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n^est pas un fruit de la crainte et de V inquiétude. Un Allemand voulant montrer que le rôle directeur de la pensée française était absolument fini en Europe, écrivait, il y a peu de jours, que nous ne pouvions plus sortir de notre « nationalisme rétractile » . // se trompait, certes ; mais un utile avertissement est à prendre dans ses paroles. Le patriotisme est le fond de notre vie. Le nationalisme est une réaction, une crise, crise nécessaire, crise de salut quand Vidée et le sentiment de patrie sont mis en péril. Car la négation de la patrie menace de tuer la patrie, alors qu'une application exagérée du point de vue patriotique, si elle nous ôte la jouissance de certains biens de Vesprit, sauve au moins la condition fondamentale sans laquelle nous perdrions tous les biens de Vesprit à la fois, à commencer par notre langue française. Mais la vérité, c'est la liberté d'une intelligence assez assurée de la force de la patrie pour étendre ses horizons au delà. Nulle contradiction entre cette aspiration universelle et le saint amour de la France. Notre intérêt national lui-même nous
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dicté la préocntpatiun de parler d'une hauteur irlt, >jit, n>itre voix ^il ehtemlue jxirttfUt dam t unnris !^ furcès politiques de VAUenuiijne uni e(f /'rm*</«'> f^ar les sfucc^s de *
eeitr df rAnyUUrie au dix-hun,^,.,, .., l'-'/t' n' , fi le tjiami sn'cle françats, le d : 't *e$t'il pas celui où la pensée cartésienne a 'ir rEuruf>e* (y est une justice à rendre / la fHiurre humanùé quauf)rès d'elle l'esprit ^-t encore le pitis puissant / udiste et le
cumiiu< ié.,f.,.is>„f L. yiu. .... / . ^..... .,
des nai
Si la/faire des militaires est de s'inquiéter de f">s armemenL^ et de l'état de nos forces armées, > V affaire des politiques et des diplomate> y n.iutt'ttf dr nnfre commerce et de nos alléutnxs, ct'IU itù>. niéui.us et des hommes d'étude est de prendre à ctpur le rét^il de la fécuudtté intellectifelle de notre intys, et l'élargissement d'inspi^ piration d'une littérature qui va se rapetissant cl, s-i j'ose dire, se byzantinisant à ce point qiu\ du train dont elle marche, elle ne sera bientôt
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trouve pas dans ces paroles mi cri d'alarme, mais un cri de foi. Qu'on Ventende non comme un gémissement pessimiste, mais comme l'expression d'une impatience sacrée, un appel au travail et à la magnanimité des jeunes, un appel à ce qui nous reste de forces, à nous-mêmes et à ceux de notre âge, pour penser, pour créer. Non! non! la victoire n'aura pas été vaine. Elle aura bientôt rendu à l'esprit de la France le souffle vital, qui ne peut être pour lui que le vent du large.
Paris, 25 novembre 1921.
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H'iASEE J-'i: WCAISE
(I.NyLANTE ANS l'I l'ENSKE FRANÇAISE
institué en Fraïut* le 4 s«»|ileml)re 1870 nous invite à saisir d'un regard d ensemble lit deiitinée de notre pays au cours de ce (l»Mni-si.«cle. Parmi les principaux aspect^j «It» ce tic- destinée, celui que je voudrais envelopper d'une vue panoramique et rapide, c'est Taspect intellectuel et littéraire. Ksquisscr à très grands traits Thistoire de I ♦ sprit public entre les deux guerres de lv^7i^ et Je 191 i, relever les mouvements
d'idées qui, pendant cette période ont eu assez d'importance et de raison d'être pour trouver leur expression dans la littérature générale, tel est mon dessein. Il ne s'agit pas d'un résumé d'histoire littéraire qui serait la chose la plus vaine du monde ; il ne s'agit pas d'énumérer les écrivains les plus influents et les œuvres les plus significatives de cette époque. Nous devons, négligeant tout détail, rechercher les préoccupations et tendances dominantes qui se sont tour à tour manifestées dans l'éUte cultivée de la France et qui ont inspiré les écrits dans lesquels elle s'est le mieux reconnue.
Considérées à ce point de vue, les cinquante années qui s'achèvent semblent pouvoir se répartir en trois périodes nettement caractérisées, dont la première s'étend de 1870 à 1890, la seconde, de 1890 à 1900, la troisième, de 1900 au début de la guerre européenne.
