‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 10 sur 223 · III. — LE CULTE DES SAINTES RELIQUES · texte numérisé non relu

III. — LE CULTE DES SAINTES RELIQUES

toute contrefaçon, et n'appartient qu'à lui, par le miracle. Oui les comptera, les prodiges de tout genre opérés, non par les saintes reliques en vertu d'un pouvoir qui leur soit propre, mais par Dieu aux mains de qui elles sont les instruments de sa bonté (1) ? Qui oserait les révoquer en doute ? Ce serait fermer les yeux à l'évidence, et rejeter du même coup les faits les mieux prouvés de l'histoire. Le plus souvent ceux qui les racontent en ont été les témoins. L'hémoroïsse de TÉvangile, fendant la foule pour aiTiver jusqu'à Jésus, se disait à elle-même : Si je puis seulement toucher la frange de son manteau, je serai guérie... Elle le fit, et fut guérie : c'est saint Matthieu qui rapporte le fait ; il l'avait va •de ses yeux (2). Dans les beaux jours de l'Église naissante, les linges qui avaient touché le corps de saint Paul, la ceinture qui ■ceignait ses reins, étaient appliqués aux malades, et ceux-ci recouvraient instantanément la santé : c'est saint Luc, l'historien de saint Paul et le compagnon de ses voyages, qui le dit ; il l'avait vu de ses yeux (3). Après plusieurs siècles d'oubli, les corps des saints Gervais et Protais ayant été retrouvés, il y eut un grand 'Concours de peuple, et pendant la translation qui en fut faite, du lieu de l'Invention jusqu'à la Basilique Ambroisienne : pour qu'il ne restât aucun doute sur leur authenticité, un aveugle qui s'approcha de la châsse fut guéri sur le champ. Le fait est certain, écrit saint Ambroise, témoin oculaire du miracle. Cet hom.me, toute la ville le connaît, 7ioius est homo, tout le monde sait qu'il s'appelle Sévère, Severiis nomine, personne n'ignore qu'avant de perdre la vue il travaillait dans les laines^ antequcnn açciderit iinpedùnentiun^ lanhcs ministerio (i) . Certes, c'était, comme on dit aujourd'liui, mettre les points sur les i. Mêmes prodiges, mêmes foules, à l'Invention et aux diverses translations du corps de saint Etienne, protomartyr : Eh quoi ! s'écrie saint Augustin, qui s'en fit le narrateur, c'est un peu de cendre qui remue toutes ces masses d'hommes, de femmes, d'enfants, de vieillards, exiguics pulvis ianium popuhcm congregavit (5) ; cette cendre est cachée,

(1) s. Jean Damascéne. Brev. Rom. in fest. S. S. reliquiarum.

(2) Matth. c. 9.

(3) AcT, c. 19,

(4) Epistol. 2^^, n. 2 et 1(5. ..

(5) Serm de Steph. ivany. — Il semble qu'aujourd'hui les masses ne s'ébranlent plus pour de tels spectacles ... Quittons vite cette erreur. En l'an de grâce 1891, année

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mais les merveilles qu'elle opère sont visibles, et éclatent ie toute part, cinis latet, bénéficia patent (1). Et il les relate l'une après l'autre ; on peut les lire au livre 22me du plus beau de ses ouvrages^ la Cité de Dieu.

Et ce n'est pas tout encore. Il y a d'au re > utililés que les utilités corporelles. Personne ne s'entend mieux que Dieu à donner des leçons de choses. Celles qu'il donne ici sont particulièrement excellentes. Voyez donc: Ces mains furent toujours innocentes et pures ; ces pieds marchèrent constamment dans les sentiers de la justice ; cette bouche ne s'ouvrit que pour porter au monde des paroles de paix et de salut ; ce cœur, tout poudre qu'il est, semble encore tressaillir d'amour pour son Dieu et pour ses frères... c'est-à-dire que Dieu se sert des saintes reliques, non seulement i:>our redresser des membres difformes, ou rendre la lumière à des yeux éteints ; mais encore pour nous faire meilleurs, ou plus humbles, ou plus compatissants, ou plus purs, ou plus vaillants au service de Dieu et dans la pratique de toutes les vertus : car ils parlent ces débris sacrés, ils prêchent à leur manière ; ils nous disent ce que les historiens ecclésiastiques ont mis dans la bouche d'un saint martyr de Lyon : Apprenez de nous à acquérir la foi, et à la garder toujours, même en face de la mort. Craignez moins le glaive que le péché, aimez plus la justice que la vie, et conservez dans la paix cette crainte de Dieu que nous n'avons jamais perdue au milieu des agitations de ce monde. Prenez garde de laisser échapper dans la tranquillité du port l'ancre de l'espérance que nous avons sauvée dans la tempête. Sur le champ de bataille où I)ieu nous a mis comme soldats, ne comptez pas goûter de repos. C'est bien sur la terre que la félicité se ]jrépare, ce n'est qu'au ciel qu'on en jouit pleinement (2)...

choisie pour l'Ostention de la sainte Tunique de N. S., à Trêves, 1.923.365 pèlerin». — en chiffres ronds , deux millions — ont défilé devant la précieuse relique. Paimi les pèlerins ont figuré 30 cardinaux, des ai'chevèques, des évêques, des abbés uiitrés, des princes et princesses de toutes les maisons souveraines catholiques de l'Eui-ope. L'Univers, n. du 9 octobre 1891.

