‹ Cinquante ans de pensee francaiseChapitre 18 sur 21 · I ... ..^jp ^\^ 1^ poésie provi^nrale · texte numérisé non relu

I ... ..^jp ^\^ 1^ poésie provi^nrale

, ineni iiu^me *lu iiial<»rte

lans lu puliire. Mais sur ce der-

lier fait nous avons une prise. Les langues

iii Mitii. ••iiron» florissantes. (|uoi qu'on j'n

ii-' - rairnl menacées dans leur exis-

i 1 leur conservalion était incompa-

lihl. .iNtcFétude du français parle peuple.

* tout le contraire qui est le vrai. Les

'■ Tiaux sont un peuple bilingue et

t I,» d»»nieurer dans Tintérél ile

Irui il' t morale et dans rintérét

de leur formation française elle-m(^me.

LKS KTl DES CLASSIQUES KT I. A ME NATIONALE

tonnerai personne en disant que

a question des humanités n est pas une

|M»>tion académique et litt«''raire, bonne à

! luiUre entre m " ' ■• -ns, amis une ques-

on pratique lui ni de lu manière la

lus directe la vie nationale. Celui qui en

lisit la portée sent palpiter TintérOt de la

itrii' sous les discussions, néc«»ssairenn»nt

a peu >f \«Tes, quelle provoque. Elle t'st

ionc de saison et c'est sous ce jour que Ta

présenté*» If ministre de rinstniction pu-

[»lique quand il est venu exposerau Conseil

^iiit..rit>iii-l iirif.*ii.-...t.<lilii.>ti r>-'v<^ii-lf*> f ■

\i } MI) - ;l «1 un H'ir T*'i tUl .16

^I. Léon i a paru dans la Hrr»uf

Depui», M. Liou ikrarii a lail enUur 1* <|ucaùoa

âU CINQUANTE ANS

En apparence, il n'en a visé qu'un point, puisqu'il n'a guère parlé que de l'étude du français dont tout le monde reconnaît aujourd'hui l'état de « crise ». En réalité, il a en touché le centre et le cœur; toute la question des humanités tient virtuellement en ce point. On dit, et rien n'est plus vrai, que le propre but des humanités, c'est la culture générale de l'esprit. Mais cette culture n'a-t-elle pas essentiellement pour signe et pour mesure le degré de perfection auquel un esprit est parvenu dans l'entente et la possession d'une langue où est déposé le trésor de la pensée et de l'expérience humaines? Posez comme résultat à atteindre une connaissance, je ne dirai pas scientifique, historique, étymologique (bien que cela ne soit pas tout à fait à négliger d'ailleurs), mais pratiquement supérieure, du français ; admettez qu'un jeune homme doive être rendu capable de saisir dans toutes ses profondeurs et ses finesses de sens le langage de nos classiques, d'ap-

dans une phase active qui aboutira il faut l'espérer, à la victoire des bonnes études.

Mil ll< ll«l« I «l » ' ll'lll»- l«l

lioti Vnn \rru. iil t*l d'une i

ml ins réconomic

rdijmuiiftuenl et iieuiaiidez-vuud quel e»i \v >\>li^iiu» iri*tud»»s. d'i»xercic<\s, de «!i<ri- |)liae> le mieux approprié à un tel but : \»KiH ïirriv«»rex. j»» rroi* bien, à une excel-

ilisfaisant invenloire, «à une exacte tirconseription de8 liuittanités; vous retrou^erex par votre promue recherche les raisons dV^tre dune tradition qu'il est bon de suivre, mais dont il est lion aussi de remettre en luuiière et de faire toucher dudoij^t les titres impres- < r iiitihles» du moment que l'autorilé en est 4êe par un parti. La question peut bordée par un autre biais et résolue par une autre méthode. Mais la manière dont Ta implicitement posée le mi"'-^*-*' me parait très recommaudable i»t I avantage de faire ressortir la valeur éminemment pratique et substantielle d^une Ituiii.itiun que certains accusent de n'offrir qu une sorte de luxe intellectuel incompatible avec les nécessites de la vie moilerne.