I^s événeinonU di» 187u .1 ,,... i. ,...,♦ • icbout une gènénition littcrairo grandi* et forle qu^on pourrait a|i|)pler la génération du second Empire, car elle a paru et donné - ^ ' miers friiiLs dans les pr«'mierstem[»s •' :-giine. Lorsqu'il s'est écroulé, elle était au midi de sa carrière et dans la pleine vigueur de sa production. Elle va donc, la guerre passée, continuer son œuvre, et, en ce sens, les vingt premières années de littérature de la République nous apparaissent comme la continuation de la littérature de TKmpire. Les grands événements qui se sont accomplis, défaite ri.it ioii.i!»*, perle de TAIsace-Lorraine, Com- •tahlissement de la République, avènement de la démocratie républicaine, ont fourni aux maîtres littéraires d'alors de va>les sujets nouveaux d'observation, lit' in« «litation, d'analyse. Mais ces sujets,
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ils les ont abordés, avec une philosophie et des méthodes déjà établies qui avaient fait leurs preuves sur les questions de critique et d'histoire les plus étendues que se puisse poser l'esprit humain. Leur pensée a trouvé là une matière d'apphcation de plus, et qui, comme Français, les touchait personnellement. Elle n'y a pas trouvé la révélation de quelques grands éléments de vérité jusque-là méconnus, ni un motif de modifier ses vues les plus générales sur l'humanité et sur l'univers.
Quels étaient ces maîtres, dont je n'ai à nommer que les plus insignes? C'étaient, dans les genres de l'histoire et de la critique, Renan, Taine, Fustel deCoulanges, Bréal, Edmond Scherer; dans le roman, Flaubert et les frères de Concourt, auxquels on peut joindre Alphonse Daudet et Zola, dont les débuts ont précédé la guerre; dans la poésie, Sully Prudhomme et Leconte de Lisle. Ne manquons pas de mentionner Baudelaire, mort en i867, mais dont l'influence sur les imaginations s'est fait tardivement sentir.
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vln^inos (liflêrences de ces genios et la variété de» genres qirils cultivent rendent plus frappante la tendance inlellectuidlrM|ui lour est commune. Importent tuus dans l'étude des manifestations do rame humaine le propre esprit des sciences expérimentales. Cet esprit inspire les explirâlions de l'historien et du critique, tout luiiime il pénétre les peintures du roman- « iiT ou du dramaturge et se m^le aux imau'inations «t aux «motions du poète. Le • hlerminisme, le relativisme et le mécar\--:nr .^n sont le fond. Les sciences expé- ! i: lies étudient des faits : faits transitoires et sans cesse modiiiés, tels qu'un état de température ou un état électrique, ou faits (>lii> ' ' - et plus durables, tels
que la comj w .; chimique d'un corps,
la structure anutomique ou le fonctionnement normal d'un organisme. Ces faits, elles les considèrent comme des résultat^, des produits, dépendant de certaii- • -îditions fixes qui ne peuvent Otre i >
sans qu'ik se réalisent et qui ont avec eux une exacte proportion mathématique, car
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elles les déterminent à être, dans la mesure où elles-mêmes sont données. Ces conditions, à leur tour, sont des faits, des produits, qui ont leurs conditions pareillement déterminantes. L'intelligence de tous les événements qui surgissent, de toutes les choses qui naissent et meurent dans le sein infini de l'être s'obtient par l'investigation la plus étendue possible, des ramifications et corrélations de ces événements ou de ces choses dans le réseau de l'enchaînement universel. Et cette conception vaut pour les réalités que l'on appelle morales et que l'on rapporte à Fâme, telles que sentiments, passions, rêves, volontés, idées, exactement comme elle vaut pour les réalités du monde physique.
