‹ Cinquante ans de pensee francaiseChapitre 4 sur 21 · IG CINQUANTE ANS · texte numérisé non relu

IG CINQUANTE ANS

dait, en les affranchissant de toute limitation, en faire les objets d'une jouissance démesurée, infinie, et livrer à une sorte d'avidité grossière et confuse, de vulgaire usage, des biens, précieux entre tous, qui ne s'acquièrent pas, ne se conservent pas sans délicatesse et sans art. Par là même, il les corrompait et les dissipait. Ce qu'il se flattait de diviniser, il le ruinait. Les apothéoses romantiques annonçaient, en réahté, des écroulements.

Vers le milieu du dix-neuvième siècle, l'expérience avait jugé tout ce monde d'illusions. Elle l'avait jugé dans l'ordre privé comme dans l'ordre politique. Combien de jeunes hommes et de jeunes femmes de notre bourgeoisie, destinés aux sentiments moyens et aux passions modérées des natures ordinaires ou médiocres, s'étaient monté la tête pour se mettre à la hauteur et au ton de la grande passion romantique, et avaient été l6s lamentables et ridicules victimes de cette manie ! Quelles comédies de l'amour une notion factice et monstrueuse de l'amour n'avait-elle pas susci-

U'i'sl ht i»'> i-onn'Mli»*s. j ju.siju au

i>oul pur 1 uiiiour-|>ro|>r«- . i i.» ..ijiilr. loiirnaicnl souvent en ilraines. Qut* de sensibilités dont les séductions d'un sentimentalisme conventionnel avaient épuisé la sève, en les faisant se dépenser à faux, et qui expiaient celte erreur par un vieillissement et une ii«iire précoces, par la malailie de Tennui la langueur! Que d'im-

puissants ci ili* ratés ridéal d'un individualisme sans mesure et sans loi n'avait-il pas faits ! Personne n'a plus profondément senti ces désastres moraux que Gusta\e Flaubert, qui les avait, à vrai dire, éprouvés et vécus dans sa jeunesse. Ses principales œuvres en sont le sombre poème. Le courant continu d ironie et de désenchantement qui les traverse d'un bout à l'autre vient de cette source.

Dans l'ordre politique, la K- ..m.hm... vie 1848 [je n'en considère que les conséquences immédiates) avait également abouti à une énorme et rapide chute d'illusions. L'empirisme di's moyens auxquels !•• L'tniVf'ru.-iiiiTit s'était vu réduit jnnir

parer aux désordres du dedans et aux menaces surgies du dehors, avait rais en brusque évidence les périls d'un idéalisme sans calcul ni pondération. Les journées de Juin avaient apporté à l'utopie un châtiment rude et prompt et noyé dans le sang des ouvriers la pastorale du socialisme sentimental. Le coup d'État dénoua la crise publique et Qt voir que l'abandon à l'irréalisme de l'idée a toujours pour rançon la brutalité et la sécheresse désolantes, mais inévitables, du fait sans idée.

Telles furent les leçons qui réveillèrent dans les meilleures têtes de la génération qui abordait alors la vie, le respect intellectuel de la réalité et de ses lois inéluctables, le goût fort et salubre de connaître ce qui est, au lieu de soupirer après ce que l'on aimerait qui fût. Les générations romantiques avaient été trop rêveuses. Instruite par les vengeances du réel, celle-ci allait se montrer critique.

Réaction de l'intelligence donc, et, à ce

iiiif, l'iiini ••»iiiii i ^iiiM- i.iir i.n>.iii riMi-

lr*T l(»s li'llrrs fr.inrais,».s ihin» colle voie fiTiiH . ( Nil', t-'d- \' If n>>alo do la coniiici», lie lobservalion. de la r^fleiion, 1 i ' " ^ ont semée de leurs

plus ;.%-d'(f»"^ »*•' ••• "iii n'exclut aurunement la ) la plus fjrande poésie surloul — comme le prouve r«»xenijde de lous les vrais grands poêles, «Iniil la jM»nsre m» l'a cimIi*' r»n lucidilr ni en anij'lt'ur ù r<lli' «raurun morlel de leur ti'nij.N Mais ^saisissement de Tintelli- '\ SI piii>>ant et qui allait protluire

