ÉL
C’est à vous seul, et no aller ; car seul velle.
Certains poëtes ont réu de l’enfer d’une manière d'esprit et de sophismes,
qui plaisent et que l’on a sujets.
Ainsi, à force de sophismes on a Pu jeter un certain lustre sur la confession auriculaire, et la faire aimer de ceux qui sont toujours prêts à se laisser
séduire par les fausses clartés de l'esprit des ténèbres et du mensonge,
Mais tous les beaux et l'enfer n'empêcheron ment l’ennemi de Dieu.
Pareillement, tous les sophismes et toutes les séduisantes paroles de Rome, au sujet de la confession auriculaire , n’empécheront Point cette institution
d'être pour les âmes un piége comme il n’en fut jamais,
… La confession auriculaire est une honte pour l’humanité, un insulte à Dieu : C'est un acte d'idolâtrie,
Ua outrage public à la morale de l'Évangile, un ré-
voltant attentat à la Pudeur ; c’est la Prostitution au
pèce, puisque, commenà pensée, elle les traîne ieux prétextes de glorifier Dieu et de Sanctifier le monde.
&t-cinq ans que j'ai vécu comme Prêtre de Rome, j'ai lu presque tous les livres des Principaux théologiens ; j'ai confessé les prêtres, les évêques et les laïcs, les hommes et les femmes ma-
Barçons et les filles ; j'ai moi-
n aux hommes, qu'il faut Vous avez les paroles de la vie éter-
si à parler du démon et presque séduisante. A force lis ont pu dire des choses ime à lire sur ces graves
vers de Milton sur le diable t pas Lucifer d'être éternelle-
Re TS
nn REPRISE
féré bien souvent avec des prêtres, savants et igno-
rants, et de tous les âges sur la confession auriculaire,
Eh bien, éclairé de toutes les lumières que m'ont
apportées ces années d'expérience et d'étude, je ne
crains pas de le dire en présence de mon Dieu, et sur le bord du tombeau qui m'attend :
Jamais l'antiquité payenne, malgré l’horrible corruption de ses mœurs, n’a eu d'institution plus propre à corrompre le cœur et l'esprit que la confession auriculaire,
La confession auriculaire est la plus merveilleuse invention de Satan pour chasser Dieu du monde des intelligences et des cœurs et pour le remplacer par des idoles de chair et de boue.
Si les nations chrétiennes connaissaient mieux ce qu'elles doivent de protection et de respect à l’enfant, à la fille et à la femme, elles feraient un crime capital à l’homme non marié qui les aurait invités à le constituer le confident de toutes leurs pensées les plus secrètes, de tous leurs désirs les plus cachés, de toutes leurs actions les plus intimes.
Les nations chrétiennes ont condamné et flétri la polygamie comme une chose infime qui ne doit pas subsister à côté de l'Évangile. Il viendra un jour où elles prohiberont aussi la confession auriculaire ; car elle livre plus que le corps, elle livre l’âme, le cœur et la pensée des femmes et des filles entre les mains d'un homme.
Dira-t-on que cet homme est un prêtre? Mais, au nom du sens commun, comment trouvez-vous dans ce mot « prêtre » une garantie contre les penchants les plus naturels et les plus irrésistibles du cœur humain ? Dira-t-on qu’il est tenu par les serments les plus sacrés d'observer la continence et la chasteté
les plus parfaites ! Mais, peut-on se figurer que ces
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terribles serments donnent à l'homme des forces contre Dieu ?
Car la lutte du prêtre n’est pas contre les hommes, elle n’est pas contre des lois humaines : il pourrait alors rester vainqueur, un homme pouvant toujours, sinon vaincre un autre homme, au moins, Jui résister ; mais la lutte du prêtre est contre Dieu. Elle est contre les lois immuables que Dieu a mises en lui,
Aussi l’histoire, les faits sont là pour attester que sur cent prêtres qui s'engagent dans ce combat terrible contre les lois du Tout-Puissant, il y en a quatre-vingt-dix-neuf qui se trouvent vaincus, lerrassés, brisés dans des efforts qui, quoique souvent héroïques, n’en sont pas moins téméraires et impuissants.
l. Le berger flagellé par ses brebis.
