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Avant mon ordination, j'avais dû apprendre par cœur dans le Missel romain (page 55) ce qui suit : «Si après la consécration, l’hostie disparait, emportée par le vent ou par quelque animal, le célébrant devra prendre un nouveau pain, le consacrer et finir messe, comme de coutume, »
J'avais aussi appris (p.57) que si une mouche ou une araignée tombaient dans le calice, après la consécration, le prêtre devait l'avaler, s'il ne «e sentait pas une répugnance trop forte; et que s'il n'avait pas le courage de le faire, il devait prendre la mouche ou l’araignée entre ses doigts, la presser et en faire sortir le précieux sang, puis, après la messe, la brûler et en jeter les cendres dans la piscine,
Un professeur de théologie ayant, un jour, exposé les lois de l'Eglise sur cette question, et voulant savoir si les ecclésiastiques l'avaient bien compris, Sadressa à l’un d'eux et lui dit: «Si une mouche où une araignée tombait dans le calice, après la consécration, que feriez ous?»
L'étudiant répondit pre aptement: «Je l’'avalerais avec le précieux sang, si je n'éprouve pas trop de répugnance: dans ce dernier cas, je la prendrais entre mes doigts et je la presserais pour en faire
sortir le sang de Jésus-Christ; puis, après la messe, je la ferais brûler et j'en jetterais les cendres dans la piscine, » »
« lrès bien! dit le professeur ; puis, s'adressant à son voisin, il lui dit: Si, après la consécration, un âne mettait sa langue dans le calice et buvait quelques gouttes du précieux sang, que feriez-vous? »
Le jeune ecclésiastique répondit : « Si je n’éprouvais pas trop de répugnance, je l’avaler is; mais, dans le cas où je sentirais une répugnance trop forte, je le prendrais entre mes doigts, je le presserais de
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mon mieux, puis, après la messe, je le ferais brûler et j'en jetterais les cendres dans la piscine »
Vers le 15 janvier 1834, j'ai entendu raconter l'histoire suivante, par M. l'abbé Paquette, curé de St-Gervais, pendant un grand diner auquel assistaient bon nombre de prêtres :
« Lorsque j'étais jeune prêtre, on me nomma vivaire d’un curé qui mangeait comme cinq et buvait comme six d’entre nous: c'était un véritable géant | Plus d’une de ses chères brebis a porté sa marque: car son terrible poing frappait juste, et sa colère était celle d’un lion, surtout après le diner, où il ne vidait jamais moins de deux ou trois bouteilles de bon vin.
« Un jour qu'il avait donné un grand repas aux curés du voisinage, pendant qu'il était encore à table, On vint le chercher pour porter le bon-dieu à un mourant. C'était à l’époque la plus rigoureuse de l'hiver: le froid était extrême, il y avait de trois à quatre pieds de neige sur la terre. Les chemins se trouvaient dans un état affreux, et c'était réellement une rude besogne que de faire neuf ou dix milles par un temps et des chemins pareils.
< Mais il fallait marcher: c'était un marguillier même qui était venu le chercher, et le malade était un des hommes les plus influents de la paroisse, Après quelques murmures, le curé appelle le marguiller, et il boit avec lui un verre d'excellente jamaïque, comme préservatif contre le froid. Il va ensuite à l’église pour chercher le bon-dieu, et se jette dans la carriole, où il se cache de son mieux sous les peaux de buffle. Quoique le marguillier eût attelé deux forts chevaux, l’un devant l'autre, pour mieux trainer la carriole, la route était longue et ennuyeuse ; mais elle le devint bien plus encore par suite d’un
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« Les chemins d'hiver étaient alors, comme aujourd'hui, trop étroits pour permettre à deux voitures le se rencontrer sans courir le risque de plonger: dans la neige, se renverser et de se briser, 11 faut une grande prudence et beaucoup d'habileté pour faire ces rencontres sans accidents, Car une fois le pauvre cheval enfoncé dans la neige molle, plus il s’agite, plus il augmente le danger.
«Le marguillier, espérant que le bon-dieu qu'il portait allait le faire sortir des difficultés de cette rencontre inopportune, semble d'abord ne pas beaucoup s'en occuper, Se levant debout dans sa carriole, il crie, d’une voie de Stentor, et avec un ton de suprème autorité: « Holà! clairez le chemin! Je porte le bon-dieu! Mettez-vous à côté... vite! vite!»
«Par malheur pour lui, l'étranger qu'il rencontrait était un hérétique, qui s’ovcupait bien plus de son cheval que du bon-dieu du marguillier, Il lui répondit, sur un ton encore plus élevé: « Le diable emportera ton bon-dieu avant que je consente à casser le cou de mon cheval dans la neige. Si ton bon-dieu ne t'a pas appris les lois du pays et les régles du bon sens, je vais te les montrer à bon marché. » Et, sautant hors de sa voiture, il saisit par la bride le premier cheval de l’équipage du curé, et le fait avancer doucement sur le bord du chemin, de manière à ce que chaque voiture püt avoir la moitié du chemin et passer sans accident, Mais le marguillier était un homme vif et emporté, et ses mauvaises qualités élaient devenues dix fois pires par suite de la boisson que le curé lui avait donnée. Il saute aussi hors de sa voiture, se précipite vers l'étranger, le saisit à la gorge
avec sa main gauche et lève la droite pour le frapper. Mais l'hérétique, prévoyant sans doute ce qui allait arriver, avait ôté son pardessus, et se trouvait par conséquent beaucoup plus libre que son agresseur, C'était, de plus, un vrai colosse par la grandeur et la force. Plus vite que l'éclair il fait tomber ses deux poings, comme deux massues de fer, sur la face du marg Îlier et le culbute dans Ja neige, où il le suit pour le frapper de nouveau sans pitié.
