‹ Cinquante ans dans l'Eglise romaine [microforme]Chapitre 4 sur 52 · RS · texte numérisé non relu

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grand nombre des chapitres les plus intéressants. Si vous le désirez, il vous en récitera quelques-uns.

— Je ne suis pas venu le prêtre... Mais est-ce que vous Vous est défendu, par le concile d Bible en irançais »

— Je ne vois pas quel mal il pourrait y avoir pour moi de lire la Bible en français plutôt qu'en latin ou en grec, puisque je connais ces trois langues.

— Mais votre enfant, vous ne Pouvez, en conscience, lui laisser lire la Bible : l'Église vous le défend absolument.

— C'est sa mère qui le dirige dans la lecture de la Bible, répliqua mon père, et je ne puis concevoir que nous offensions Dieu en continuant d’agir à ce sujet Comme nous l’avons fait jusqu'à ce jour.

— M. Chiniquy, repartit le curé, je sais que vous avez étudié la théologie pour être prêtre; vous connaissez, par conséquent, les devoirs de votre pasteur. Vous devez savoir que je ne puis vous permettre de garder cette Bible. Je viens donc la chercher pla brûler... »

Mon grand-père était un intrépide marin espagnol (le nom originaire de notre famille est Etchiniquia), et mon père avait trop de sang et trop de fierté espagnole pour entendre patiemment une pareille sentence dans sa propre maison.

Il se leva avec la vitesse de l'éclair...

tout tremblant contre ma mère, qui tremblait aussi.

Au premier moment, je crus que quelque scène violente et déplorable allait avoir lieu entre mon père et le prêtre, car sa colère était terrible,

Mais il y avait une autre chose qui me faisait trembler : je craignais que le prêtre ne mit la main sur ma Bible, qui était là, sur la tabie devant lui. Car cette

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Je me pressai

Pour cela, répondit froidement :

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belle Bible m'appartenait depuis le jour de l'an, mon père me l'ayant donnée pour mes étrennes.

Heureusement que mon père put contenir le premier mouvement de sa colère. Ses lèvres tremblaient... il marchait à grands pas d’un bout à l’autre de la maison, et il murmurait entre ses dents des paroles que nous ne pouvions comprendre.

Le prêtre suivait des yeux tous les pas de mon père; ses mains serraient avec un mouvement convulsif sa grosse canne à pomme d'argent. Sa figure portait les marques évidentes de la frayeur la mieux fondée. Il était manifeste que l'ambassadeur de Rome ne se sentait pas le plus fort sur le terrain où il s'était si imprudemment aventuré.

Après ces dernières paroles: «Je viens donc la chercher pour la brûler », le prêtre était resté muet ; le silence qui régnait autour de lui était menaçant comme le calme qui précède la foudre.

Enfin, après avoir marché à pas rapides un temps considérable sans prononcer un mot, mon père s’arrêta brusquement devant le prêtre et lui dit: « Est-ce là, monsieur, tout ce que vous avez à dire ici?»

— Oui, monsieur, répondit le prêtre.

— Eh bien! vous voyez cette porte par où vous êtes entré ?..….. reprenez-la et sortez d'ici».

Le prêtre ne se le fit pas dire deux fois: il sortit bien plus vite qu’il n’était entré.

J'éprouvai une joie inexprimable lorsque je vis que ma Bible allait me rester. Je sautai au cou de mon père et l’embrassai en le remerciant d’avoir remporté une si glorieuse victoire. Et, pour le récompenser à ma manière d'enfant, je montai sur la table et je débitai de mon mieux le combat de David avec Goliath. Comme on doit le supposer, dans ma pensée mon père

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était David, et le prêtre de Rome le géant impie, à mort par la pierre du berger d'Israël,

Vous le savez, 0 mon Dieu! c’est à cette Bible, lue sur les genoux de ma mère, que je dois par votre miséricorde le bonheur de connaitre la vérité tout entière aujourd’hui.

Cette Bible, ainsi lue dans mon enfance, a laissé dans mon âme des rayons de lumière que toutes les

ténèbres et les sophismes de Rome n'ont jamais pu éteindre.

frappé

Il. Le moine et le célibat.

Au mois de juin 1820, mes parents m'envoyèrent à St-Thomas, dans une excellente école.

Ma mère avait là une sœur mariée à un riche meunier nommé Étienne Eschenbach, Ils n'avaient point d'enfants, et me reçurent comme si j’eusse été leur fils.