, lant trente ans un riche lot d admira-

hle«i fruits litlcraires, il manquait une certiii • \< rtuquieiU été néces.saire pour le r« mire tout à fait Inenfaisant, communi- <alif et régénérateur : une vertu de vie, .l'élaslicilé, dall» irresse, d'élan, de contiaiK . , 1 ! influence Tappesanlis-

<ait. Laqu(dl«> ' Je lai dit : le pessimisme le riiunieur. La pensée de ces jeunes hommes était purgée des nuées du romantisme. Leur sensibilité n'était pas guérie

des séductions de la volupté romantique. Ils avaient bu Félixir et leurs bouches en avaient conservé la saveur, au point qu'ayant reconnu celle-ci trompeuse, ils ne trouvaient plus, hors d'elle, qu'amertume. Leur adolescence s'était enivrée au mirage des imaginations romantiques, et l'ayant discerné, ils y restaient négativement fidèles en ne voulant pas être consolés et charmés d'une autre manière, et, en se disant que, si ces imaginations sont fausses, et le faux même, la nature et la vie ne sont qu'un morne déroulement.

C'est ce qu'elles seraient, en effet, si tout ce qu'il y a à penser des plus nobles mouvements, des plus belles inspirations de l'âme humaine, c'est qu'ils ne sont qu'un simple déclic dans le mécanisme universel. Voilà pourquoi ils outraient jusqu'à ce degré de dogmatisme arbitraire l'application, en elle-même excellente, de la méthode expérimentale à la connaissance et à la conception du monde moral.

hK PENSKK Mv vN

('.<'|u>n(lant le tlêgoùt des fables roinantiqn'-^ ir<*tait pas la seule influence qui |M)us8Âl cette génération du second Kmpire .1 orienter la littérature dans le sens d'une vaste enquête expériuieutale et scienlitique sur les réalités de Thistoire et de la psychologie.

A cette influence négative s'en ajuuliiil une autre, positive, et de qualité plus • levée. Celle-ci tenait à la masse de docuiih'iils .1 tie données toutes nouvelles que la portion cultivée de Tliuinanité s'était tniuvée acquérir depuis plus d'un siècle «^ur son passé lointain et ses origines historiques ou préhistoriques, sur les mœurs, les institutions, les religions, le langage 'et familles humaines qui s'é-

.ioppées loin des centres de

I antique civilisation méditerranéenne et >ans communication au moins continue,

avec eux. Immense apport d'observations qui avait manqué à Bossuet pour composer son Discours sur r histoire universelle, comme il avait manqué à Voltaire pour écrire VEssai sur les mœurs. Quelle était l'importance matérielle de cet apport venu d'époques si diverses et de si diverses régions du globe, on en pourra juger suffisamment, si l'on observe que dans le Dictionnaire de Moréri complété par l'abbé Couget, cette admirable encyclopédie de l'érudition française au milieu du dix-huitième siècle, des mots ou des expressions tels que hrahmisme, bouddhisme, conjucianisme, sanscrit, religion égyptienne, mythologie germanique et bien d'autres ne figurent point, qu il n'y est question ni de linguistique, ni de mythologie, ni de philologie, ni de psychologie comparées, ni d'archéologie préhistorique, ni d'exégèse, et si, d'un autre côté, l'on songe, par comparaison, à l'énorme place que toutes ces matières se sont faite et occupent sans contestation dans les bibliothèques et encyclopédies modernes. Ce n'est pas tout. Outre ces

DB PENSER FIUNÇAISE tS

antiques et loinlain<»s inanife!»tatiun8 île rhumaniti* auxquelles êlaienl élranger»

i»Ares el ilonl les recherches et il»'*cuu- . . ..'S des urieiilahsles. des indianistes, des linguistes, des archéologues ont foyv'm au dix-neuviùme sit^cle la première notion, il y a les peuples el les races qui s'étaient '"- m avaient peu |)arlé jusqu'au temps de ri el qui on!, depuis, élevé leurs voix

• harmonieux «li>cordantes; dans le «onrerl humain, il y a presque tout le dé- N ' t de la littérature el de la phi- It j .:, p;laises; il y a tout lo développement de la poésie, de la métaphysique

• tdes idées religieuses allemandes; il y a . nlin lespèce d 'exhumation qui s'est faite <le ces époijues riches en produits de Tesprit humain qui n'étaient ni disparus ni matériellement ignorés, mais que Ton avait dédaignés longtemps comme indignos

' ' ' ' ' ' - • - * ! îit la ri-

• à un - 1.^ i i '"" liospilalii |du8

• UN. Il Ainsi la htterature du moyen âge. Les exemples soot décisifs pour montrer

qu'au milieu du dix-neuvième siècle, Thumanité était à même d'en savoir et d'en penser beaucoup plus long sur elle-même qu'un siècle auparavant. Une grande partie de V Avenir de la Science est remplie par le constat et le détail de ce singulier accroissement des connaissances historiques et psychologiques, et cette partie est de beaucoup la plus solide de ce livre fameux, qui, juvénilement confus à d'autres égards, marque une date.