Peu de temps après mon premier et malheureux essai de la confession auriculaire, mon jeune ami Louis Cazeault m'aborda, un beau matin, et me dit: «Sais-tu ce qui s’est passé cette nuit?
— Non, lui répondis-je. Qu'est-il donc arrivé de si étrange ?
, — Tu sais que le curé va veiller, presque tous les #oirs, chez M. Richard. Tout le monde pense que C'est pour voir les deux filles de la maison. Eh bien, pour le guérir de cette maladie, le docteur Taché, mon oncle, et six autres hommes masqués l'ont fouetté de la plus belle manière, lorsqu'il s’en Tretournait chez lui à onze heures du soir. Tout le
monde le sait déjà dans le village et en crève de
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J'étais bien méchant: mon premier sentiment fut de la joie. Depuis ma confession, j'éprouvais un vrai mouvement de colère chaque fois que je pensais à ce prêtre. Ses questions m'avaient tellement blessé, que je ne pouvais lui pardonner. Je me surmontii cependant assez pour cacher le plaisir que j’éprouvais, et je répondis à mon ami: « C’est une mauvaise plaisanterie que tu fais, jamais je ne croirai cela.
— Eh bien, répondit le jeune Cazeault, viens ce soir, à huit heures, chez mon oncle; la réunion secrète doit y avoir lieu. Nul doute qu'on va y parler de la pilule donnée au curé, la nuit dernière. Nous nous placerons dans notre petite chambre ordinaire, et, sans que notre présence soit soupçonnée, nous entendrons tout. Tu peux être certain que ça va être intéressant.
— Je m'y rendrai certainement, mais je ne crois pas un mot de cette histoire ».
Je me rendis à l’école à l'heure ordinaire ; la plupart des élèves m'y avait précédé. Ils étaient par groupes de huit à dix, engagés dans des conversations plus animées que jamais. On n’entendait, de tout côté, que des éclats de rire convulsif. Je vis bien que quelque chose d’extraordinaire s'était passé dans le village.
Je m'approchai de plusieurs de ces groupes, qui m'accueillirent tous en me demandant : « Sais-tu que le curé a été fouetté, cette nuit, en revenant de chez les demoiselles Richard.
— C'est un conte inventé à plaisir, leur répondisje. Vous n'étiez pas là pour le voir, n'est-ce pas ? Vous n’en savez donc ren; car si quelqu'un avait fouetté M. le curé, il ne s’en vanterait assurément pas.
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— Mais nous avons entendu ses cris, répondirent plusieurs voix à la fois.
— Et qu'est-ce qu’il criait douc, leur demandai-je?
— Ahl!il criait, à pleine tête : « Au secours! au secours ! au meurtre! »
— Mais, vous vous êtes mépris sur la voix, répliquai-je, ce n'était pas le curé qui criait, c'était une autre personne. Jamais je ne croirai qu'on batte ainsi un prêtre en plein village.
— Mais nous sommes accourus au secours, me répondirent plusieurs, en riant aux éclats, et nous avons bien reconnu la voix du curé : il n'y a que lui, dans le village qui parle du bout de la langue.
— Et puis, nous l'avons vu de nos yeux, disaient d'autres.
La cloche de l’école mit fin à ces discours. Aussi. tôt la classe terminée, je retournai à la maison sans vouloir en apprendre davantage sur cette affaire. Bien que je n’aimasse pas ce prêtre, plusieurs des plus anciens élèves avaient fait à son sujet des remarques qui m’avaient choqué.
Mais il n’était pas aisé de plus rien entendre sur celte question.
En arrivant à la maison, je trouvai l'oncle et la tante aux prises à ce sujet. Le premier s’efforçait de cacher qu’il était un de ceux qui avaient flagellé le prêtre; mais il donnait des détails si précis, il était si joyeux de cette aventure, qu'on pouvait facilement deviner qu'il avait pris part à cette mauvaise
action.
Son épouse était indignée, et elle se servait des
termes les plus énergiques pour exprimer sa désapprobation.
Ce débat plein d’aigreur
me fatiguait trop pour ne tenter d'en être plus !
Ongtemps le témoin, je
9, o4 en
me retirai précipitamment dans ma petite chambre d'étude.