Je voudrais essayer de porter quelque lumière dans la forêt des controverses dont les humanités sont Fobjet... Je résumerai les raisons qui ont imposé à certains réformateurs le dessein de ruiner ou tout au moins de mutiler cette tradition séculaire et essentiellement française des études. Je présenterai les réponses qui me paraissent s'y opposer victorieusement. Mais je ne vise pas à un succès de polémique. Si la théorie des adversaires des humanités est erronée dans sa conclusion, les considérants sur lesquels elle s'appuie ne sont pas toujours sans portée et la doctrine contre laquelle ils sont dirigés ne s'imposera que si elle est mise d'accord avec ce qu'ils peuvent contenir de juste. Sainement comprise et établie sur ses véritables fondements, cette doctrine est la solidité même et résiste à toute attaque.

Un des plus anciens arguments contre les humanités est ce qu'on pourrait appe-

I KANÇAISK SI7

l«T l'arguiiuMit « aiigla-Haxun •. 11 (*ut du .sui'i'rs. \oi('i (|ii(*l(|iic quiiut* ou \ i

un le nittarlmit au tliruu* di* lu sii| 4.

dei$ A nglo- Saxons qui était alors en faveur. Il séduisit ou du moins il intimida jusqu'à (•«•rlaiiî^ Iniiiianisles choisis qui en criiint •!»• |m i lirr par égoisnie on déff'im.mi une culturi* a la(|uelle ils devaient leur •'\<|uis4» supériorité, leurs plus chers plai- >ii> i-t leur gloire, mais qu'ils voyaient d«'|»r«eipr maintenant au nom d'intérêts pratiques et de considérations modernes dont ils ne sr fussent jamais avisés d'euxiiit>mes. Il faut dire (}u^mi ce temps-là les humaiiitrs. déjà menacées dans leur existent»', îi.' It-Liient pourtant pasav -• — • \iiii.nl <|ii fil. -s l'ont été depuis. «^ années plus tard, lorsqu'elles ont suhir des atteintes plus rudes et qui pouvaient être mortelles, ces délicats se sont mieux rendu compte des choses et ils ont été les premiers à voir que, si un peu d'esprit pratique fait dédaigner la culture classique. * iip dVsprit pratique la fait î».. , ... iliniiiMM)* • -*'"îfT.

On reprochait à l'institution des études classiques de tarir dans la jeunesse française le recrutement des carrières de l'industrie, du commerce et des affaires. Tout bourgeois français, disait-on, veut faire de son fils un bachelier, non par amour du latin dont il n'a cure et qu'oublient si vite la plupart de ceux qui l'ont ânonné pendant huit années de collège, mais parce que le baccalauréat est, entre toutes les marques distinctives de la classe bourgeoise, celle à quoi rien ne supplée. Pour le fils de paysan ou d'ouvrier dont ses parents cherchent à faire un monsieur, il est la condition d'accès à la bourgeoisie. On parvient de la blouse au veston et du bourgeron à la redingote en passant par Cicéron et Virgile ; étrange chemin ! Mais le malheur est que le baccalauréat destine exclusivement aux professions dites libérales, qui sont celles d'avocat, de médecin, de magistrat, de fonctionnaire pubhc, de journahste, de raté httéraire et de déclassé. Et l'heureux possesseur du parchemin croirait déroger, il croirait profaner une sorte de consécra-

lion r«M uf, s il s avisait lie chercher fortuiK* riniit (It* la quincaillerie ou en

'"' ,ia caoutchouc. Aussi rcgor-

— nous il'avoeals. tle fonctionnaires, lie ^iMi> de letti !c ratés, dont un

grand nombre, qui <^u^2>ent été bien capa- « « > .enrichir dans le négoce, tirent ut li> «liaMi* par la queue; mais nous maiiqu* > ommergants, de pro-

ilucteurs.de créateurs industriels, de colonisateurs, d'hommes d'entreprise. Résultat : la France se lai.vse de plus en plus distancer dans la concurrence des nations. Kn Angletet Allemagne, les jeunes

de rimmeufte classe qui s'étend entre , i^tru - '• : nlitique ou militaire) d'une l> Il [.{'■[ lit ouvrier et la population

rui.ili', de lautre, ctioisissent ou plutôt font leur carrière sous la libre impulsion il nii .^prit d'entreprise et d'initiative qui Il cul jamais autant de valeur que dans un temps, comme le nôtre, où les contacts entre les diverses parties de Tunivers se multiplient et b*étendentavec une extraordinairr r,.-''» » v...,i..i....^.. ..» r vii..