J'ai dit : l'importance matérielle. Mais l'importance philosophique n'apparaît pas moindre. Et de celle-ci nous trouverons en nous référant au même Moréri l'indice le plus significatif.

Lisez-le à l'article Mahomet. Il est fort instruit sur les articles de la religion de l'Islam. Mais il argumente contre elle, afin d'en prouver la fausseté et la grossièreté dogmatiques, comme s'il y avait eu danger que des hommes « nés chrétiens et français » donnassent dans ces erreurs et qu'il fallût les en prémunir. Voltaire, avec toute sa supériorité philosophique et son ironie.

DE PKNSÉE KKANÇAISK

Il •'«^l-il i:i aussi, en un sens tout

c)p|M)s.- il aiUmirs. animé de cet esprit-là, >d\ ' ti(jue ol poK'mique? La

cuii . ::.' plus grande variété de

cultes, d'institutions religieuses, de conceptions métaphysiques, une initiation plus avancée à toutes les circonstances de milieu, de race, de langue, de situation politiques, parmi lesquelles ils se sont formés, amènent nécessairement riiistorien à un autre point de vue. Il veut avant tout rouiprendre, savoir les causes. Il clierche lou< l.'s rapports de ces grandes créations spirituelles avec Fambiance générale qui les a, pour ainsi dire, couvées. Il essaye d»' s\.n donner la pleine intelligence en p* ti* trant le plus avant possible dans leur g. n.- et leurs raisons dVtre. Et, comme historien, il s'en tient là. C'est ce que Henan appelle le point de vue de la « haute critique », expression que Ton a raillée à tort, car elle n'indi()ue autre chose que la hauteur et Tampleur de la perspective que I nii V. ut prendre. La haute critique, c'est c^U» licictrineou cette méthode de relati-

visme et (dans le sens le plus légitime du mot) de naturalisme historique qu'une immense augmentation de renseignements sur la diversité des choses humaines et de leurs origines devait inévitablement avoir pour conséquence, et qui, maintenue dans ses justes bornes d'application, constitue une conquête, une extension d'empire de l'esprit humain.

Au milieu du dix-neuvième siècle, toute cette matière d'érudition nouvelle^létait encore aux mains des spécialistes qui avaient pour fonction d'en mettre en lumière le détail. Le peu qui en eût filtré dans la littérature proprement dite ne se traduisait que par ce goût vague et nostalgique des civilisations lointaines, ces enfantillages de couleur locale et de costume où le romantisme s'était complu. Le moment était venu d'y intéresser d'une manière sérieuse le public cultivé en en dégageant un ensemble d'idées générales sur les périodes de la vie de l'humanité qu'elle tirait de l'ombre ou qui en recevaient une figure plus naturelle, plus vivante et plus vraie

NÇAISE ïT

qu«' I liiMi;. j.lii> mu ii....i.^ tonvenui* »*l

roiilie qu« Ton ft>n était furuiéu jusqui^là. t. ««st la mission que ho rt*cunniit uik' k I ' jui» li»s nuin» lie Ui*nun ri di» lam» . iiiiuo. Kl combien brillainniml «Ho

l'a roinpiit'! Len grands esMi sur les lUlHjmns tie rAnUquêlé, ï isiamismr, i ne, la M ' f, l On-

'"*•. 01*; , . , ^ .. ... .. ure, des

iirTespril franvais qui y découvrait dans W i'Iiarinc de leur première tiai( )i iir de nouveaux horitoiis liu mains

' •• -âges psychologiques in- I' I \res coanne r//<*/oir^(i« la liltérature anglaise de laine, la Cité antique de Fuslel de boulanges, sont parmi I ' iinents de Celle en-

li j.. .. , J.10 universelle, à laquelle la liclion et la poésie voulurent collaborer elles-mOmes à leur façon, comme le prouvent avec éclat, les Poémtt amtiques ,.» I '> ■ f bartktrts de Leconte de Lisie,

l la ïvulaliun de miint Antoine y\r Uustaxe hlaubert, toutes œuvres, ou traînent encore bien des oripeaux de cou-

leur locale, de truculence psychologique et décorative, mais oii l'on ne saurait méconnaître, si, par exemple, on les compare aux Burgraves, la présence d'un sens historique relalivement profond et rajeuni aux sources.

