XXIX. — LES DEVOIRS MUTUELS DU POUVOIR ET DES SuWs 28T
de lieutenants de Dieu, de représentants de Dieu, d'hommes enfin, à qui Dieu confie le soin des affaires publiques, c'est Dieu quenous honorons en leurs personnes, c'est sa providence qui est le dernier terme de nos hommages : Si quem eis (principibus) ciil- '>im tribuimus, is ad Deum referlu)\ qui publici muneris proi uratione?n lis attribuit, quibusque iititur tanquani potestalis suœ mini s tris (1).
Obéissez au pouvoir, la preuve est plus facile encore, les textes abondent. C'est saint Paul qui écrit : Que toute âme soit soumise aux puissances supérieures ; car il n'y a point de puissance qui ne soit de Dieu, et toutes celles qui sont, c'est Dieu qui les a établies. Ainsi, qui résiste au pouvoir résiste à l'ordre de Dieu. Et pour qu'on ne se méprenne pas sur le caractère de cette obligation vraie obligation morale, il ajoute : Il faut obéir non seulement par crainte, mais encore par motif de conscience (2). C'est saint Pierre qui dit : Soyez soumis, pour l'amour de Dieu, à l'ordre qui est établi parmi les hommes ; soyez soumis au roi, comme ayant la puissance suprême, et à ceux auxquels il communique son autorité, comme étant envoyés par lui, pour la louange des bonnes actions, et la punition des mauvaises (3). Admirable enseignement ! Tel il fut aux premiers jours de l'Église, tel il n'a cessé d'être dans toute la suite des âges. Nous le trouvions hier encore sur les lèvres du deux cent soixantième successeur de saint Pierre : Il n'est pas plus permis de mépriser le pouvoir légitime, quelle que soit la personne en qui il réside, que de résister à la volonté de Dieu. C'est pourquoi, conclut-il, secouer l'obéissance et révolutionner la société par le moyen de la sédition, c'est un crime de lèse-majesté non seulement humaine, mais divine : Quapropler obedientiam abjicere, et, per vint multitudinis, rem ad seditionem vocave p^st crimen majestatis, neque humanœ tanticm, sed etiam divinœ (4).. Que de si salutaires ^ leçons ne sont-elles mieux écoutées des peuples et des rois ! Que ne se ressouviennent-ils, sans l'oublier jamais, de l'origine divine du pouvoir : ceux-ci, pour n'être point tentés de faire d'autres lois que celles que Diea
(1) Catech. Rom.
(2) Rom. cap. xiii.
(3) I Petr. cap. a.
(4) Immortale Dei.
ferait lui-même ; ceiix-ià, pour se soumettre sans effort, et, en répétant le mot de saint Paul, par conscience, à la plus haute des autorités, à l'autorité de Dieu î
Enfin, assistez le pouvoir ; c'est-à-dire qu'en principe, sinon en application rigoureuse, les devoirs des sujets envers le pouvoir, sont les mêmes que ceux des enfants à l'égard des parents. Assistez donc le pouvoir, aidez-le de vos prières, de votre argent, de votre sang, j'ose ajouter, de vos conseils. De vos prières : partout et toujours dans l'Église, même en pleine persécution, on a prié pour les pouvoirs publics; cette tradition remonte jusqu'aux Apôtres : Avant tout, dit saint Paul, je vous le commande, faites des supplications, des prières, des vœux, des actions de grâces, pour les rois et pour ceux qui sont élevés en dignité, afin que par leur sagesse à gouverner, nous menions une vie heureuse et tranquille (1). — De votre argent : l'État ne peut s'en passer; il lui en faut beaucoup pour les choses de la guerre et pour les choses de la paix. Pourvu qu'il soit équitablement réparti, et dans la juste mesure des besoins, l'impôt est légitime, et c'est conscience de le payer ; la réponse de Jésus-Christ à une question insidieuse des Pharisiens sur ce sujet, est dans toutes les mémoires : Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu (2) — De votre sang : tout à l'heure nous nommions les choses de la guerre ; nous y sommes ramenés : ce n'est pas assez qu'elles demandent l'impôt de l'or, elles exigent celui du sang ; il est dur, mais il est dû, et il continuera de l'être, jusqu'à ce que vienne, s'il doit venir un jour, le temps où le fer des lances sera changé en socs de charrue. — De vos conseils, ai-je ajouté; car, ainsi que le dit avec une grande sagesse l'Auteur inspiré des Proverbes : Là où les conseillers prudents font défaut, le peuple périt ; au contraire, là où des hommes éclairés se trouvent, la prospérité publique est assurée (3)... Qui donc députer vers le pouvoir, pour le conseiller, ce n'est pas assez dire, mais pour l'aider efficacement, et prendre une part active dans la gestion des affaires ? La réponse vient d'être faite, il ne saurait y en avoir de meilleure : des hommes prudents, éclairés,
(1) Rom. c. Il, V. 1. 2.
(2) Matth,, c. XII, V. 23.
(3) Prov. c. XI, V. 14.