magne n'ont pas le baccalauréat, ce culde-sac où viennent s'étouffer et s'annihiler tant d'éléments de la jeunesse française ; elles n'ont pas la superstition des humanités, ces huit années de latin ridiculement obhgatoires pour quiconque veut s'élever et compter dans la société.

On reconnaît, je pense, ce discours dont les idées ont beaucoup circulé à un certain moment dans la presse et dans les revues. Il résume toute une littérature. Partant d'observations justes et saines, mais y rattachant une conclusion arbitraire, qui avait l'apparence avantageuse de défier la routine et le préjugé, il offrait un assez remarquable modèle de profondeur et de hardiesse à l'usage des personnes qui ne réfléchissent pas beaucoup. Que trop de jeunes gens fussent poussés chez nous vers les études classiques et que ce fait fût pour quelque chose dans l'encombrement de certaines carrières et le dépeuplement relatif de certaines autres, il ne pouvait s'ensuivre que le système de ces études méritât d'être dédaigné en lui-

ru. iM.it aux prufessiuiis dont il ouvrait :ii gonre de préparation intellecturlii' r. «dlement indispiMisabli* et irrcropla(;at)l(^ Nous manquions d'exportateurs, de priMlu'»"..'- de coloniaux, d'organisateurs «l'ai Sans doute, et il y avait litu iV) chercher des remèdes. Ce n'était |Mis une raison pour se préoccuper moins ile la qualili* de recrutement des professions liberalrs ni des conditions les plus propres à assurer chez ceux qui s'y destinent un de^é suffisant de videur moyenne. Ce n'était pas une raison pour nilmisser, avec le renom de la culture classique, le prestige même et la noblesse de ranp de ces professions qui, pour la plupart rirhjvs.nt pas leur homme et auxquelles ♦'>l li\ri- le soin des intérêts les plus généraux et b's plus élevés de la société et de ri.ta(

Iji ..litre, Thabilitalion professionnelle n'est jMs le seul point de vue d'où la question doive être envisagée. Les exigences spéciales des métiers j'entends des mé-

tiers qui ne demandent rien ou qui ne demandent que très peu par eux-mêmes en fait de culture générale) ne marquent pas toujours la limite où doit se borner l'éducation de l'esprit; et il ne convient pas de mettre tant que cela en opposition les afïaires et la culture. La fonction professionnelle n'est pas tout, il y a aussi la fonction sociale. Beaucoup de fortunes se font dans des industries, des entreprises où l'on peut grandement réussir sans avoir des lettres. Convient-il pourtant qu'en France la fortune industrielle et commerciale soit, d'une manière générale, illettrée?

Certes, il est nécessaire que nous observions toujours le progrès et le développement des grandes nations rivales afin de ne pas nous laisser devancer par elles. La remarque, pour être banale, n'en a pas moins quelque chose de cruel et d'amer à l'heure où nous la faisons. Cependant il ne faut pas oublier qu'un peuple ne trouve sa force et son essor que dans l'ensemble et dans l'équilibre des développements que

u.iM.i.ons lui a^^.^... at ol qui mrn'sponilont, pour ainsi tliro. à la plrnitudo de sa personnalité. La Francf) doit, comme tout ôlre vivant iler aux conditions chan-

son 1 renouvelées depui- mi-sii>cIo

ordre des rivalités économiques et di'S ailivili's eoinniales; chacun sait que rintensit»- dt» notre production industrielle et de notre commerce extérieur demeure fn deçà du dejçré que Ton peut raisonnablement tenir pour proportionné aux facultés lie notre pays. Mais conclure de là que la préoccupation de la lutte indus- Irielle et commerciale doive désormais doiiiin r. se subordonner, absorber toutes les aiii iipations pul>liqu<'S (>t no-

tamm« iui a trait à la prospérité

des lettres et *\*'*^ arts, ce serait, sous une jH)parenr igessn positive, la plus