Pendant le reste de la journée, je changeai dix fois de résolutions au sujet de l'assemblée du soir, Tantôt je me décidais fermement à ne pas y aller; ma conscience me disait que j'allais y entendre, comme toujours, des choses qu'il ne m'était pas bon de savoir. J'avais refusé d'assister aux deux dernières séances, et une voix secrète r'approuvait, Puis, un instant après, j'étais tourmenté par le désir de savoir d’une manière précise ce qui s'était passé la veille. La flagellation d'un curé, au milieu d'un grand village, était un fait trop remarquable pour ne pas exciter la curiosité d’un enfant. D'ailleurs, ma rancune à l’égard de ce prêtre, bien que je la cachasse de mon mieux, me faisait désirer de savoir que tout était vrai quañt au énûtiment qu'on prétendait lui avoir infligé.
Mais dans cette lutte du bien et du mal dont mon pauvre cœur d'enfant fut le théâtre, pendant cette longue journée, le mal devait à la fin triompher.
Un quart d'heure avant la réunion, mon jeune ami Cazeault vint me dire: « Viens vite entendre les membres de la société qui arrivent. » Toutes mes bonnes résolutions s’évanouirent à cet appel. J'étouffai la voix de ma conscience, et quelques minutes plus tard j'étais installé dans l'angle de notre petite chambre d’où, pendant plus de deux heures, j’entendis les choses les plus étranges et les plus scandaleuses sur le compte des prêtres du Canada.
Le docteur Taché présidait. Il ouvrit la séance presque à voix basse; j'eus de la peine, au commencement de son discours, à saisir ce qu’il disait : il parlait comme un homme qui craint d'être entendu lorsqu'il communique un secret à l'oreille d’un ami.
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Mais après quelques phrases préliminaires, il oublia la règle de prudence qu'il s'était visiblement imposée en commençant, et il parla avec une énergie, une force vraiment foudroyante,
M. Étienne Taché était un homme naturellement éloquent, et il semblait ne traiter les questions que sous l'influence de la conviction la plus profonde. Sa parole était passionnée et entrain: ite. Le timbre de Sa Voix était net et gracieux. Ses phrases, brèves et tranchantes, ne s'arrètaient pas à l'oreille, mais elles pénétraient jusqu'aux plus secrets replis de l'âme. Quoique je fusse bien jeune, son discours se grava profondément dans ma mémoire. Le voici tel que je m'en souviens encore :
« Messieurs, dit-il, je suis heureux de vous voir ici en plus grand nombre que jamais, Nul doute que les graves événements dé Ja nuit dernière ne soient pour beaucoup dans les motifs qui ont décidé plusieurs à assister à ces débats, un peu moins suivis depuis quelque temps, mais dont l'importance me semble grandir d’un jour à l'autre.
« La question débattue dans notre dernière assemblée, « le prêtre », est une question de vie ou de mort, non-seulement pour notre jeune et beau Canada, mais aussi pour nos familles et pour chacun de nous en particulier,
& Il n’y a, parmi nous, qn’une seule opinion au sujet des prêtres. Je sais, et j'en suis fier, que cette Opinion est non-seulement celle de tous les hommes instruits du Canada, mais encore celle de la France savante et du monde entier. |
« Le règne du prêtre de Rome, c’est le règne de l'ignorance, de l’immoralité la plus effrontée sous le Masque de l'hypocrisie et de la tartuferie la plus raf-
la mort de nos
rl Ms
re
écoles, la dégradation de nos femmes, la prostitution de nos filles, c'est le règne de la tyrannie, c'est la perte de la liberté. Nous n'avons qu'une bonne école, je ne dirai pas dans St-Thomas, mais dans tout le comté : c’est pour notre village un inappréciable honneur d’avoir cette école dans son sein. Eh bien! voyez-vous avec quel acharnement tous les prêtres qui nous arrivent travaillent à la détruire. Tout est mis en œuvre par ces éteignoirs afin d’éteindre ce foyer de lumière que nous avons allumé avec tant de peine, et que nous alimentons au prix de tant de sacrifices |
« Avec le prêtre de Rome vos enfants ne sont pas à vous, c’est lui qui en est le maitre. Je m'explique. Le prêtre nous fait l'honneur de croire que le corps, la chair et les os de nos enfants nous appartiennent et que, par conséquent, notre devoir est de les couvrir et de les nourrir ; mais tout ce qu'il y a en eux de plus noble, de plus grand et de plus sacré: le cœur, l’âme, l'intelligence, il le revendique comme son patrimoine et sa propriété.
