N8ÉE FRANÇAISE
autres mombre» et que Foch prenait du recul pour le mieux frapper en pleine poitrine. Fausse nouvelle, mais non pas fausse joie. Le pays i lait sauvé.
Un ilii (^u il est bon, pour sentir les poètes, d'avoir vu les lieux qui les inspirèrent. Que ceux qui aiment les poeljs, sans î^tre assez riches pour courir le monde (il subsiste encore de ces ingénus), ne s'attri<r • • ;-- trop à cette idée. 11 est plu> coin • pouvoir voyager que de trouver
du bonheur auprès des grands poètes. Lus dans un galetas par un homme qui a gardé ràriM* jt'une et libre, ils y portent d'euxmriU' s leur décor et leur pay.*iage, ils .iii. II. nt de leur propre fond la lumière qui leur conrient, les grands anciens surtout, évocateurs d autant plus merveilleux que
leur nin-' ' ! -crire a plus de sobriété
et de - souveraine. D'ailleurs il
ir«'>l \)A> «ie déplacement qui vaille pour entendre ce que Virgile exprime de plus
profond et sa plus secrète musique, Tamour de la terre natale, l'expérience de quelque exil, l'inquiétude pour la patrie, une sensibilité filiale au destin des choses nobles. Et il y a enfin d'autres Italies que l'Italie. Elles ne l'égalent pas. Mais notre intimité avec elle supplée à ce qui leur manque.
Il y a d'autres Italies. Je ne parle pas de la Provence, qui est l'Italie même et nous oli're quelques modèles parfaitement purs de la campagne antique. Mais en Bretagne, au mois d'août, combien de fois le spectacle de la nature m'est-il apparu avec une beauté que je ne pouvais nommer qu'italienne! Jusque sous les rudes cieux de l'Ouest ou du Nord, dans la brève saison où le soleil a débarrassé l'espace des dernières brumes, un paysage étendu et peu ondulé où les champs de blé et les prés encore en fleurs alternent avec les plaines de bruyères, où se dressent, mais à de longs intervalles, des arbres, des maisons, des ruines, des petits bois, qui tirent de leur rareté et de leur isolement toute leur intensité expressive, toute leur force et
leur |»r« « i^iMii il I i.ih ••II, sur
une lone de Thorizon, ia luiiiirTi* gloricu-
•sce forme de ses couleurs
.:i itniHjiiri ii!.»m(|ue. oiiap)* " ul-t'lrc
iaii^ le iniiilaiii la frange \ .• de la
un tel paysage nereflèio-t-iliiasaiisex lidèieuient Tanthelype sacré dont Claude T ' fail son étude? Dans le plein été,
... s huniideh ou froides ont aussi Ifur \ mus, une Vénus encore virginale et timide et qui voudrait pour s'épanouir et fleurir un soleil plus généreux, mais dont le sourire éphémère est peut-«Hre plus fin. Il n y a qu'un»- beauté et qui a particulièrement élu certaines contrées de Puni vers. Mais il y a des esprits qui la surprennent ou qu'elle suit en toute contrée.