\;\in.' I > lii i-i -iiH «»t l'utilitarisme le plus ni.tl . nliiiilii. l lit» France sans une culture uilrll.M'tuelle florissante, une France sans

un mouvement littéraire, artistique et scientifique plein de hardiesse et d'ardeur, une France sans une élite lettrée passionnément curieuse des choses de la pensée et du goût, ne serait plus la France. Une France américanisée ne serait plus la France. Les Américains seraient les premiers à se plaindre qu'on la leur ait changée et à ne plus lui trouver de charmes. Elle n'aurait d'ailleurs gagné à dévier ainsi de la plus glorieuse de ses lignes traditionnelles aucune espèce de force; car il faut commencer par être soi-même pour être fort. Toutes les énergies constitutives d'un être organisé sont solidaires ; ce qui en frappe une de langueur atteint aussi les autres. Toutes les énergies de la France demandent un réveil commun et simultané déterminé par un afflux de vie, par une reprise d'assiette qui partira du centre. Les grandeurs de la pensée ne peuvent pas demeurer longtemps séparées des grandeurs de l'action ; car si elles les dépassent, elles en vivent, elles y trouvent, à plus d'un point de vue, leur soutien. Chétifs dans Texpan-

MiHi m.ii' n» 11»', ii"ii"* III- lai - a

iloviMlir ihclifs dans le.s pi. .ii.> Je

Tesprit Je ne dis ptL» que ce soit là une loi universelle pour les peuples, jo dis que c'en esl une pour la Fniiice. Les historiens de Tavenir ronstalenmt que le temps où nous nous laissions chasser de notre place ihiiiH |r mouvement économique du monde était aussi celui où notre culture baissait, où notre élite intellectuelle, sans avoir précisément cessé d'exister, se dispersait et perdait, dans une sorte d'exil à rintérieur. sa juste part d'influence publiqvh\ori notre littérature et nos arts allaient se di pouillant de toute sève et laissaient voir les symptômes du dépérissement.

h. I . . temps où Ton proposait le inn.l. !.• anglo-saxon, les humanités se sont vut>> rxx butte à des attaques nouvelles. Maiv . . n.-»H'i n'ont pas été sans produire de cou M il arables effets pratiques. Il a été donné aux réformateurs de se mettre à

l'œuvre et, s'ils n'ont pu réaliser la totalité de leur programme, du moins n'est-il pas exagéré de dire qu'ils sont parvenus à frapper de sérieux dommages l'institution objet de leurs critiques.

Ils ne s'en sont pas pris, comme leurs devanciers, à l'erreur de mœurs, à la coutume abusive qui, par l'uniforme obligation des études classiques indistinctement imposée à toute une catégorie de Français, détournerait l'activité de beaucoup d'entre eux de sa direction la plus naturelle et la plus utile. Ils ont censuré la constitution de ces études en elles-mêmes. Ils en ont demandé la transformation radicale, parce qu'ils n'en reconnaissaient plus la vertu. Le principe des partisans des humanités, c'est qu'elles pourvoient à la culture générale et qu'elles seules la peuvent fournir. Leurs nouveaux adversaires ont contesté la réalité de ce service et, à vrai dire, ils se sont attaqués à la notion même de culture générale. Ils en ont nié la valeur et la soHdité. Ils l'ont volontiers traitée comme une entité vide. Si quel-

uy PKN86P. FRAN' \I-i H7

iiuà|(an!erl(Mii l en

ivpUiliant U ihoî»e. A la v»rilô. c'fsl hien à

••tte notion que tient tout le fond ilu débat.