Quand je dis que tel est le propre esprit des sciences expérimentales, il faut s'entendre. C'est cet esprit, tel qu'un certain dogmatisme philosophique et une certaine imagination littéraire se le représentent, plutôt que cet esprit, tel qu'il agit et qu'on le surprend à l'œuvre dans les travaux du
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la!>oratoi clierclips concrMes liu savant. Kn réètitè, colui-ci» quolsupérieureK qualités de pensée que aid<» sa prolession. tient beaucoup (l«» 1 lioiiuni* tlo pratique, de Tarti.ste et dt' I artisan que du philosophe spéculatif, i.v (ju'il fait pour exphquer scienlifii\ t un fait ' ' ' îM au monta^ : ,.iu» niacli... .. ic qu'à une
contemplation méditative de la réalité et .!♦• -t^s jeux profonds. Ainsi que I artisan monte un mécanismi* en ajustant les pièces
* •' -V '*. •onv«»nahles pour cela, pareil-
juTimentaleur « monte » les
phénomènes dont il a entrepris Texplica-
lion» en réunissant et faisant jouer en-
Me les circoi * ^ propres à lessus-
.... yue celte li r soit la seule valable pour nous livrer la clé matérielle des choses et la manière d agir sur elles, c'est un très gran«l proférés pour Tesprit humain que (ren uvoir acquis dans les temps modernes lenlière et définitive assurance. Mais conclure de là que les choses n'ont pas de raisons d>tre d'un autre genre que
celles auxquelles il est dans la nature des sciences expérimentales de les rattacher ; en conclure que tout ce qui est se tient par les liens d'un mécanisme qui enveloppe la réalité tout entière et qui a partout la même tension, sans diminution de continuité ; en conclure que l'image d'une horloge est la plus juste et la plus adéquate sous laquelle nous puissions nous représenter l'économie générale de l'univers ; voilà, comme on dit, un bien grand saut ; une raison vraiment philosophique s'y dérobera toujours. Et parmi tant de considérations propres à l'en détourner, nous nous bornerons à citer celle-ci, ovi il est aisé de reconnaître la simplification d'un très vieil argument métaphysique qui est toujours bon, à condition qu'on en use avec beaucoup de réserve et qu'on ne veuille pas lui faire trop dire, faute de quoi il mène à des fables et à des romans. Qui dit mécanisme, dit arrangement, dispositif, stabiHsation, équilibre, toutes idées impliquant celle de forces, d'énergies, d'actions préexistantes (quelle qu'en
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>»oil la nature) entre lesquelles s'esl réalisée quelque forme de coin{)osition où leur ' illoiineiiHMit et leur tliscorde sont, I ainsi ilin*. venus expirer. Si Ton p»*ut . t 1. r d'un niioanismo de Tunivers, il faut nécessairement parler aussi d'une source »le force, d'un torrent, d'un « élan ■ de vie j'emprunte cette expression à M. Bergson i qui anime ce mécanisme et d'où pro- • . .I.'nt en dernière analyse les mouvements qui l'ont établi et les mouvements |u'il distribue. Jusqu'ici, rien de contraire .1 la pliilosopbie mécanistc, elle est forcée d'admettre i «la. Mais ce qu'elle nous demande proprement d admettre, c'est que cette force, ce feu universel se soient ih^orbés, épuisés totalement dans la -uiiiine des mécanismes qu'ils ont suscités sur leur pa.ssage, de telle sorte qu'il n'y ait l>!ii- ! lutre action qui s'exerce dans la nature que etdie de la loi mathématique, >le la loi d'airain qui en régit et en enserre tous les phénomènes. Telle est la thé.se que nous repoussons à cause de son invraisemblance intrinsèque et de la violence
manifeste qu'elle fait à l'esprit, dont il semble qu'elle étouffe la libre respiration. Et nous la repoussons encore pour ce motif plus précis, que la hiérarchie de qualité, de dignité, de beauté, de richesse, de valeur existant entre les êtres de la nature, et, au sein des espèces, surtout des espèces supérieures, entre les individus, prouve dans cette force une tendance ascensionnelle qui permet ou plutôt qui veut que, sans trop nous avancer pour cela dans le fallacieux domaine de la théologie raisonneuse, nous la dénommions divine.