C'est une grave erreur, aussi injuste que fréquemment commise, de croire que le relativisme historique ait en soi quelque chose de décourageant pour l'activité libre de l'homme, pour ses désirs de progrès, ses volontés réformatrices, et qu'il engendre, comme ses conséquences nécessaires, le scepticisme pratique, le conservatisme excessif et inerte, le traditionalisme immobile. La vérité est que de tels noms, en dépit du son doctrinal qu'ils rendent, désignentbien plutôt des dispositions morales, des dispositions de toute l'âme que des conclusions clairement tirées par l'intelligence. Quand ces dispositions existent dans les âmes, elles trouvent dans le relativisme un prétexte spécieux pour se justifier, un manteau pour se propager.

C'est tout différent.

îy

>.iiiN liiMiif. Il inMi"* >«-i«iii •iiijiiiii'i niià

hit'R iliflirili* »l'ailin«»llrf que loul ce qui fait à iioH yeux la supériorité intellectucllo t morali* siculaire dn la civilisation grécoialiiie suit iiesct'iulu du ciol sur uiu» cortaine portion fortuitiMnent privilégiée de riiumanité ainsi qu il aurait pu descendre Il r une autre et n'ait pas eu pour conditions indispfii>abl«»s de développement et le floraison. c«*rtaines particularités de liniat. de physiologie snriali», de langue, un certain régime de \ nourriture.

Kn doit-on conclure que cette civilisation n'ait été et ne soit qu'une civilisation romine une autre et qu'à la considérer de haut, avec un jugement tiésintéressé, elle ne possède qu'une \aleur purement relative et locale? C'est ce qu'on ne doit point, s'il est avéré que cette civilisation a (»oussé {dus haut et étendu plus loin ses rameaux ]ue toutes les autres, qu'elle s'est distin- . à travers Thistoire, par un ensemble in-^titutitm- 'uses, juridiques, littéaires et arti - , - beaucoup plus riches t fertiles en elles-mêmes et beaucoup plus

assimilables au reste de l'humanité. Dans la mesure où elle a eu ce caractère et atteint ce résultat, elle a fait, au contraire, œuvre universelle. Comment lui en contester la gloire? Comment nier que ce qu'elle entend sous des idées telles que vérité, raison, bien, droit, justice, ordre, beauté, se fasse entendre en plus de lieux et plus clairement que la signification, si différemment nuancée, qu'ont ces mêmes termes dans des langues, comme la langue allemande, dont elle a peu influencé le génie et la formation?

La question de savoir si, au milieu de la mêlée moderne des peuples, des races, des civilisations, se confondant et s'entrepénétrant de toutes parts, la civilisation latine doit poursuivre son œuvre distincte, cultiver ses caractères fondamentaux et, comme dit le philosoplie, « persévérer dans l'être » avec la môme énergie et la môme foi qu'aux temps où elle était comme seule à occuper le champ des événements, cette question ne se pose pas pour l'intelligence, qui n'aurait d'ailleurs

il»vs inuui^ «i > r»jM»ntir»* |»iir i iiMiiiu<i- . tlie ë adresse n la vuloiilé. au caîur. Klle met en jeu la qualité de Tàme, appelée i prendre {mrti. (/est sur ce point que le [H'Hsiuiisine de*» grands esprit.^ dont nous résumons les tendances se laissant troubler. Kt leur trouble se traduisait en complaisances pour cette philosophie du « devenir », du panthéisme évolutioimiste, au rt»f:îird île ! " il n'est rien de plus vain pour UL i>ation, pour une nation,

que de rôver une immortelle durée historique et de travailler à se Tassurer. Tout ce qu*une communauté humaine crée et institue, comme son expression et sa raison d\^tre dans Thistoire, est entraîné dans un torrent de transformation universelle qui le mène, après quelque temps d'efflor e et d'action, à une usure fatale et