(1) Ibid.

(2) Unus ex eis, Eucherius Lugdunensis quondam protomysta sanctissimus, in» sonat facundo ore : Discite ex nobis fidem quserendo acquirere, vivendo excolere moriendo servai'e ; discile peccatum plus timere quam gladium ; discile, propter vitam uiagis justitiam amare quam vitaaij ûdemque et tunorem Dei quem nos.

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Restons sur cet enseignement, il n'en est point de meilleur ; et avec plus d'autorité que nous le pourrions faire, il donne à ces paroles du Concile tout le sens qu'elles comportent .-qu'au moyen des saintes reliques, Dieu nous accorde toutes sortes de faveurs, pour le corps et pour l'âme '.per quœmuUa bénéficia hominibus a Deo prœstantuv.,.

n média belli tribulatione servavimus, observate, nec vos in pace vel pacis securitate perdatis. Gavete ne anchoram spei et religionis quam nos custodivimus in fluctu, vos amiUatis in portu. Cavete ne in area mundi, in qua ad subeundos agones missi sumus aliquam felicitatem expectandam patetis. Beatitudo parari hic potest, /Bon potest acquiri. (Extrait de la Préface du Martyrologe).

PREMIER COMMANDEMEiNT

QUATRIÈME PRONE Le culte des saintes Images.

Non haùebis deos aliénas coram. me.

Vous n'aurez point d'autres dieux que moi.

Non solum licei'e in Ecelesia imagines habere et illis honorem et cultam adiiibei'e ostendet parochus, cum honos qui ois exhibetur referatur ad prototypa; verum ctiam maximo fidelium bono factum declarabit.

Catech. Rom.

Il est légitime le culte que nous rendons aux saints, et aux reliques des saints : nous l'avons dit et démontré dans les deux Instructions précédentes; à cet égard notre conviction est faite. Mais le sujet n'est pas encore tout épuisé. Il nous reste à parler des images qui représentent les saints. Ce devoir, qui incombe aux pasteurs^ le Catéchisme romain le leur rappelle. Nous n'y faillirons pas. Dieu nous aide de sa grAce...

Pour embrasser d'un même coup d'œil tout le sujet que nous nous proposons de traiter : la légitimité du culte des saintes Images se tire de l'ancienneté et de l'universalité de ce culte, delà nolion vraie et bien comprise de ce culte, enfin des avantages que nous procure ce culte. Reprenons l'une après l'autre les trois parties de cet énoncé.

Premièrement : de l'ancienneté et de l'universalité de ce culte. Les Livres sacrés de l'ancien Testament nous le disent, avec preu-

ves à l'appui. Au désert, Moïse fait élever, à la vue de tout Israël, .un serpent d'airain, en signe, ^ro signo, en signe représentatif du Rédempteur à venir, ainsi que l'expliquera Notre Seigneur luiinôaie (i). Deux chérubins, en or battu, lisons-nous au livre de l'Exode, abritaient l'Arche d'iVlUance de leurs ailes étendues (2). L'Arche d'Alliance elle-même n'était pas autre chose que la figure visible de l'invisible présence du Très-Haut, et nous voyons Josué et tous les vieillards d'Israël se prosterner jusqu'à terre devant cette Arche, pour adorer Celui qui y rendait ses oracles (3).

Mais avançons. Et poui' nous renfermer dans les limites des (Siècles chrétiens : nous voyons les saintes Images en honneur dès ■le commencement, et se propager partout, même pendant la persécution. Toute la tradition en témoigne. Déjà l'évangéliste saint 'Luc avait reproduit par la peinture les traits adorables du Sauveur (4). Déjà l'hémorroïsse avait élevé, dans sa propre ville natale, une statue de bronze, en l'honneur de Jésus qui l'avait si miraculeusement guérie, ainsi que nous le lisons au saint Évangile (5). Le temps était proche, où, dans les Catacombes, qui furent les premières églises, les Chrétiens allaient tracer, d'une main encore inexpérimentée dans l'art plastique, fermxe pourtant, quelques faits de l'Ancien Testament, ou les mystères du Nouveau, sur les parois de ces demeures souterraines. TertuJlien nous apprend que, de son temps, au second siècle, on représentait sur les calices à Tusage des prêtres pour la célébration des saints mystères, Jésus sous la forme du bon pasteur tenant en ses bras la brebis égarée (6). Vers la même époque, si nous en croyons Clément d'Alexandrie, c'était la coutume parmi les chrétiens de se mettre au doigt un anneau, dont le chaton portait une croix gravée, ou quelque figure emblématique, une colombe, une ancre, ou le monogramme du Christ (7). Aux siècles suivants, les témoignages abondent. Saint Basile, dans son sermon sur le saint martyr Barlaam. s'adresse aux peintres et leur crie : Que votre pinceau me

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