(^•Ih' Italie univt*rselle, je la trouvais, je la ;;.Mii.ii.> au.Hsi dans lesaspect*^ de h camjM^Mi'- boulonnaise pendait ; septônihre qui a été divin et dont la dou-
inélee à la douloureuse gloire de la
-, à la mort de tant de braves tombés pour elle a\ec la simplicité de la jeunesse, aura semé chez quelques poètes de
nération nouvelle, épargnés par les balles allemandes, les prémices d'une inspiration qui a manqué à leurs aînés. Malgré son nom lourd et qui fait penser à sa race de chevaux massifs, ce Boulonnais a un charme fait de clarté dont il est redevable à un dieu rude et salutaire : Typhon, le terrible Typhon des côtes de la Manche, balayeur infatigable qui ne laisse pas dans l'atmosphère un miasme, sur le ciel une vapeur. On le maudit volontiers pour son incommodité et il n'est pas facile de soutenir ses assauts. Mais aux beaux jours oii il fait trêve, on jouit de la pureté que son passage a répandue dans l'espace comme d'un élément délicieux par luimême. Alors ce pays, qui avait pu tout d'abord sembler austère au nouveau venu, laisse découvrir ses fines beautés brodées de distance en distance sur le grand fond pâle des dunes et des terres argileuses et qui remplissent de leur expression la pente monotone des hautes collines et le fond des larges vallonnements : ici un bois de grands hêtres au miheu duquel se profilent
le |)igno! t olombier d'uiu» ff»rmp ft
dont les nettes limites s*enlèvent sur la ^'risailli* dun vaste plateau par delà lequel on aperçoit la mer; là un hameau minusrule dressô seul à mi-pente d'un vaste coteau qui a 1 air de n'exister que pour lui, ou bien un bouquet d'arbres isolés inflécliis par F'- -^''-nie de la tempi^te et qu'on croirait i vers Fétendue des bras
amis; entre ces arbres est un étang d'un vert sombre, mais d'une telle limpidité qu'on se demande en le regardant pourquoi les poètes du Nord ne sont pas, avec leurs couleurs propres, aussi lucides que les Grecs; san; doute, se dit-on, parce que If ttMiips de la lumière y dure trop peu pour fa«;onner leur pensée. Au bord de la luer, dans une vallée largement découverte où des champs de blé descendent presque jusqu'à la plage, une grande maison domaniale, qui enchante les yeux par h*s tons savoureux et pleins de ses vieilles pierres et de ses tuiles vernies, par Timinuable relief de ses plans et de ses lignes vives, nous apparaît comme le mystérieux
témoin d'une après-midi éternelle. Les tons effacés du sol s'offrent à la lumière comme les dociles serviteurs de ses jeux les plus fins; quand la légère végétation des dunes, le sable et l'eau composent sous un rayon propice leurs couleurs fleuries, on rêve aux divines images qu'une telle guirlande serait digne d'encadrer. Pour jouir de ces paysages, il est bon de se placer sur des hauteurs, comme celles de Tardinglien, d'oii se découvrent d'une part une grande étendue de campagne, de l'autre toute la largeur du détroit. Au loin, les falaises effrayantes du Blanc-Nez; l'immense et aride plateau qui annonce le triste Calaisis, nous rappellent Finclémence et les gaucheries de cette nature du Nord sur la face de laquelle les beaux mois éveillent un charme éphémère.
C'est dans ces lieux favorables que je lisais Virgile et maintenant avec un plaisir dont l'abondance me rendait honteux, quand je songeais aux Français, qui, à toute heure, à toute minute, se faisaient
tuer non loin do là pour roe conserva rang il'hom rue libre.
Mais bientôt cette occupatioi n avais chercbé qu*un passe-toinps, se |>n si'filait à moi sous un autre jour. Je troiiN ;ii que Virgile était mervcilb'usomer*
• onstance et que nulle pon^ lu eût fait voir de plus baut que la sienne ni s»»iitir avtM- plus de piété la grandeur et la pot'sie des événements. La raison pour la({uille vingt siècles de latinité avaient rivalise de vénération et de tendresse à r. u.inl du poète romain m'apparaissait vivaut»- et toute contemporaine. Virgile illuluiii.iil les bauts mobiles et les sublimes Fi sultats du soulèvement unanime de notre patrie etdu dévouementde notre jeunesse.
Cet élan public, ces admirables efforts libérateurs n'étaient pas nés de rien et la source morale d'où ils provenaient, si elle uvùi daté que d'hier, n'eût pas été asset al>ondante pour fournir C6 fleave d*hé-
roisme, de patience et d'énergie. Il avait fallu que le péril de la France fît appel chez les nôtres à certaines forces antiques, simples et pures, situées dans une région des âmes où les passions et les soucis particuliers d'une époque ne jettent pas plus de trouble que l'agitation des tempêtes dans le fond calme de l'Océan et qu'elles répondissent à cet appel. Ces forces, Virgile m'aidait à les reconnaître et à les comprendre. Il en a été le chantre et presque le prêtre. Elles faisaient leur rentrée sur la scène de l'histoire d'où on les disait disparues à jamais. Et lui-même le poète en recevait un regain de vie et d'auguste autorité.