. ^ . les inutiles .1. hri> dans le courant de quelque autre llective formée

ailleurs, qui a pour elle sa jeunesse et à «jui appartiennent les siècles nouvr ^ Telle était la philosophi(« hégriieime. L... recevait une frappante, mais bien illusoire

apparence d'autorité, de la contribution si considérable de TAllemagne aux accroissements de la connaissance historique moderne et, particulièrement, de la connais- sance des origines dans tous les genres. Du côté allemand, elle n'était pas un pessimisme, mais un optimisme. Car l'Allemagne se sentait alors sur la pente ascendante du « devenir », tandis que la France, tête de la latinité, souffrait de difficultés de vie et de diminutions d'influence qui pouvaient faire croire qu'elle en avait atteint le déclin. Il faut bien le dire : c'est l'interprétation désolante que Renan a plus d'une fois adoptée de la situation de son pays et de tout ce que ce pays porte en lui d'humanité. Il a eu là-dessus des paroles terriblement amères. Certaine habitude d'oscillation imaginative de son âme bretonne, puissante et âpre, mais mouvante, et romantique de naissance, pour ainsi dire, explique sans doute ces abandons à des visions trop sombres et ces accès de renoncement. Ne les lui reprochons pas trop.

Chaque fois que cette merveilleuse intelli-

ISE 33

- . i.ii.N une intention

(le coniioil |»ratiquiN aux firoblAines (l'existence il«* sa patrie, elle y a {irojeté de " • ' ^ i»l sùros lumières. VA il na pa« Il runiv.THé'lle siip.riof itô île ce <}iti . c*lui qi rit que

• mte victoire de Konir une vic-

' ^ 'H ». Disons îxuKiiicnt que.

..j... , ..is que poète, quoiqu'il fût Uî, il n avait pas dans le cœur les actives inspirations d'où a jailli Todi; enthousiaste, riiymne apostolique où Mistral « nnvie la « race latine • à continuer, avec |»lus de feu et de foi que jamais, sa croi- *<a4le humaine. Mais disons aussi (car tout notre propos revient à dissiper cette très f"!-^-' ' -e d'incompatibilité entre

^uiiluu i i-nt et voir clair, qui a été

* omme un dogme pour ce qu'on a très mjuslem»»nl appelé le renanisme), disons {ue Mistral était lui-même une inlelli-

-' ' ' î«*, qui ne li.sait pas à une

i , nleur que Henun dans les

jeux ruineux de l'histoire et dans la fragilité redoutable de tout ce qui flotte,

même de plus beau, sur le fleuve du temps.

On a également reproché à l'esprit du relativisme historique d'engendrer, dans son application aux questions de gouvernement, un conservatisme exagéré. Il faut avouer que cet esprit est aux antipodes de l'esprit révolutionnaire. Mais l'exagération n'est pas nécessairement son fait et tout ce qu'il oblige d'admettre, c'est que, parmi les conditions de durée et de force d'une nation, s'il en est de changeantes, il en est aussi de stables et de permanentes que l'on ne saurait ébranler sans placer la nation sous une menace de ruine et que les réformateurs ne doivent jamais perdre de vue. A cet égard, comment ces grands représentants de la philosophie historique moderne, un Renan, un Taine, un Fustel, ont-ils apprécié le régime de démocratie républicaine qui s'est établi en France après la guerre de 1870? On peut répondre que, sans méconnaître la force irrésistible des circonstances et des événements qui avaient exclu la possibilité d'une solution

politique tlilTiTonto, i»;i: , i lu 1» iii\> olforU à rt»comnian«ler des relonrn et «les restauration^ 'avaient p» i.se

ilaiis Trial HM'l ilu pays, ils ont ili- opposés à la «I. int»rratif\ en tant (|u*application irufi 1 • rtaiii «lo;:niatisme idéaliste. Ils ont t'stiiné <\\iv, si elle cherchait sa justification dans des principes de philosophie abstraite et non jias dans de simples néces- Niit's de fait, la logique de ces principes devait Tentralner dans une voie de réalisations radicales où se consumeraient peu à jMîu toutes les vieilles forces sociales et intellectuelles de la nation française. Je ne crois pas me tromper en disant d'une manière générale qu'ils ont considéré cet

• lat de démocratie individualiste, égalitaire et . '- 'i-sée comme un établissement pi" , dans lequel la France

