‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 9 sur 223 · TII. — LE CULTE DES SAINTES RELIQUES · texte numérisé non relu

TII. — LE CULTE DES SAINTES RELIQUES

saints enfin, c'est-à-dire des corps en faveur desquels, sans préjudice delà gloire d'outre-tombe, qui les attend, Dieu s'est déclaré par le miracle. Nous dirons en son lieu ce que Dieu a opéré par eux, il nous plaîtde dire tout de suite ceque Dieu a fait pour eux. Qui ne le sait d'ailleurs ? Qui n'a lu ou appris de vive voix qu'ils ont été maintes fois, de la part de Dieu, l'objet d'une proAàdence spéciale, épargnés, les uns par les flammes, les autres par la dent des bêtes féroces, ceux-ci restés intacts après de longs siècles, ceux-là ayant exhalé ou exhalant encore aujourd'hui le plus suave parfum : heureux signes de leur glorification, même au temps présent (1). Quelques faits pris entre mille. Au bout de trois cents ans, la langue de saint Jean Népomucène, qui avait si bi-in gardé le secret sacramentel, est retrouvée aussi vermeille que la langue d'un homme vivant (2). Chaque année, le jour où l'Église célèbre la fête de saint Janvier, le sang du généreux mart^T bouillonne dans la fiole de verre qui le contient, comme s'il n'avait rien perdu de sa chaleur naturelle (3). Une des plus belles pages de l'antiquité chrétienne est celle où saint Ambroise nous montre le corps de sainte Thècle devenu un objet de religieux res[«ect pour les lions eux-mêmes (4), Et combien dautres témoignages viendraient s'ajouter à ceux-ci, si nous n'avions encore une longue route à parcourir, avant d'arriver au terme de notre démonstration.

Le culte des saintes reliques est légitime, parce qu'il est en droit de se prévaloir, comme il le fait en effet, de la pratique de l'Église,

Sanctorum reliquise sunt insensibilia corpora. Ergo stultum est eas venerari. Le S. Docteur icpond : Corpus illud insensibile non adoramus propter se ipsum, ^^ed propter animam, quaî fuit ei unita, quse nmc fruilur Eeo : et pi opter Deum cujus fuerunt ministri. 3 p. q. 25, art. 6.

(1) Brev. llom. passim.

(2) Ibid. 16 mai.

(3) Ibid. 19septemb.

(4) Nous ne résistons point au plaisir de citer ce beau texte : Cernere erat lingcntom pedes bestiam, cubare huini, mute testificantem scno quod sacrum virginis corpus violare non posset. Ergo adorabat praedam suam tcstia, et propriœ oblita natures, induerat quod homines amiserant... Tantum virginitas hàbet admirationis, ut eam etiam leones mirentur. Non impastos cibus flexit. Non stimulâtes ira exaspérât. Docuerunt religionem, dum adorant martyrem. Docuerunt etiam castitatem, dum virginis nihil aliud, nisi pedes, exosculantur, demersis in terram oculis, tanquam verecondantibus ne mas aliquis, vel bestia virginem nudam videret.

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et de l'autorité de ses Docteurs ; c'est bien le sens exact des paroles du saint Concile : Juxta catholicœ et apostoliçœ ecclesiœ iisutn a primœvis christianœ religionis Leniporibus reçeptum, sanctorumqiie pat non consentionem, et sacroriun conciliorum décréta.

La pratique de l'Église. Elle est ancienne comme l'Église ellemême. Pour qui veut remonter le cours des âges, un des faits les mieux établis de l'histoire, c'est le culte d'honneur rendu aux saintes reliques, dès les premiers siècles du Christianisme. En ces temps de foi vive, de courage indomptable, quand une persécution ou générale ou locale venait à éclater, onvoj^ait des chrétiens suivre en foule les martyrs au lieu même de l'exécution, recueillir leurs membres épars, tremper des linges dans leur sang, acheter au poids de l'or leurs ossements, ou ce qui en restait après que les bûchers étaient éteints, les envelopper d'étoffes précieuses, les renfermer dans de riches coffrets, les déposer en lieu sûr, les baiser avec respect, les vénérer avec amour, en attendant le jour, qui était proche, où, le vieux monde païen vaincu, l'Église victorieuse enfin et maîtresse d'elle-même allait leur décerner des honneurs publics, présider par ses pontifes à leurs translations, établir des fêtes, élever des temples, dresser des autels, jusqu'à édicter, pour (^u"il fût avéré aux yeux de tous, que c'était bien un culte religieux qu'elle entendait leur rendre, jusqu'à édicter donc, quelà seulement les divins mystères seraient célébrés, où il y aurait un Corps saint, ou quelque portion d'un Corps saint (1).

L'autorité des Docteurs. Autant la pratique de l'Église est constante, autant l'enseignement des Docteurs de l'Église est unanime. Fallùt-il faire un choix, en ne citant que ce qu'ils ont dit ou écrit de plus beau, plusieurs prônes ne suffiraient pas à épuiser la matière. Écoutons-les, du moins, pendant quelques minutes.

C'est Tertullien, dès le second siècle, qui nous montre les fidèles s'introduisantdans les cachots, trompant la vigilance des gardiens, se traînant dans l'ombre et comme en rampant, jusqu'aux Confesseurs de la foi, pour baiser leurs chaînes, reptant ad osculanda vincula 77tartyrum ; et il les loue, est-il besoin de le dire, de leur intrépidité.

