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Conjurai, au nom du ciel, de me donner l'appui de sa piété, de son grand nom et de son éloquence pour en assurer le succès. Il me le promit, et me raconla Son entrevue avec le Père Matthieu. Puis il ajouta :
— Il est évident que l'ivrognerie est le vice géant des peuples du Nord; cette dégradante passion ne perd ; :s seulement les laïques, mais elle dégrade et perd un nombre infini de prêtres, en Amérique comme en Irlande, Ce n'est que par la puissante Organisation des sociétés de Tempérance que l'on pourra arrêter l'usage des boissons enivrantes qui coulent parlout, comme un fleuve de feu qui déborde et détruit tout sur; son passage. Je vous promets donc mon appui le plus sincère et le plus cordial daas votre œuvre de tempérance. Mais ne dites à Personne que vous êtes venu me voir, et ne soufflez pas un mot de ce que nous nous sommes dit l’un à l’autre.
Quelques jours plus tard, l’évêque de Nancy était l'hôte du Séminaire de Québec, qui voulut l’honorer par un grand diner, où plus de cent prêtres furent invités. J'étais au nombre des heureux convives; et comme j'étais un des plus jeunes curés, j'allai prendre la dernière place, qui se trouvait juste en face des évêques, dont je n’étais séparé que par la largeur de la table, c’est-à-dire par un espace d’environ trois ou quatre pieds. L’archevêque de Québec, Monseigneur Sinaïe, avec son coadjuteur, Monseigneur Turgeon, et l'évêque coadjuteur de Montréal, Monseigneur Prince, étaient groupés autour du prélat français.
Lorsque chacun eut fait honneur aux mets succulents, dont les tables étaient chargées, on apporta un nombre incroyable de flacons des vins ies plus
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recherchés. Monsieur le grand vicaire Demers, qui présidait ce diner en sa qualité de doyen du collège, se leva et frappant sur la table pour obtenir le silence, dit de toute la force de ses poumons :
— Messeigneurs et messieurs les curés, nous [allons boire à la santé de Monseigneur le primat de Lorraine, archevêque de Nancy, comte de Forbin Janson, allié à la famille des rois de France.
Cette santé fut accueillie par de bruyants applaudissements. On passa rapidement les bouteilles de main en main; tous les verres se remplirent, Lorsque mon voisin me passa le flacon, je la donnai à mon voisin de gauche, sans toucher à son contenu, et je remplis mon verre d’eau. J'espérais que personne n'avait fait attention à cette action, mais je mon évêque avait tout vu. D'une voix tremblante de colère, il s’écria :
— Père Chiniquy que faites-vous là? Jetez l’eau qui est dans votre verre, et remplissez-le de vin, pour boire avec nous tous à la santé de Monseigneur de Nancy.
Ces paroles tombèrent sur moi comme un coup de tonnerre; je rastai comme foudroyé, car je sentis approcher Ïa plus effroyable tempête qui m'eût jamais assailli.
Que pouvais-je dire ou faire sans me compromettre à tout jamais? I1 me semblait impossible de résister en face à mon évêque, devant une pareille assemblée. D'un autre côté. je ne pouvais lui obéir,
jet boire du vin, sans me déshonorer à mes propres
yeux, et aux yeux de mon pays tout entier; car tout le monde connaissait la promesse solennelle que j'avais faite de n’en ,:mais prendre, lorsque j'avais jeté les fondements de la société de Tempérance de
Beauport. Je crus un moment que je pourrais con