• tait condamnée à respirer mal et à sVlioler. Klle ne pourrait en t^tre tirée à son avanlai:' «l'i»- par l'avènement d'une constitution moderne qui restait à trouver et qui ne détruirait pas la démocratie, mais lui ôterait son caractère niveleur en Tabaor-

bant dans des cadres nouveaux. Telle me paraît avoir été surtout la pensée de Fustel et de Taine. Ils ont été, sous la forme indirecte de riiistoire (Institutions de Vancienne France, Origines de la France contemporaine) de salutaires conseillers politiques de leur patrie, comme Renan Ta été sous une forme directe, quoique discrète et prise de haut, dans sa Réforme intellectuelle et morale. Le personnel politique qui nous a gouvernés depuis quarante ans ne paraît pas, il est vrai, s'être beaucoup préoccupé de leurs vues ni avoir recherché le commerce intellectuel de ces hommes de réflexion et de critique. Mais ils ont puissamment agi sur l'élite et entretenu chez elle un esprit contre-révolutionnaire sans être rétrograde, méfiant à l'égard de la démocratie, sans être archaïque, qui a fait sentir sa force modératrice à des gouvernements parfois un peu légers de doctrine et portés à tabler plus sur les humeurs de l'électeur et le jeu des partis que sur les intérêts durables du corps national. Jusqu'aux dernières années du dix-neuvième siècle,

I nEK fllA.NÇAISK 87

notre |K)lilique a beaucoup bénéficié do < " iciioii étrangère à • lu politique •.

Ml

Lt mesure lii» co qu'il y a eu île Juste et • |ii il \ il m de trop exclusif dans le (irlerminisnie de cette grande école qui a étendu son em|>ire sur tous les genres (anutomistes et physiologistes, disait vers 1860 Sainte-Beuve, je vous retrouve partout) constitue la mesure même de ce qu'il y a eu de puissant et de fertile, comme de ce qu'il y a eu de factice et de trop tendu dans ses méthodes littéraires.

Taine veut que nous considério poète, un artiste, uue œuvre de littéralun* ou d'art romme des i produits • dont les facteurs sont la nice. le milieu, le moment. Cette préoccupation des influences génératrices ne pouvait naturellement (^tre familière à des époques, comme le siècle

«j«* 1^.- rii-|i'-<^ III) |ii<>ii ri>tiii lit* f •'■un \* ilt>

Louis XIV, où régnaient un style, un goût général et où toutes les productions de l'esprit naissaient sous les mêmes influences, sous les mômes astres. Comment ne s'imposerait-elle pas à un siècle héritier des siècles, à un siècle s^^ncrétique et cosmopolite, encombré des afflux de tant de littératures, des traditions de tant d'écoles et de tant de doctrines venues de tous les temps et de tous les lieux? Voilà la vraie raison d'être de la méthode de Taine. Il s'agit de situer, de classer, de dire aux génies, aux talents et aux œuvres : « Qui êtes-vous? D'où venez-vous? Quelle âme est la vôtre? » de leur demander leur état civil. L'erreur de Taine (on l'a défmie vingt fois), c'est que son dogmatisme mécaniste lui fait reprendre la genèse et l'explication de trop loin ; aussi n'aboutit-il pas jusqu'à l'objet à exphquer. Ne le voyant que par l'intermédiaire de ses causes les plus générales, il le voit mal; les causes les plus propres et les plus plastiques lui échappent, et cela surtout que l'objet a d'individuel et qui n'est peut-être

I)F y vn \ Ne viSK 39

pas entiùi'tiiK iii - .•.• à sos rel.i-

tioiis. si quelque - '" dérobéo à la

cause première delà vie y a une part. C'est ainsi qu'il est arrivé parfois à ce grand ♦•spril de ne rendre qu'en superficie la qualité des génies auxquels il consacrait son étude et que. puissant constructeur de synthèses, il touche un peu rudement à la Heur des réalités individuelles.