Le village de St-Thomas était déjà considérable. Les deux belles rivières qui viennent unir leurs eaux rapides dans son sein, avant d'arriver à la chute d'où elles se précipitent dans le bassin qui les relie au Saint-Laurent, alimer:t: ent plusieurs moulins et manufactures.

Le commerce des grains, des farines et du bois y était très considérable, la pêche et la chasse abondantes, et la vie aisée sous tous les rapports.

Les familles Taché, Cazeault, Fournier, Dupuis, Fréchette, Têtu, Couillard, Dubergès, qui comptaient parmi les plus anciennes et les plus respectables du Canada, étaient à Ja tête du mouvement intellectuel et matériel de la localité ; elles y gardaient haut et honoré le nom de Canadien français. J ‘yrencontrai un aïeu! maternel : St-Amour-des-Plaines, brave et vieux

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soldat, qui nous montrait les nombreuses cicatrices dont il était couvert, en nous racontant avec des paroles de feu, les nombreuses batailles où il avait reçu ses blessures. Il nous chantait aussi des chansons guerrières du bon vieux temps, avec l’entrain d’un jeune homme,

L'école de M. Allen Jones, où l’on m'avait placé, méritait la haute réputation dont elle jouissait.

Je n’ai jamais vu de maître plus dévoué, plus capable et plus sincèrement aimé de ses élèves.

Né en Angleterre, d’une des plus honorables familles, il avait reçu la plus parfaite éducation anglaise, I! avait aussi été à Paris faire un cours complet d’études en français; en sorte qu’il possédait et enseignait ces deux langues également bien. Aussi était-il environné d'élèves qui lui venaient de tous les coins du Canada.

L'élite de la jeunesse de St-Thomas assistait avec moi aux classes de M. Jones.

Mais, comme il était protestant, son école était mal vue du curé qui fit tout ce qui était en son pouvoir pour engager mes parents à m'envoyer à une autre école qu’il dirigeait lui-même.

Ce curé se nommait Loranger. C'était un homme maigre, de taille moyenne, qui semblait toujours embarrassé de ses bras et de ses trop longues mains.

Sa manière de prêcher n'avait rien d’attrayant, et il était loin d’être populaire parmi les gens instruits du village.

Le docteur Taché, que sa haute capacité a porté plus tard à la tête des affaires politiques du Canada, était bien l’homme le plus avancé de l'endroit. Sa maison était une de celles où j'allais le plus souvent... Car je m'étais lié d’une amitié bien intime avec Louis Cazeault, son neveu, mort depuis, à la tête de l’université Laval.

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M. Taché n'avait pas encore besoin des prêtres, et il ne cachait pas alors, comme il le fit depuis, le souverain mépris qu'il avait pour eux,

Une fois par semaine les principaux du village tenaient dans sa maison une réunion où les plus hautes questions d'histoire, de religion et de philosophie étaient traitées et chaleureusement discutées.

Mais, les prémisses comme les conclusions étaient toujours contraires aux prêtres et à la religion de Rome. Ces réunions tenaient plus de la nature des sociétés secrètes que de toute autre chose, sans pourtant en avoir le caractère absolument exclusif.

Mon ami Cazeault m'avertissait quand ces réunions devaient avoir lieu, Nous nous placions dans une chambre voisine de l'assemblée, où, sans être vus, nous entendions tout ce qui se disait.

Ce que j’entendis alors, et ce que plus tard je vis de mes yeux dans St-Thomas, m'aurait perdu sans retour, si la toute puissante Parole de Dieu, dont ma mère m'avait nourri depuis ma plus tendre enfance, ne m'eût soutenu.

Souvent, ce que j'entendais me faisait peur, me remplissait d'horreur. Mais, chose déplorable et dont je ne puis assez rougir et demander pardon à Dieu, quoique ma conscience me dit que je faisais mal d’é- Couter ces discours, j'aimais à les entendre, et j'avais toujours besoin de savoir ce qui allait se dire.

Il y avait, à St-Thomas, un Personnage à part qui ne se mêlait à aucune société, mais qui, cependant, occupait une place considérable dans la pensée de tous. C'était un moine, dit Récollet, ou Capucin, que la

conquête du Canada par l'Angleterre avait forcé de quitter son monastère.

Ilétait bon horloger, Maison blanche au bea À voir, par sa Propreté.

gagnait bien sa vie, et sa petite u milieu du village faisait envie

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Le Frère Marc (c'était son nom) était un homme bien fait, haut de taille, avec de belle et larges épaules, Ses mains étaient blanches comme la neige, sa longue robe noire, serrée autour du corps par un cordon blanc, était d’une propreté parfaite.

