Il.s découvrent en eux-m(^mes
<i inépuisables ressources de création originale, ils fstiment ne pouvoir mieux faire que tirer tout de leur propre fonds et livrer
toute la place aux floraisons spontanées de leur naturel. Leur long retard sur les autres peuples, ils le tournent en sujet d'orgueil. Ils l'interprètent à la lumière (ou à l'obscurité) de Rousseau, dont les conceptions ont trouvé chez eux un crédit énorme et les ont littéralement révélés à eux-mêmes. Ils le présentent comme une cause et un effet tout à la fois de leur supériorité. Tandis que l'esprit des nations policées se laissait rétrécir et gâter par les règles artificielles de la civilisation et les disciplines d'école, les Allemands gardaient le contact de la nature ; ils demeuraient le peuple primitif et originaire, le peuple vierge, Urvolk. Or, la nature est bonne, elle est le bien, elle est le vrai, elle est divine. Elle verse à ses fils des inspirations, elle leur communique des intuitions inaccessibles pour une humanité séparée d'elle par toute l'étendue de l'héritage gréco-latin. De là, la portée unique de l'esprit allemand. Il voit beaucoup plus loin et plus profond que l'esprit des autres peuples, il est inimitable pour pénétrer
hR PENSf^e FKANÇAISr l't
clans les tÎMièbres saon*es qui (MivDloppeiit leH |ir' ' ' - iU's cli08t»s et dt*-
iluire iU ,.wx. . >.. - vues poélica-scieniitiques sur l\*conomio ol Itf giin'ralioii UDÎversello du cosmus, pour comprendre Vkme et le génie des vieilles races humaines et la philosophie do l'histoire ulont sa position de peuple qna^ii divin lui fait, au demeurant, dominer les perspectives), pour ramener la religion à son essence « pure • en la dégageant de ses r.,M....s contingentes...
^e étonnante! Cette prétention (je Texpose, on le voit bien, telle qu'elle se présente et s'expose elle-mi^me) n'a pas trouvé dans son caractère d'anomalie consi(l« rahle un obstacle à son succès. Hors do lAllemagne, et tout particulièrement en France elle a suscité le plus ample écho. Mme de Staël, Victor Cousin, .Mirhelet, Quinel, Pierre Leroux, Taine, Henan y ont adhéré dans la plus large mesure. Ils se sont inclinés devant l'esprit germanique; ils l'ont célébré avec des expressions qui paraîtraient aujourd'hui fabu-
leuses; ils y ont vu une sorte de révélation nouvelle. Grâce à de tels hérauts, l'influence intellectuelle de FAUemagne s'est répandue sur l'Europe du dix-neuvième siècle. Ils ont admis que de l'Allemagne moderne coulait pour la philosophie, la religion, la poésie, le sens historique une incomparable source de renouvellement. N'y eut-il là de leur part qu'illusion? Celui qui en jugerait ainsi devrait tout au moins admettre qu'une illusion d'une telle envergure est un fait important et puissant dont il s'agit de rendre raison et qu'on ne peut combattre avec utilité ou corriger avec sagesse qu'autant qu'on Ta bien compris.
C'est dans cette question que je voudrais porter quelque clarté en définissant l'esprit germanique, non dans les termes mythiques et mystiques dont se sont servis les Allemands, mais en termes approuvés par la nature et la raison. Mais quelle question étrange! L'esprit germanique, ce n'est pas seulement certaines dispositions de tempérament et d'humeur propres aux
IRANÇAISK 105
(lermain» ♦*! qui vionnent chei eux colorer ' ^ 1*1 le» sentiments communs aux
ui»i i-.s natiouK et races civilisées. Il le faut entehilre, il le faut délinir substantiellement. On fait consister cet esprit dans un fonds d'idées et de sentiments. Il y auî ' ' - itiées et des sentiments alleni '
, v-mèmes et qui n'auraient pas ex: : ,
si cette combinaison d(» la nature humain»* qui s'appelle rAllomand n'existait pafortune de cette conception a produit un*;
con»»M|t: mi fiU apparue monstrueuse
à un i . > du dix-septieme siècle, formé H iécolc de Descartes et que 1 nu pourrait appeler la nationalisation de Tesprit. Ji îi» on n'ignorait pas, sans
doute, tp. u|ue groupement humain a,
dans sa manière de sentir, dans sa constitution morale, des particularités qt manpjent dans la physionomie de set» œuvres int» '• '• 'Iles et leur comn^""* quent une ( saveur distincte.
Tattention w se portait que de façon secondaire* sur cet élément aussi précieux qu'obsiur «t Ton ne recherchait pas tant
d06 CINQUANTE ANS
ce qu'un ouvrage ou un génie français ou anglais avaient de français ou d'anglais, que ce qu'ils avaient d'universel. Faire le contraire eût semblé aussi opposé au véritable ordre des choses que de dresser une fleur la corolle en bas et la tige en l'air. Mais, du moment que les Allemands rattachaient à leur nationalité un génie spécial, les autres nationalités ne voulurent pas demeurer en reste et l'on se mit notamment à parler beaucoup plus qu'il n'était de mode autrefois de l'esprit français et du génie français. On en fît comme un modèle idéal composé par la nature elle-même et sur lequel il fallait se façonner, auquel il fallait revenir. On chercha des inspirations et directions dans « l'inconscient » français, on abusa de a la tradition », et ce nationalisme intellectuel, où l'on était un peu conduit et comme réduit par l'Allemagne, devint un moyen de réaction et de défense contre l'oppression de l'influence germanique.
Comme tel, il a pu rendre d'indispensables services, mais momentanés, limi-
DB PENSÉE FHANÇAISB 107
t. «*. négatif!} seulement, en opposant un liolà! à la g(*nnanisation envahissante. Il :i.' salirait avoir le dernier mot, ni emporter Id vitioin»; car il place la lutte sur un terrain défavorable pour les Français. L'esprit français est universel et humain • lU il n'est pas. On est allé jusqu'à vouloir f<trk'«»rune «philosophi»» française •.comme >i la gloire dt» la France n'était pas d'avoir produit avec Montaigne, Pascal, Descartes, Voltaire, une philosophie qui doit ^tre èga- Iriiient entendue partout où il y a intelli- ^'tiice et expérience humaines. Ce caractère universel diminue-t-il chez ces grands génies le caractère national? Qui oserait le prétendre? Ne trouvons-nous pas en eux conuue un triple extrait de tempérament et de feu français et toute la vigueur, tout r«il.t! iuctions qui ne sont que française> i
<i> « < qu'oD apprit priil.tnt quelques anoéet du dix-oeuvirtne sit^rle < U {ihilo»ophie française » était un coro|iosé doctrinai aaaei hèiéroclit tiv« faible où il entrait une forte doM de ^ liog
i08 CINQUANTE ANS