«Le curé était resté jusque-là spectateur passif du combat ; maïs la vue de son marguillier, que l’infâme hérétique meurtrissait de Coups, sans qu'il pût se défendre, réveilla son énergie un peu assoupie par la bouteille de jamaïque vidée au départ, Il se lève tout d'un coup, détache le bon-dieu suspendu sur sa poitrine et le dépose sur le siége de la carriole, en disant: «Mon cher bon-dieu, tout ce que je vous demande, c’est de rester neutre. Laissez-moi faire je vais punir ce maudit protestant comme il le mérite,»
« Mais avant qu’il eut pu secourir son marguillier, celui-ci était déjà à moitié mort: son visage n’était qu'une plaie; trois dents étaient cassées ; la mâchoire inférieure, déboîtée ; et ses yeux tell:ment pochés, qu'il resta plusieurs semaines sans voir Clair. La neige était rougie de son sang comme si un boucher y eut égorgé un bœuf.
« Lorsque le protestant vit que le prêtre s’approchait pour le forcer à un nouveau combat, il jeta bas son dernier habit, afin d'avoir ses bras plus libres, Le curé n'avait pas été si prévoyant; car non seulement il avait gardé son gros capot, mais 1l n'avait pas même ôté son grand surplis blanc, qui le couvrait comme un linceul. Se fiant à sa force herculéenne, il tomba sur le voyageur comme une grosse roche qui roule de la montagne sur le chône qui lui barre le chemin.
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« Les premiers coups qui furent échangés durent être terribles, car ces deux combattants étaient de vrais athlètes. Mais il est probable que le protestant n'avait pas bu autant que le curé avant de se mettre en route; peut-être aussi qu’il s’entendait mieux aux terribles joutes qui avaient lieu sur ce grand chemin.
« La bataille fut longue, et le sang qui rougit longtemps cet endroit, montra que la lutte avait été acharnée et sans merci, (C'était vraiment un étrange spectacle que celui de ces deux hommes qui se frappaient sans pitié et dont les cris furieux n'avaient d'autre témoin que l'ouragan qui grondait autour d'eux. Le bruit de la tempête, les tourbillons de neige que le vent emportait quelquefois comme une épaisse fumée ou qu’il roulait comme des montagnes; les coups redoublés que se donnaient les deux combat-
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levaient aussitôt pour rouler l’un sur l’autre ; le sang qui coulait des larges plaies dont leurs figures étaient couvertes; le pardessus et le Surplis du curé, qui volaient au vent en lambeaux: tout cela formait un si terrible spectacle, que les chevaux du marguillier, quoique parfaitement domptés, finirent par être épouvantés : ils se Jetèrent dans la neige, où ils se débatlirent longtemps ; ils s’élancérent ensuite sur la route, et eurent bientôt mis la voiture en pièces; ils arrivérent à leur écurie avec quelques débris seulement de leurs harnais.
«Evidemment le bon-dieu avait écouté la prière du curé : il était resté parfaitement neutre durant le combat; au moins, il n’était Pas venu au secours de son prêtre, car il fut battu, et le protestant resta maitre du champ de bataille,
« Après avoir relevé le marguillier du millieu de là neige, où ii était presque enseveli, à demi-mort
par le froid et la perte de son sang, le curé eut à marcher ou plutôt à se trainer avec lui près d’un demi-mille pour se rendre à la plus proche habitation, où il n’arriva qu’à la nuit.
« Maïs voici le plus triste de l’histoire: Vous vous rappelez que le curé avait mis le bon-dieu sur le siége de la carriole, avant de s'engager dans cette terrible lutte. Or, les chevaux, après & voir traîné la voiture pendant quelque temps, finirent, comme je vous l'ai dit, par la renverser et la briser. Le porte-dieu fut donc perdu dans la neige. Et ce fut en vain que des centaines d'hommes le cherchèrent à plusieurs reprises pendant l'hiver : tous les efforts pour le retrouver furent inutiles …
« Vers la fin de juin, un petit garçon aperçut le long du chemin une guenille à moitiè cachée dans la boue d'un fossé. L’ayant retirée de la vase, il ne fut pas peu surpris d’en voir tomber une petite boite d'argent! Il se douta que c'était le précieux trésor perdu par M. le curé, dans la grande tempête de janvier et si inutilement cherché par tout le peuple. Il l'apporta donc au presbytère,
« J'étais là présent quand le curé louvrit. Nous espérions que le bon-dieu y serait resté intact, et que, par quelque miracle, il se serait protégé contre les rigueurs des éléments. Mais quel ne fut pas notre désappointement en ne retrouvant au fond du petit vase d'argent qu'une boue infecte..…..! Le bondieu était fondu....! »
Pendant le récit de cette histoire, les prêtres avaient fait de nombreuses libations, comme c'était l'usage alors, et ils avaient ri de bon cœur. Mais lorsque le dénoûment arriva et que le curé de Saint- Gervais, avec l'accent du plus parfait comique, laissa
tomber ces mots: :Le bon-dieu était fonduts ils
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