Comment les nommer, ces puissances intérieures que nous voyons depuis cinq mois inspirer à tant de braves une tranquille indifférence à la mort? Amour de la gloire? C'est un beau nom, une impulsion magnifique et qui aura eu sa grande part aux hauts faits de cette guerre française. Pourtant tous ces traits de courage et de vertu que l'ordre du jour des armées re-
1('\ t* UUiilluii'li iM'iiidi i ii'iiiiii itiiii liiiuii'— •
distillés à uni» obsnirilr i*l<»riu*II«», n'onl |itts sruhMiK'nt la couleur de la gloire. Je leur en vois une autre de moins d'écUt, mais plus émouvante; j'y Irouvi» une inspiration d essence plus nnstÎTieust» cl le reflet d une plus lointaine lumii^re. La gloire pousse aux risques d'une mort qui pourra laisser un souvenir; et, dans cette guerre, que de s:» "•'• -s anonymes, accomplis dans les i ^ par «les hommes dont
personne ne sera plus là pour attester l'initiative et le destin! La gloire n'est pas I»» nssort d'action de plusieurs millions d hommes; elle ne rend pas raison de cette épidémie de dévouement. Il y a Tivresse «l.s batailles, Fhonneur de se battre ; cette |MMi>s,.e superbe surabonde chez nosFrani.ai^ «le lu Marne. Mais elle les exalte dans la charg»» et le corps à corps, épisodes rares, dans une guerre qui suit le cours
Ile-ci; ce n'est pas elle qui -t II .1 soutenir le fardt^au autremoiu terrible des épreuves lentes : fatigues, faim, froid, insomnie, lassitude morale, per-
pétuelle menace du danger caché. A celles-ci l'Oriental oppose Tarme puissante et noble, après tout, du fatalisme, et la guerre a bien créé un fatalisme chez les soldats français, la race la moins fataliste du monde ; mais chez eux il se présente comme la face extérieure, l'ouvrage avancé d'une disposition intime plus généreuse qui est la docilité entière, l'abdication et le don de soi-même. « Je vais où je suis appelé, j'y vais sans agitation comme sans mollesse; j'y vais môme sans l'excitation de l'enthousiasme, trop personnelle et trop instable; ce qu'on me demande c'est d'être une chose qui se prête à tout et qui dure. » Voilà le sentiment, imbrisable et abandonné à la fois, qui se lisait au mois d'août sur le visage de nos mobilisés, comme il se lit aujourd'hui dans la rue, sur le visage de nos convalescents, revenus du front. Toute mon horreur des phrases ne m'empêchera pas d'exprimer que pour que d'innombrables théories d'hommes se missent en mouvement dans un tel esprit, il fallait qu'elles
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eus». Mil nperçu un RÎgno dans le ciel. Ce n'est pas là une phrase, mais une r»*alilt^. La paix, la vie civilo. loul !<• I»«' •" f» n'n de ri»xislen<e ordinaire n'appa ni
plus que comme une halte sur la route séculaire de la race et de la [>alrie. On la n*pronait tous ensemble, en fn'Tos. Oui. dans le ciel, nos dieux nous avait^nt fait signe.
.Mais les Allemands aussi parliM leurs dieux. Kli hien! dieux contre dieux: Les nôtres .sont les dieux de lumière.
Virgile m'aidait à comprendre les profondeurs de la France combattante. Quia su donner à l'héroïsme et au devoir guerrier un visage plus humain, plus pieux?