Îl vivait sans bruit avec sa sœur, qui lui servait de ménagère.

Le Frère Marc avait pour habitude de consacrer chaque jour environ deux heures à la pêche, lorsque le temps le permettait. Et, comme j'étais moi-même très amateur de pêche, je le rencontrais souvent sur les borde des belles rivières de St.-Thomas. Sa vue m'était de bon augure, car lorsqu'il découvrait quelque endroit où le poisson était le plus abondant, le bon Frère ne manquait jamais de me faire signe de venir vers lui, et il m’appelait d'aussi loin qu’il lui était possible de se frire entendre. Je lui en étais trés reconnaissant, aussi je finis par m'’attacher à lui étroitement.

Il m’invitait souvent à sa charmante petite maison, si propre et si bien rangée, et j'y allais toujours avec un plaisir nouveau. Son excellente sœur rivalisait avec lui d'amitié pour moi.

Il y avait sur la figure du bon Capucin un mélange de timidité et de dignité que je n’ai jamais rencontré ailleurs. Il aimait les enfants, et rien n’était plus gracieux que son sourire de bonheur lorsqu'il voyait que je comprenais et appréciais ses actes de bienveillance à mon égard... Mais ce rayon de bonheur était bien rapide et bien fugitif..… Un sombre nuage de tristesse venait bientôt couvrir son beau front …

Lorsque son ordre religieux fut dissous, lors de la conquête du Canada, le pape en avait délié les membres des vœux de pauvreté et d'obéissance.. Ils pouvaient donc s'enrichir par leur industrie, leur

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travail et leur bonne conduite, si la Prov favorisait, Ils pouvaient, en un mot, rablement leur vie.

Le pape le leur avait permis!

Quelle étrange et inconcevable folie ! !

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Être obligé de demander au pape la permission de vivre honorablement de son travail au Canada!]

Ces pauvres moines avaient aussi été déliés de leurs vœux d'obéissance, c’est-à-dire qu’ils n'étaient plus obligés d’être les esclaves d’un homme, de lui obéir avec la docilité même ‘du bâton que vous tenez à la main !

Le pape leur avait permis d'aller au ciel en ne suivant que les lois de Dieu et de leur pays.

Quel brave homme que le pape, pour accorder une pareille faveur à ses semblables!

Mais, 6 grand Dieu! dans quel épouvantable abîme de dégradation, dans quelle i que des hommes soien

est damné sans resso

Mais le pape, qui de leurs vœux de pauvreté et d’obéiss inflexible à l'égard du célibat,

Et quel que fût le désir du Fré question les lois de Dieu, vivre dans la sainte union que le Ciel même lui au

fornicationem autem , UnusSquisque uxorem suam 4 P | habeat ; UnaAqUEqQUE virum suum habeat. « Pour + voir éviter la fornication, que chaque homme ait sa femme, * mois et que chaque femme ait son mari». (1. Cor. VII, 2) ‘hnev

Il était défendu au Frère Marc de lire l'Évangile, teur Tout accès à la lumière qui donne la vie à l'homme tout lui était ainsi fermé. 11 était ne Jui Pas permis de savoir J'a que Dieu lui-même a dit: «Il n’est pas bon que été & l'homme reste seul : donnons-lui une compagne sem- à le-vo blable à lui. » : du

Le Frère Marc était une de ces natures aimables : que n et aimantes, dont l’âme et Je Cœur devaient souffrir nn les tortures de l'enfer dans le célibat forcé que lui E . imposait le pape. É ue,

: « conjui

Comme son existence devait lui être à charge! À trer. Comme la vie devait lui paraitre amère! 4 pééta.

Loin des régions de la lumière, de la vérité et de À ester la vie, cette âme, enchaînée aux pieds de l’inexorable ! Cett divinité que le catholique-romain adore sous le nom dont à de Souverain Pontife, se débattait en vain et faisait EE d’inutiles efforts Pour détruire dans sa personne des à liver à lois que Dieu lui-même a faites dans son amour etsa M mable. sagesse infinie ! À Ce t:

Un jour, j'étais à causer avec cinq ou six élèves de #inconce l’école, en face de la maison du cher Frère Marc, lors- # homme que tout à coup des cris déchirants se firent en- javec de tendre‘ «Mon Dieu ! mon Dieu ! ayez pitié de moi. mme fais: Au secours, je me meurs |» en ente

Ces cris venaient évidemment de la maison du moine, la foule

Car sa sœur, égarée, hors d'elle-même, criait à des

hommes qui passaient: «Au secours! Mon pauvre frère se meurt... il baigne dans son sang! Pour l’amour de Dieu venez vite! »

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… le voir.

