‹ Cinquante ans de pensee francaiseChapitre 9 sur 21 · I. — l.A OUWTION · texte numérisé non relu

I. — l.A OUWTION

Il ^ ;.; i. pcrii jamais ses droits et j^ <ii- .1 irréprcM'hables patriotes qui. . n vertu tif» ci*{ adage, ont Tesprit agacô par le« n»pr«'sailles qu'une partie de notre pres^f» it U* nos écrivains exerce, depuis le j 1914, contre les grands noms

philo.sophiques, scientifiques, artistiques et litt»rHir<»s d<* rAllemagne. Ce n'rst pas Gœthe, disent-ils. ni Kant, ni Ficlile. ni Hegel, ni Heine, ni Schopenhauer, m Fred. Nietzsche qui ont violé la neutralil»*

belge, brûlé Louvain, massacré des centaines de victimes innocentes, déchaîné sur le monde des torrents de feu et de sang. Pourquoi trouver chez eux la source de ces horreurs? Et pourquoi, sous le seul prétexte qu'ils sont ou plutôt furent Allemands, les transformer en préparateurs ou complices anticipés des barbaries de la politique et des armées impériales? Que penserions-nous de la jugeote d'un publiciste prussien qui, au moment où Napoléon méditait de réduire la Prusse à merci, s'en fût pris à Racine, Pascal ou Voltaire? Tl n'eût pas raisonné d'une manière plus vicieuse.

En principe et en droit, j'admets une telle protestation. Elle s'inspire de la probité de l'intelligence, du souci de la culture.

En fait, si on la confronte aux éléments réels et particuliers de la question, elle appelle une distinction, faute de quoi cette probité, cette délicatesse mômes s'exposeraient à une grave duperie.

Parmi tous ces écrivains et poètes de

rAUtMiiafcnc ^ll^ un \n'n luiilusi-ineiit vu cauM\ il > on a certes |)luHieurs dont l'œuvre est bien innocente des événements contemporaiii> et ceux-ci n'apportent aux personnes qui faisaient profession de les admirer et de s'en nourrir aucune honn»* raison de condamner leur propre g* ml C'est ainsi que, quand j'observe telle ten tative pour créer ou forger à Gœthe sa part de responsabilité dans les atrocités allemandes en lui attribuant à lui-même des maximes cyniques prises dans la bouche des personnages de son théâtre, le jeu m'apparalt fort déplaisant; et, si je compr • ' 'op le genre de satisfaction que c«i ^ uvent trouver à proliter des

circonstances actuelles pour déshonorer Tesprit »»the, je comprends égale-

ment <ji ■ • satisfaction n*a rien à \<»ii

:.\..i 1.^ >» hUunMils du patriotisme.

ce qui est vrai pour Gtethe et pour quebpies autres, quv j»* vois incriminer des mi^mes choses av»*c aussi peu d'à-propos et par !»• moyen d'un«» ar^rumentation non moins luilu«us«», »»>l-il forréinenl vrai

(le tout ce qui, dans F Allemagne moderne, s'est produit et rendu célèbre sous le manteau de la philosophie et de la pensée? 11 y aurait aujourd'hui quelque naïveté à le prétendre. Il existe des philosophes germaniques à qui bon nombre des Français cultivés ne marchandèrent point jusqu'ici la considération due en thèse générale aux successeurs d'Aristote et dont la pensée même apparaît sous un jour fâcheusement nouveau, à la lumière de la crise suscitée par leur peuple. Cette pensée était ce qu'elle était. Mais elle recelait des principes que tous n'y avaient pas assez discernés ; traduits en actes et transportés de la spéculation dans la pratique, ils se dévoilent maintenant à tous les yeux. J'en prends à témoin mon cher et vénéré maître M. Boutroux, aussi peu suspect de partiale prévention contre les métaphysiciens allemands, que de versatihté doctrinale. Dans un article très remarqué de la Revue des Deux Mondes (15 septembre 1914) M. Boutroux a porté sur la doctrine de Fichte un jugement éclairé par les leçons

il«» la ^' la rtHiuuiu que cflh» ilor-

Irifii' i.| utuit 11* |itMi|)ln lilliMuaiul

comnio Tôlu ih» Dieu, le misHioimuiro «pAcial de s»»s «lessi^ins sur Thumanit quVII«* fournissiiii aux sujets de Guillaume une manirre d«» juslificatiun niorulo des allentaU rommis par des Allemands au service de 1 Allemagne. On peul discuter les raisons ' M Houlroux. Main si elles sont hoiiius (Comme je s^iis par nioimihue qu'elles le sonl et comme la grande autoril«» de M. Boutroux inclinera chacun è TailmetlnM. il faut dire que la métapliy* sique de Kiclite a beaucoup moins pour

but la r ' ' he de la vérité, laquelle n'est

pas ail' mais universelle, que la

fomentatin •xallalion de Torgueil

allemand. Ceux-là faisaient donc à cette

fi\ sique bien trop d'honneur qui la

I tilt comme une honmMo méliniv-

sique et la rangeaient à côté des i d'Aristote, Descurtes ou Leibniz, dans le patrimoine commun de lesprit humain. Kt c'"st par la trnerre (pie beaucoup de Kran- <;ais auront fté avertis de celte illusion.

Deux excès contraires sont à éviter dans nos dispositions à l'égard de la pensée allemande. L'un consiste à en envelopper toutes les manifestations célèbres dans un procès de tendance unique, comme si, étant allemandes, elles ne pouvaient qu'avoir eu leur part inspiratrice dans la conduite de l'Allemagne. L'autre réside dans la fausse impartialité d'une critique qui se refuse à toute suspicion particulière contre les doctrines et spéculations d'origine allemande, et réclame pour elles le respect généralement dû aux œuvres de la pensée désintéressée, sous quelque ciel qu'elles aient vu le jour. De ces deux excès, le premier se condamne de luimême et il ne se généraliserait pas sans gravement nuire à notre bon renom dans l'ordre de l'intelligence. Le second invoque en sa faveur des considérations nobles et spécieuses; il s'autorise d'un principe juste et nécessaire : la distinction des genres.

Mais la question est de savoir si ce principe peut être appliqué ici sans réserve et s'il n'y a pas prodigalité à en accorder le

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