(1) Ordonnance d'un Concile de Carthage, au IV* siècle. Elle fut renouvelée aux siècles suivants, notamment par le second Concile général de Nicée.

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C'est saint Basile, qui fait cette remarque : que si dans Tancienîie loi on tenait un corps mort pour impur, il en va tout autrement dans la nouvelle. Car quiconque touche les ossements des saints obtient par cet attouchement quelque grâce de sanctification (1).

C'est saint Cyrille de Jérusalem, dans sa dix huitième Catéchèse, -qui rappelle les deux résurrections de morts opérées par Elisée, l'une du fils de la Sunamite, l'autre d'un cadavre qui, jeté furtivement dans le tombeau du prophète, était redevenu vivant au contact de ses os. Il a fait ces deux miracles, ajoute-t-il, l'un pendant sa vie, l'autre après sa mort : et cela, afm que l'on n'honorât pas seulement l'âme des justes, mais qu'on crût aussi qu'une certaine vertu restait attachée à leur corps (2) .

C'est saint Ambroise, qui témoigne de sa foi sur cet article de nos croyances, et des motifs sur lesquels elle repose : J'honore dans la chair des martyrs les cicatrices des plaies qu'ils ont reçues pour le nom de Jésus Christ; j'honore leurs cendres^ devenues vénérables par le glorieux témoignage qu'elles ont rendu et rendent encore à la divinité de Jésus Christ; j'honore ce corps qui m'apprend à aimer Jésus Christ, au point de lui sacrifier le mien propre pour lui plaire (3).

C'est saint Jérôme, qui nous a laissé sur cette matière un traité et une lettre : un traité dans lequel il pique de traits acérés un hérétique de son temps, dont l'audace allait jusqu'à taxer d'idolâtrie le culte rendu aux reliques des Saints (4) ; une lettre où il •établit cette distinction théologiquement très exacte, et qui sous une forme concise résume tout l'enseignement : Nous n'adorons pas les reliques des martyrs, nous les honorons seulement, afin d'élever notre esprit jusqu'à Celui dont ils ont été les martyrs. Nous les honorons, pour que l'honneur qu'elles reçoivent de nous aille à Celui qui a dit : Qui vous reçoit, me reçoit (5).

(1) Martyris ossa si quis attigerit, ob gratiam corpori insidentem fit qiadantenus, sanctificationis particeps. In Psal. 115.

(2) ratech. 18, n. 8.

(3) Senno 55, in nat. S. S. martyr. Nazarii et Celsi.

(4) Le texte assez long et très ironique se réduit à celte pensée: Tons Tes Tiommes, iToi s, empereurs, sujets, papes, évêques, fidèles, seraient-ils fous? Et toi, Vigilance, serais-tu donc le seul à avoir de l'esprit ?

(5) Epistol. 53.

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Mais c'est saint Jean Ghrysoston-ie surtout qu'il faudrait citer ici ; soit quïl dise de quelle grande joie son âme serait remplie^ s'il lui était donné de visiter les tombeaux des glorieux Apôtres Pierre et Paul, de se prosterner à leurs pieds, de baiser leurs chaînes, de s'ensevelir dans cette poussière sacrée ; Qais dahit sacra illo obvolvi cinere? soit qu'il s'adresse à ses fidèles et leur crie : Allons aux saints martyrs, touchons leurs chasses, embrassons leurs saintes reliques, afin d'obtenir par leur moyen quelque bénédiction de Dieu (1) ; soit enfin qu'il célèbre la mémoire de saint Ignace, le jdIus illustre des successeurs de saint Pierre sur le siège; d'Antioche. Ignace avait été arraché de sa ville épiscopale, traîné, à Rome, et condamné aux bêtes. Mais de son corps dévoré par les lions, deux des principaux ossements restés intacts avaient été recueillis pieusement et rapportés à Antioche, heureuse de possé-' der un tel trésor. Qw^l beau sujet pour l'éloquence ! Et si c'est celui que toute l'Antiquité chrétienne a surnommé la Bouche d'or de l'Église grecque qui le traite, que n'est-on pas en droit d'en attendre ?

« Après qu'il eutdéposé sa vie, àRome,il nous revint couronné... Ptome s'est abreuvée de son sang, mais vous, vous vénérez ses restes sacrés. Dieu le sépara de vous, un moment, et il vous le rendit plus glorieux. Et comme ceux qui empruntent de l'argent, rendent avec intérêt ce qu'ils ont reçu; de même Dieu vousayantemprunté ce trésor précieux pour un peu de temps, il vous le rendit avec avantage. Car vous envoyâtes un évoque, et vous reçûtes un martyr; vous l'envoyâtes avec des prières, et vous le reçûtes avec des couronnes » (2).

Mais il nous reste à faire une troisième considération, nonmoins concluante que les deux autres.

Le culte des saintes reliques est légitime, parce que Dieu se sert de ces pieux restes pour accorder aux hommes de nombreuses grâces : c'est encore le mot du saint Concile : Per quœ multa bénéficia liominibus a Deo prœstantur. En d'autres termes, c'est Dieu lui-même directement qui l'autorise, ce culte, qui se déclare en sa faveur par un signe authentique, par une marque qui défie

(1) Homil . in plitres martyres.

^2) liomil. in S. Ignat. martyr.

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