Qui a modulé avec son éloquence ces pleurs d'admiration et de tendresse, plus <*n harmonie encore que les fanfares Iriomplial.s avec la beauté des jeunes héros tuinius en leur lleur? Qui a prêté plus de majesté à Tœuvre des ténacités obscures ride la religieuse patience dans l'effort? Ah ! ce que nous voyons nous rend cer- » .;mw .l. r. >.,..... ^ ,jp^ «»ritif|iif»s lillrntirrv
qui ne trouvent pas son Énée assez claironnant. Celui qui a connu de si longs malheurs, qui a été jeté par l'infortune sur tant de rivages, qui marche à la victoire sur un chemin jonché de tant de revers, pourrait-il dresser la tête et sourire comme un jeune chef, qui n'aura qu'à cueillir la palme plantée par le labeur des aînés?
Faire ou refaire une patrie, c'est autre chose que d'y ajouter une conquête ou de la décorer d'un nouvel exploit. Enée s'incline sous le souffle divin qui seconde une entreprise à laquelle ne suffirait pas le souffle de l'homme. Il est conduit par ses dieux.
Dans quelle condition morale différente, me disais-je, aurais-je lu Virgile l'été dernier, si j'y eusse alors cherché mon délassement. J'en aurais fait mes délices, mais avec quelle mélancolie! 0 maître, aurais-je pensé, ta douceur est immortelle, mais tu es un exilé; et nous, les derniers qui te cultivons, sommes des exilés aussi. Tes cultes, le culte de la cité et de la beauté, s'obscurcissent dans les esprits. On nous
(*nseigno que les soins qu'une nation iloniic à la oonsenalion «If soii ^tre historique et (!• n> sont autant île volé au bonheur
iihii* iiu. 1 ili» st»8 nu'uibrcs et quv les ser- \irrs vitaux rendus à la siK-iêlt» humaine l ^uhhnies puissances d'invention
qui 8 appellent génie et magnanimité, et ail "s on trouve lo tort dYtre excep-
tiu -, s«'ronl désormais remplacés
avec avantage par une accumulation indéfiniment accrue et régularisée d actions médiocres, d'arrangements matériels et de soins de ménage. Dans un monde ainsi d«»vtnu chétif, quel sera notre sort, à nous, tes disciples, pour qui tout I intérêt de la vie tient aux parties nobles de l'héritage humain?
Telle eût étt- ma tristesse. Elle n .......
plus de sens. Si, en dépit dos progrès que la doctrine du rapetissement avait faits «Inns IVsprit public, en dépit de la légion «II* scribes et de parleurs qui la propageraient en la parant de grands mots, il a suffi du péril national pour la balav«'r, comme d*un coup de tempête, si nous
avons été unanimes à ju^er que les plus enviables possessions matérielles ne seraient pour nous qu'un objet de honte et de dégoût, nos valeurs idéales étant perdues, dès lors, ô poète des aïeux et des grandes pensées d'avenir, tu sors une fois de plus de la poussière des écoles et du cabinet des érudits, tu es ramené sur le terre-plein de l'humanité, tu reprends ton lustre et toute la plus haute poésie avec toi. Qui sait? Wissant occupé par les Boches, le petit bourrelier de Wissant eût bien pu recevoir d'eux beaucoup de commandes et nous tous peut-être nous eussions pu (le monde moderne est grand et prête à d'infinies combinaisons d'intérêts) résoudre la question de la France par des pactes mercantiles qui nous eussent engraissés en commun. Cela, hélas! a été conçu, tenté et cela a paru « très fort » . Gela était très faible. A l'heure de la décision, qu'est-ce que cela a pesé devant l'idée pure, devant l'idée suprasensible de la France? La véritable hiérarchie des choses a été soudainement affirmée. Les
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iiupr^mes puissancoK ilo w nuind* pn - iiiYÎsi! l'on croyail pa»-
siM»5 .-H u aulroR >|m«'n'?> cl qui étaiiMil Jemourée» loules proches, so sonl d'un seul l'oup f»niparée9 île la niatiùre el en ont !^oulevé dans un irrésistible tourbillon le p<"' ' inblail devenu si lourd.