« Le prêtre a l'audace de nous dire que c’est à lui seul qu’il appartient d'éclairer ces intelligences, de former ces cœurs, de façonner ces âmes, comme bon lui semblera. Il a l’effronterie de nous dire que nous sommes trop imbéciles ou trop pervers pour connaître nos devoirs à ce sujet ! Nous n’avons pas même le droit de choisir nos maîtres d'école. Nous n'avons pas le droit de faire pénétrer un seul rayon de lumière dans ces intelligences, ni de donner à ces âmes qui ont tant faim et soif de vérité, une seule miette de la nourriture que les hommes éclairés de tous les siècles ont préparée pourtant avec tant de science et
de succès.
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nent dans nos enfants les sources de la vie : ils les initient à des mystères d'iniquité qui épouvanteraient de vieux galériens. Par leurs questions, ils leur apprennent les secrets d’une Corruption qui
porte ses germes de mort jusque dans la moelle de leurs os !
« Avant ma quinzième année, j'avais appris plus de polisonneries de la bouche de mon confesseur que je n’en ai jamais appris depuis vingt ans dans mes études et ma vie de médecin. J'interrogeai, il y a quelques jours, mon jeune neveu, le petit Louis Ca- Zeault, sur ce qu’il avait appris dans sa dernière confession ; et, dans son ingénuité il m'a répété des choses que J'aurais honte de redire en votre présence,
et que vous, pères de famille, ne pourriez écouter sans rougir,
& Et quand on pense que ces questions sont faites non seulement à nos petits garçons, mais encore à nos petites filles ! Est-ce que nous ne sommes pas les plus dégradés des hommes si nous ne mettons sur le champ la main à l’œuvre afin de briser le joug de fer et de boue sous lequel le prêtre courbe notre chère patrie, et avec lequel il nous tient, nous, nos
enfants et nos femmes, enchainés à ses pieds, comme de vils esclaves ?
«En vous parlant de l'effet délétère du confessionnal sur nos enfants, vais-je oublier le mal que
ce même confessionnal fait à nos femmes et à nousmêmes ?
{Ai-je besoin de vous dir de nos femmes le confessionn Coquetterie et d'amour ?
e que pour la plupart al est un rendez-vous de
« Ne sentez-vous Pas Comme moi, que par la con-
SO NE PRET me
Sn (LE
fession le prêtre est plus maître du cœur de nos épouses que nous-mêmes ? N'est-ce pas le prêtre qui en est le confident secret et public? N'est-ce pas aux pieds du prêtre que nos femmes vont, tous les jours, révéler tout ce qu’il y a de plus intime et de plus sacré dans le sanctuaire de nos vies d’époux et de pères ?
« Ce n’est plus le mari qui est donné à la femme pour la diriger à travers les sentiers difficiles et ténébreux de la vie... c’est le prêtre!
« Nous ne sommes plus les amis, les conseillers naturels de nos femmes : ce n’est pas à nous qu’elles confient leurs inquiétudes, leurs soucis ; ce n’est pas de nous qu’elles attendent le remède aux misères de cette vie, c’est vers le prêtre, au contraire, que se tournent leurs pensées et leur cœur ; c’est le prétre qui possède leur confiance sans partage ; c’est le prêtre, en un mot, qui est le véritable époux de nos femmes !
« Toutefois, si le prêtre était un ange, un séraphin; s’il n’était pas fait de chair et d'os comme nous, s'il n'avait pas un cœur soumis aux mêmes lois qui nous régissent ; s’il n’avait pas une organisation absolument comme la nôtre, nous pourrions être jusqu’à un certain point indifférents à ce qui se passe entre le prêtre et nos femmes, qui sont à ses pieds, dans ses mains, je dirai plus, dans son cœur.
« Mais, qu'est-ce que mon expérience de médecin et de citoyen de St-Thomas ne m'a pas appris sur ce sujet ? C’est que le prêtre, non-seulement n’est pas plus fort, mais qu’il est en général bien plus faible que nous à l'égard de la femme. Ses prétendus vœux de chasteté parfaite, loin de le rendre plus invulné-