Il s'observe dans le roman réaliste de Flaubert et le roman naturaliste de Zola quelque chose d'analogue, mais qui, dans ( e domaine, a une compensation, souvent très savoureuse. Nos poètes classiques inalysaicnt, expliquaient les passions et «aractères de leurs personnages. C'est la manière française. Mais leurs analyses, l«*urs peintures étaient psychologiques, ••-t-à-dire qu'ils montraient dans leurs -onnages le jeu des mobiles dont ceuxci ont conscience et dont lU peuvent raisonner dans un débat moral avec eux- 1 Les naturalistes réduisaient consi-

• 1 . . ment la part de la psychologit* au profit de la physiologie et du physique

que leurs héros étaient et faisaient à chaque instant de leur vie, ils en rendaient compte par le jeu des organes, les impressions changeantes de la température et de la saison, le mécanisme de Thérédité, l'influence du milieu, la pression enveloppante des circonstances. Toutes causes qui ne sont pas sans action sur le « moral » de l'homme, mais dont l'action est d'autant plus prépondérante qu'elle s'exerce sur des âmes plus déprimées et moins en possession d'elles-mêmes. Des âmes de cette sorte peuplent la littérature réaliste et naturaHste, que l'on pourrait appeler, pour cette raison, un musée de la dépression morale.

La compensation dont je parlais est la suivante. Quelle que soit en fait la médiocrité des hommes, l'humanité est appelée par une vocation si certaine à la liberté morale, à la maîtrise et II la conduite de soi, au pouvoir d'initiative de la conscience que, lorsqu'un poète nous représente des êtres dont la vie intérieure est en quelque sorte menée mécaniquement et

oppriintM» 4l«' liionu's ou tU* rivluulos sitmluiii»s, nous r" '-•*"" w son œuvre tlans le genre de la *. ou do la farce, dont

le propre esl de nous faire nainemenl rire de toutes les agitations de Thomme auiit'< 'u nivi^aude sa dignité. La litléra-

tuiL ^le et naturaliste n'a pas du tout, il est Trai, le ton comique ni bouiïon et elle ref^.t, au contraire, les apparences du sérieux le plus louni; elle ne veut pas :.v..;r î.. v'tielé ni d'»^spril. Mais c'est ce qui lit met **n très particulière et curieuse valeur le fond comique et vaudevillesque dont elle déborde. C'est une j;rftce pour le comique que de se débiter à fifuM. >f»ii> (1«'s airs il'rtiido ot de pravitr.

omiqu»' 1 lauberl.

I oeuvre entière est un monument de dérision froide. Zola n'est pleinement bon que qiMiitl il est comique, comme ilans le ta[il<>.ui de la ' noce de VAawmmoir, Le iii.iili» m (*st qu'en général, son sérieux, à lui. n'a rien de feint et que les bas tablnatix qu'il nous rej^n^sente ne s'animent 1 iiiu un ravon d'ironie ou d'humeur.

iâ CINQUANTE ANS

Quelle a été l'influence sur la poésie de cet esprit de critique, d'analyse, de positivisme scientifique qui, à l'époque où nous nous plaçons, pénétrait partout? Je crois qu'il contribue pour sa grande part à rendre raison de la forme parnassienne.

Cette forme forte, éclatante, un peu dure, d'un train toujours chargé et égal, dépourvue d'ondulations et de jeux rythmiques, d'une plastique continue et partout poussée, devait convenir à des poètes désireux de faire entrer dans l'expression de l'émotion et de l'idée tout le jeu de leurs articulations intérieures, comme dans leurs peintures d'histoire et de paysage tous les traits et les rapports du modèle. Elle se prêtait aux méditations psychologiques et philosophiques de Sully Prudhomme, aux évocations archéologiques décoratives de Leconte de Liste, de Heredia. Le lyrisme ne s'en fût pas accommodé. Il n'est pas surprenant qu'une époque dominée par les « anatomistes et physiologistes » ait été faible et peu féconde du côté lyrique.

«l nous cimMilrruiKs l\*n>»'ii»i»l»* (i«* •^'•'sl produit lie nouveau dans la pei la littérature française depuis

répoque dont nous venons d'évoquer les tendances les plus générales, nous éprouvons une impression certaine d'alFaiblissenient. Non, certes, que ces trente deriiiérrs années aient été stériles. Mais les grands écrivains dont elles ont vu se poursuivr»* Toeuvre et se développer la carrière so rat lâchent par Tesprit à la génération (in s<M ond Hmpire; ib en sont les puînés; ils ^f >(mt formés à cette large école, dont on peut dire encore aujouririiui qu'elle remplit le dernier chapitre important de notre lii^lnireintellectuell(».L*œuvred'Ana- Inlr I iMiir. iili. i iiilleurs de tous les sucs les plus délicate des littératures classiques, est toute animée de ce sens critique et ciiuipri liiTisif, de retlr passion d'ériiJi-

Page 1