- conjurai donc sa sœur avec inst .trer. Mais toutes mes prières

| resta inexorable, et force me fut de me re : rester dans la rue.

| dont on voulait envelopper le malheur À river à mon vieil # mable.

: inconcevable confusion, lorsque je hommes qui étaient entrés dans la “avec des rires Cconvulsifs, me faisaient rougir, Je fus saisi d’ en entendant les obscénités qui se . la foule, que je m'éloignai l'âme e F

Plusieurs d’ voir et pour d i moiselle, nous arrêtant à la k ne veux que des hommes, teur...

* tout son sang ! »

entre nous courent vers Ja porte pour onner leur faible secours. Mais la de porte: «Pas d'enfants, je

courez chercher le doc Vite! mon pauvre frère se meurt, il perd

J'aimais le cher Frère Marc,

il avait toujours “été si bon pour moi !..

Je voulais, à tout prix,

Quoique bien jeune et bien faible, il me semblait que mon respect, mon amitié pour cet homme, me donneraient des forces. que je pourrais lui être “utile, si l’on me permettait d'aller jusqu’à lui. Je ance de me laisser ene furent inutiles: elle tirer et de . Cette conduite me semblait étrange, Le mystère qui venait d’ar.

ami, me causait un trouble inexpri=

Ge trouble s’accrût bientôt et se tourna en une

vis plusieurs des maison en sortir en disant des choses qui une telle horreur débitaient parmi t le cœur brisés, Pauvre Frère Marc!

Il avait cessé d’être homme!

Il s'était foit eunüque |

O Église de Rome! combien d'âmes tu as torturées ! Combien de cœurs tu as flétris avec ton célibat, dont Satan seul a pu te donner le code impie !

L'infortunée victime de la plus dégradante des religions ne mourut pas des suites de son acte de désespoir ; mais je cessai d’aller chez lui.

Quelques mois plus tard, j'étais seul à la pêche, dans un endroit isolé et solitaire. La pêche était abondante, et j'étais complètement absorbé par le plaisir que j’éprouvais à remplir si vite mon panier de superbes poissons, lorsque je sentis une main me toucher doucement l'épaule.

Je crus que j'allais me trouver mal, tant sa présence me causa de peine, de surprise et de joie tout ensemble.

D'une voix affectueuse, mais embarrassée et tremblante, il me dit: «Mon cher enfant, pourquoi n° venez-vous donc plus me voir?”

Je baissai les yeux, je n’osais le regarder en face. Ses bontés pour moi me le faisaient aimer... Mais l'heure fataie où j'avais tant souffert à son sujet, lorsque ses cris déchirants avaient attiré celte multitude dont les paroles impures résonnaient encore à mon oreille, pesait sur mon cœur d’un poids qu'il ne pouvait soulever.

Je ne savais que répondre.

Il répéta sa question avec le ton d’un coupable qui demande grâce: ‘Pourquoi, mon cher enfant, ne venez-vous donc plus me voir... vous savez que je vous aime....?”

‘Mon cher frère Marc, lui répondis-je, je vous suis mille fois reconnaissant de vos bontés pour moi... Je voudrais pouvoir en jouir encore... Mais

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c'est impossible... Vous devez puis plus aller chez vous”.

| J'avais dit ces Paroles sans oser lever les yeux, 1 J'étais enfant...

J'en avais toute la timidit

savoir pourquoi je ne

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| rance.… Mais j'éprouvais une invincible horreur ) à la pensée de l'action que cet infortuné avait | commise.

Il fut deux ou trois minutes sans me répondre. Mais j'entendais bien ses Soupirs et ses sanglots. Il ne pleurait Pas... il criait... et ses cris étaient

» si pleins de douleur et d'angoisse, que je n’en ai ja- Mais entendu de semblables,

. Je ne pus me contenir :

. et de frayeur en entendant c

î étranges ;

j'étouffais de tristesse es sanglots et ces cris

aussi, car elles lui dirent co compassion et d'amitié pour Il me prit dans ses bras

mbien j'étais plein de lui,

Je et affaibli sous je poids

" mon âge. Le pauvre genoux, s

Ah! si j'étais peintre, tableau qui se soit jamais

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