‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 11 sur 223 · IV. — LE CULTE DES SAINTES IMAGES · texte numérisé non relu

IV. — LE CULTE DES SAINTES IMAGES

montre dans une vive image ce vaillant athlète (1). Saint Grégoire de Nysse décrit la Basilique du saint martyr Théodore, et nous raconte qu'on y voyait des fresques représentant -son noble courage, son supplice et sa bienlieureuse mort : La peinture, dit-il donne une voix à ces murailles; sans elle, elles seraient muettes (2). Saint Jean Ghrysostome nous dit que les fidèles de son temps portaient avec eux les images d'un saint dont la notoriété était grande dans tout l'Orient, de saint Mélèce, et allaient jusqu'à les faire peindre dans leurs chambres à coucher. Ce passage fut extrait des ouvrages du saint Docteur, et lu publiquement à la troisième session du septième Concile général, en attestation de la croyance des siècles antérieurs (3). Quel beau spectacle s'offrit à mes yeux, s'écrie saint Astère, au moment où j'allai franchir le seuil du temple de Dieu, pour me reposer dans la prière ! C'était le martyre de sainte Euphémie peint sur la muraille de l'un des portiques. Cette vue me combla de joie, et me mit comme hors de moi... Puis il décrit cette peinture, dans une deb plus belles pages que l'antiquité chrétienne nous ait léguées (4). Enfin, et pour ne pas piolonger ces citations, tout intéressantes qu'elles soient, saint Jérôme est admirable, lorsqu'il nous montre et nous fait suivre de l'œil, en quelque sorte, sainte Paule visitant les Lieux- Saints, répandant des torrents de larmes là où Jésus Christ avait versé son sang, et se prosternant devant la croix, pour l'adorer,, comme si elle eût vu le Sauveur encore attaché sur ce bois : Prostrataante crucem, quasi penclenteinDoniinu7n cerner et, adorabat (5).

Secondement: de la notion vraie et bien comprise de ce culte. Quelle est-elle, cette notion ? Faut-il dire avec les hérétiques du viiie siècle, connus dans l'histoiie sous le nom d'Iconoclastes, autrement dit, briseurs d'images, ou bien répéter avec les Novateurs du xvje, les Protestants : que cette pratique est une idolâtrie;, que vénérer les Images, les exposer en public, les porter procès-

(1) Apud LlBERMANN, t. 5, p. 470.

(2) Ibid.

(3) ROHRBACHEB, Histoire (ie VÉgl. t. 11, p. 207.

(4) In Dei templum otio oraturus me recepi. Vidi in una e porticibus picturans quamdam cujus species me omnino cepit. Sacra qui&dani femiaa, iutumeiaU, virgo,. suam Deo castitatem dicavit. Euphtmiam appelant, utc.

(5) Epist. 27. ad Eustoch.

sionnellement, faire fLim3r rencens en leur honneur: c'est violer le premier Gommandemsnt du Décalogue, et entreprendre sur les droits de Dieu, à qui seul l'adoration est due? Non, jamais; et béni soit Dieu qui a permis que le culte des saintes Images, quoique deux fois recommandable, et par son ancienneté, et par son universalité, trouvât des contradicteurs, pour fournira l'enseignement chrétien l'occasion de se formuler d'une manière si précise qu'il n'y eût désormais, ni équivoque dans les mots, ni pour aucun fidèle le moindre péril d'erreur quant aux choses. «Les Images de Jésus Clnist, de la Vierge Mère de Dieu et des autres saints, seront conservées principalement dans les églises, dit le grand Concile de Trente, au commencement de sa 25^ session ; on leur rendra l'honneur et la vénération qui leur sont dus ; non qu.e l'on croie qu'il y ait en elles quelque divinité, ou quelque vertu pour laquelle elles soient honorées, ou qu'on doive leur demander quelque chose, ni qu'il faille y avoir confiance, comme les païens le faisaient à l'égard de leurs Idoles; mais parce que l'honneur qui leur est rendu se rapporte aux originaux qu'elles représentent, de sorte que par le moyen des Images que nous baisons, devant lesquelles nous nous découvrons, et nous nous mettons à genoux : c'est Jésus Christ que nous adorons, ce sont les saints, dont elles portent la ressemblance, que nous honorons, comme il a été expliqué par les dé'-rets des Conciles, principalement par ceux du second Concile de Nicée » (1). Voilà en quels termes l'Église ■s'est prononcée. La notion exacte du culte des saintes Images est nettement indiquée. Nous n'adorons pas les Images, nous ne leur attribuons pas l'honneur suprême qui n'est dû qu'à Dieu. Nous ne leur reconnaissons aucune puissance, aucune efficacité, aucune vertu qui leui soit propre. Il est inoui que jamais un Catholique se soit exprimé ainsi : 0 Image, ô Statue, accorde-moi la grâce que je te demande... C'est-à-dire que le culte que nous rendons aux Images est un culte purement relatif. Il se termine, non à l'image elle-même, mais à l'objet que l'Image représente. Que vous saluiez, en recevant une lettre de l'Empereur, ïe cachet dont elle est munie, est-ce le plomb ou la cire que vous saluez ? Non certes, mais l'Empereur lui-même, disait un ancien Père, dont le dis-.

<1) Imagines Christi, Deipurx Virginis, etc. Sess. 25,

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