^ ....;*• les règles supérieures
io la civilisation que nous défendons contre le Germain (auquel il n.' sera imis interdit de s'y ranger, à sa place, après que nous aurons dégrisa à force de coups ce parvenu ivre, ce pédant sans culture). Il Ta fait avec un accent souverain, main ui-M arec une note ferveii Itiilrc qui f^aj^me le cœur, qui doniio a ce.-» pli'" i'-- capables pourtant de terribles e\ -, un tour de douceur protectri« .'. hospitalière et fraternelle, qui les met au ni\<MU de mon humanité et les fait bien utih'uieiit descendre des fausses hauteurs d'une trop alliére rai^on. Quand, sur ui»r image, aujourd'hui |K)pulaire, je regarde le tertre où dorment au milieu d'un «hamp cinq soldats tués à la bataille de la
Marne (on a planté une croix et posé les cinq képis dessus), je remercie le poète d'avoir enveloppé d'une atmosphère d'amour et agrandi de mystère la cause pour laquelle ces braves ont péri. Sa poésie évoque, autour de cet humble tertre, un bois sacré. Elle nous élève au-dessus de la pensée de désespoir dans laquelle nous serions tentés de nous adresser à l'ombre de ces jeunes gens et de leur demander : Pourquoi êtes-vous morts? Vous n'aviez qu'une vie et vous l'avez donnée. Pour moi? Je ne valais pas cela, je n'ai qu'une vie non plus. Et les millions de Français vivants et à naître ne sont que des millions de fois un Français. Les préceptes, les formules impératives de devoir et d'honneur par lesquelles je me sens obhgé, par lesquelles je vous aurais fermement juré à la veille de la bataille que vous étiez obligés vous-mêmes, ne contentent plus ma raison, quand il s'agit de justifier votre mort accomplie. Votre tombeau m'inspire une pensée qui les dépasse et qu'elles ne remplissent pas. Pour que cette mort précoce
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ail vie légitime, soldats, il faut que la frontière qui sépare ce que nous appelons vie de ce que nous appelons morl soil moins tranché*» qu'il ne parait aux sens et (|ue, vivant^, ii(iu> vivions plus que nous ne le croyons, aunlessus de noire vie m^me.
Virgile, désespéré par la dissolution civile et morale qui menaçait la patrie romaine, chercha sous la cendre des divisions publiques les étincelles de Tantique foyer national, sous les criailleries de la rue et des assemblées le vieui chant de la race latine. Par là, comme son exemple nous convient! Mais aussi, nous avons à retrouver la France après Tavoir sauvée. F^uisque ceux-^là qui ne pensaient pas avoir en commun une idée, un sentiment, un battement de cœur, ont interrompu brusquement une querelle dont la violence et la disgrùce semblaient parvenues au comble, pour se jeter ensemble au service de la France, nous tenons leur unanime aveu : la France est un bien plus doux que la vie même. Ce bien, après avoir tant souffert
pour le défendre, ne nous déciderons-nous pas à en jouir? Il n'aurait pas obtenu ces immenses sacrifices dans la guerre s'il n'avait en lui de quoi faire notre nourriture et notre charme dans la paix. Mais, chose saisissante! l'heure où il a exigé le sang des Français était celle où il semblait avoir cessé de leur être famiher et présent. L'idée de la France s'obscurcissait sous les disputes. Poètes, c'est à vous maintenant, ce sera à vous, après la victoire, de la dégager en pleine lumière. Son rayonnement rendra de la hardiesse aux âmes, de la clarté aux yeux, de la grâce et de la vivacité aux esprits, il mêlera au pesant fardeau de l'existence humaine un élément d'une légèreté divine. Oui, c'est à vous, poètes, à vous qui parlez en musique : cela seul qui est musical défie les controverses et les fait taire. Les morts de 1914 et de 1915 vous fournissent le thème et les grands chanteurs de nos races l'amplifient de mille échos. Écoutez-le. Une fois de plus élevez fidée de la France à la hauteur de ses actions.