouche de ses apôtres, pour le leur faire manger aussi, non pas d’une ma-
nière spirituelle et symbolique, mais matérielle et réelle. Et ses apôtres avaient dû, de la sorte, manger véritablement la tête et la cervelle, les entrailles et les pieds de Jésus-Christ! ils avaient bu le sang qui coulait dans ses veines !
Lorsque, le flambeau de l’Evangile à la main, l’on étudie les abominations de l’Eglise de Rome, on se sent épouvanté, et l’on comprend que Dieu nous fait assister à l’accomplissement de la plus terrible des prophéties !
Oui ! quand on voit le pape de Rome se prosterner avec ses prêtres et ses peuples devant un dieu qu’ils ont fait de leurs propres mains, pour l’adorer, tout en avouant que ce Dieu peut être mangé par les rats, qu’il peut se fondre dans la boue d’un fossé, où un de ses prêtres ivres l’a laissé tomber; qu’il peut même être plongé, en corps et en âme, dans un vase de nuit rempli d’immondices ; qu’il peut être vomi et mangé de nouveau par ses prêtres : quand on voit toutes ces hontes, il semble qu’on entende comme la foudre qui gronde contre Rome et qui dit : « Parce qu’ils n’ont pas voulu recevoir la vérité pour être sauvés, je vais leur envoyer de puissantes illusions, afin qu’ils croient au mensonge. » (2 Thés. II. 11).