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jurer l'orage, et désarmer mon supérieur par mon humble silence. Je n'osais lever les yeux, car j'avais peur de tous ces regards que je sentais fixés sur moi, avec curiosité, dans l'attente de ce qui allait se passer. Je me trouvais là sans force et sans défense, comme le pauvre oiseau sous la griffe du vautour. Oh! comme je regrettai alors, de n'avoir pas suivi ma première pensée, qui ava:: été de ne point assister à ce diner! J'aurais voulu être à cent pieds sous terre; le cœur me battait dans la poitrine comme s’il avait voulu la briser, une sueur froide couvrait mon front. C’est à peine si j'entendis mon voisin me souffler :
— N'entendez-vous pas ce que Monseigneur vient de vous dire? Pourquoi ne lui répondez-vous pas par un acte d’obéissance ?
Je me sentis incapable de répondre un mot à cet
ami, qui avait été un de mes professeurs au collège |
de Micolet.
Enfin, après un silence d’une ou deux minutes qui me parurent autant de siècles, l’évêque m’apostropha avec indignation et d’une voix bien plus élevée que la première fois.
— Père Chiniquy, pourquoi ne mettez-vous pas de vin dans votre verre, comme je vous l’ai ordonné, pour boire à la santé de Monseigneur de Nancy?
Je sentis qu’il me fallait répondre. Je lui dis donc d'une voix émue et tremblante :
— Monseigneur, j'ai dans mon verre ce que je dois boire... Pour l’amour de Jésus-Christ et pour le bien de mes frères, comme pour mon propre avantage, j'ai promis à Dieu que je ne boirais jamais de vin!
À peine avais-je fini ces mots que l'évêque, incapable de contrôler sa colère, me lança ces mots à la
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