Un * - * luI, disent les auteurs d'un

rrqii! épars dans un assr-/ L'^rand

nombre d'artirles. conférenct mi-

lu.s avec attention, «»ii pré-

ju^Ulii'i par dtvs niotit.s rutionnels la

.... iitinn des bunmniti'S. On veut y trouver

une (iisripliiie indiquée par la nature elle-

intime pour la formation des esprits, dette

■xplication est démentie parThistoire. Les

liunianités classiques sont le legs d'une

• poque. Klles sont nées des besoins parti-

• uliers d'un temps dont le nôtre difîère à Texlréme « ' iprès que les changements de riiisitiin- leur ont eu fait perdre leur raison d être réelle qu'un conservatisme peu éclairé leur a forgé cette prétendue justification rationnelle après coup el a découvert en elles la gymnastique

Mement n'**"-^ *îrt» *]*-< jimmî»-- ••■•■!-

rjiose curieuse ! les réformateurs à qui cette théorie est commune ne sVntendent

point entre eux sur le choix de Fépoque dont les humanités classiques seraient la survivance. On s'étonne de leur désaccord parce qu'ils appartiennent au même milieu intellectuel et n'ont donc pas manqué des moyens d'échanger leurs idées.

Pour l'un, un système d'enseignement qui donne le premier rang à l'étude de la langue latine nous arrive en droite ligne du moyen âge et il tire son origine de ce fait qu'au moyen âge, l'Éghse enseignant seule et enseignant en latin, la science, tant profane que sacrée, s'exposant en latin, savoir le latin était aussi indispensable à quiconque se destinait à une profession non manuelle, qu'il est indispensable de savoir l'anglais pour placer des marchandises en Angleterre.

Pour un autre, c'est le dix-septième siècle qui est responsable. D'après lui, l'enseignement des humanités se serait constitué alors, principalement sous l'impulsion des jésuites, en vue de former le type d'esprit le plus apprécié de la société du temps : V honnête homme, c'est-à-dire

I»K PRNSEK îîtï

ainalour ^.in^ spécialité, j- . .

agréabh* «n de ce défaut iii^nie de

^pécialisutiun. ayant des clartés de toutes

^ au bien dire et valant par

• ..• *' ' V ..1 ..iiesse du gortt. Cv type n'a

lu» de place iUiu> uo» sociétés affairées

t démocratiques qui réclament la spéciali-

ition intensive de tous leurs membres. Une

'• ' ' tout Tohjet était de le produire

t I de.^ regrets; elle n'en doit pas

moins disparaître, non seulement comme

utile, mais comme perturbatrice-.

On me disp(>nsera d'insister sur la Iroi-

'"♦» variante de la théorie, celle où, à la

du moyen âge et de ses clercs, du

ix-septiénu» siéci» ses lionn(^tes

interviennent 1<* régime censitaire de

il848etlabour " V SHon

vue, nos humai . inslitu-

tion d'enseignement modelée par la bour-

•oisie libérale dans la période où elle

dail le pouvoir; elles auraient eu

j .,.. fonction *j».-. ifî"".- '" -,...♦.»..,> lu

puissance et le |. , t»n

uprimant aux idées et aux ambitions des

â30 CINQUANTE ANS

jeunes gens une direction conforme à ses intérêts, en lui couvant des talents de presse et de tribune. Le concours général était répreuve qui signalait à l'adoption et aux faveurs de la bourgeoisie dirigeante les jeunes gens brillamment doués pour la servir.

Il est triste de penser que la révolution des études s'est faite pour d'aussi faibles raisons ou que ce sont là du moins les raisons dont elle s'est couverte. Personne n'attend, je suppose, que je les discute en elles-mêmes et que je m'attaque, par exemple, à l'imagination historique, plus que bizarre, d'après laquelle le dixseptième siècle aurait admis la thèse d'une sorte d'incompatibilité entre le développement des connaissances et aptitudes spéciales et l'acquisition des qualités de grâce, de finesse et de goût. Comme si, dans le public qui savait applaudir le Cid, Andromoque, et s'écriait : « Courage! Molière, voilà de la bonne comédie », il n'y avait pas eu plus de magistrats, d'officiers, de marchands et de médecins que de courti-