Comme telle, les mécanismes naturels ne sauraient être pour elle des fins où elle se perd et qui la bornent, ils sont plutôt des instruments sur lesquels elle s'appuie et où on la sent palpiter. Palpitation sourde et nullement ou faiblement perceptible (du moins pour notre sens grossier) dans les mécanismes matériels et dans les mécanismes animaux, mais qui se sent et se touche dans ce que la nature contient de plus élevé, c'est-à-dire le mécanisme délicat des organisations cérébrales et psy-
chologi(|tit's supérieure», du» fs-il 'œuvre relatifs qu'on ne saurait purement assimiler, comme Taine, à des appareils de priH'ision, simph's transmetteurs du mouvement circulaire uiiivt»rsel, mais qui sont plutôt des points déchappée, des fentUres de liberté percées par en haut dans le système du monde, et d'où s'élancent les initiatives généreuses et cr' •'••«•"- •'** î'^im' et de la pensée humaine^
On peut n'être pas Thomme de sa philosophie. Cela se voit souvent. Néanmoins, une philosophie a un grand pouvoir pour moditier à sa ressemblance les humeurs des hommes dont elle obtient l'adhésion. Là où la philosophie mécaniste obtient Taveu des intelligences, les dispositions ' ' ^'\me qui passent pour les plus heus et les plus belles, quand s'y joint le bon sens, le sens des réalités, faute duquel rien ne vaut, ont au moins ceci contre elles, que cette philosophie leur refu.se toute raison d'être. L absence de cette haute et suprême approbation est dangereuse pour leur conservation et leur ûeu-
rissement. L'idée que Ton n'est, jusqu'aux plus fines et intimes fibres de son être, qu'un rouage ou un ressort dans un mécanisme, d'ailleurs imposant par son immensité, mais hors duquel il n'y a aucune pointe à pousser, aucune conquête merveilleuse à faire, parce qu'il enveloppe et fixe tout absolument, cette idée n'encourage pas à la gaieté, à l'ardeur, à la foi, à l'enthousiasme. Elle est plutôt déprimante. Ce qu'elle peut inspirer de plus noble, c'est une vaste curiosité intellectuelle accompagnée du calme et de l'égalité stoïcienne. Elle n'est favorable ni au génie des beaux-arts, ni au génie de l'action, ni à rien de ce qui suppose une ivresse vive de l'esprit. A sa lumière, l'action, notamment, n'apparaît pas comme susceptible de nouer des liens sérieux avec la pensée; elle semble plutôt le fait d'une espèce d'étourdissement et de vertige que le sage observe dans un esprit détaché. La philosophie mécaniste a pour corrélatif psychologique et moral le pessimisme humain.
I>r l'KNSKK KKANÇAISi: J J
Mais lu riciproqiie osl égaliMuent vraie el cVsl f»ll(» que j'ai en vue. Si une certaine |)liilosu|ilii(' ten«i à engendrer une certaine humeur, il peut fort bien arriver que cette humeur produise cotte philosophie. Et c'est le ca* ù présumer quand la philosophie en question ne s'appuie (|ue sur des hases intellectuelles insuttisiintes, (|uand, d'une part de données fortes etjustes elle tire des conclusions systématiques très outrées. C'est ainsi que nous nous représentons la philosophie mécaniste, abus tendancieux et démesuré du déterminisme expérimental dont était hantée la génération de 1860. Nous y voyons un effet et comme une projection de la profonde tendance au pessimisme qui était, à bien des nuances près, commune à toute cette génération si reman|uahl«'
réarlion eontr»* I esprit de chimère dont Tinfluenee romantique enivrait depuis trente ans les jeunes générations françaises. Sans prétendre donner, à la course, une totale délifilion de ce qui s'est appelé
te romantisme, je puis bien avancer, comme un point hors de toute discussion sérieuse, que ce grand mouvement portait en lui un ensemble d'imaginations chimériques où les réahtés de la nature et de la vie étaient passionnément méconnues et déniées en tout ce qu'elles peuvent avoir de dur et de contrariant pour la vanité individuelle de l'homme et ses instincts de paresse et de volupté. De là une sorte de mythologie morale qui n'allait qu'à recommander et exalter la pure spontanéité naturelle, au détriment de tout ce qui est formation et culture, règle et discipline.
Le droit souverain des passions, la primauté de l'émotion sur le jugement, la supériorité du génie sans études et de l'inspiration sans art, la malfaisance des institutions et des lois corrompant la bonté primitive de l'homme et l'empêchant de produire d'elle-même la justice et le bonheur, autant de lieux communs de l'esprit romantique. La quahté en était fort révolutionnaire. Mais il y avait aussi un romantisme réactionnaire, rétrograde ou
art*haï>ahl. » oiiiiue on vomira I a|)|»t'lcr, cl