h' ru» llrs ; i Miiiiiif SI

: -. ir> fl iledilellunU'S eût pu compoiitT le milieu excitant et fort, supposé par l'éclosion «fune littérature aussi > i-..ii! .1!-. .jiie notr«* litt«'*rature rlassi(|ue! I ^U lit ces conceptions est à l'avenant. M a^ elles comptent par leur tendance et 1 influence qu'elles ont prise dans un milieu qui disposait d'un assez grand pouvoir sur le sort effectif des études. Je n'aurais pas de peine à faire saisir dans cette manière d'interpréter l'histoire (si la démonstration ne risquait d'en être un peu longue) une iration venue tout à la fois du maté- .. ..^ne historique de Karl Marx et de la « sociologie » de M. Durkheim. Il me «suffit qu'on soit averti de la généralit' rétendue des principes engagés ddii> la querelle faite aux humanités, et, par là nit'iue. des inconvénients qu'il y aurait à se placiT sur un terrain trop étr» ;ip-

pintr sur de» considérations exclusivement 5roIaires pour les défendre.

Leurs di'structeurs se mettent i :. j.

ture plus spécieuse quand, sans recher-

cher d'imprudentes précisions sur l'époque particulière dont l'institution des études classiques porterait l'empreinte, ils se contentent d'opposer à l'évolution qui entraîne toutes choses la stabilité invétérée de ces études. Que celles-ci aient rendu les plus grands services aux jeunes contemporains de Montaigne ou de Racine, c'est, disentils, la meilleure preuve qu'elles ne sauraient avoir la même valeur pour les jeunes gens de nos jours, nés dans un monde extraordinairement différent. Les révolutions politiques, les grands déplacements de l'autorité, l'adoption de principes nouveaux, l'importance prise par l'industrie, la création de tant de nouveaux modes du travail nous ont fait un état social où nos aïeux ne se reconnaîtraient plus. Les données de l'intelligence humaine n'ont pas subi un moindre changement. D'immenses découvertes physiques et historiques et les systèmes philosophiques qui sont venus nous en offrir l'interprétation, ont ruiné en grande partie les anciennes idées sur l'humanité et sur le monde et en ont fait germer

DE PENser FKANÇAISK t3S

le iioovolle.H. En litU*rature. i»n art. les ••s ont vir nl)aniion(u*(*H et

:»ièrli* u \ u le trioiiipht* du

iiH? auquid ont Hurc^tlf If» nalura-

1 impreHMonnisni' I système

ion qui a fluuri anlerieun^ment à

' h tM)i:iélt' moderno elilt» l'espril

s re» voie» inconnues do nos

iiictHres est, de toute nécessité, quelque

liose dari'haïque. Il était bon pour façon-

d'autrefois. Il ne 1 est pas pour

..., ..omme d'aujourd'hui.

Cette argumentation est vague, mais lupressionnante. 11 faut assurément y répondre. Avant de l'essayer, complét • ' \posé des théories par celui des ! - i»t resum(»ns les moditications

ssentielles que toutes ces attaiiues contre !<'S humanités sont parvenues à faire pré- N'iloir dans le système des études.

Il serait exagère de prétendre que le pmr d<'^ humanités classiques ait été

supprimé. Il a été détrôné. On ne Fa pas détruit, on l'a seulement amoindri, humilié, mis en pénitence. Il a perdu son rang et son titre de discipline commune ; on n'y veut plus voir, conformément à la tradition, rinstrument d'une culture générale que toutes les intelligences réclament, vers quelques applications spéciales qu'elles doivent se tourner par la suite.

Il est devenu lui-même une spécialité, c'est-à-dire un cours d'études particulier que la jeunesse peut choisir préférablement à d'autres cours d'études censés l'égaler en valeur et en vertu éducatrice. Au type universel ou du moins dominant d'enseignement qu'il constituait, on a eu l'idée de substituer plusieurs types offerts à l'option ; il demeure l'un d'eux, mais il lui est interdit (par les lois et règlements tout au moins) de revendiquer sur ses voisins ou rivaux une supériorité de nature ; tous sont décrétés dignes de la môme faveur et l'on ne veut pas reconnaître de différences entre les degrés de développement intellectuel où ils peuvent respecti-

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