XXIX. - LÈS DEVOIRS MUTUELS DU POUVOffi ET DES SUJETS
Tout le quatrième Commandement est expliqué. Pour le résumer dans un souhait : Puissent ceux qui relèvent de ses prescriptions, et à un titre ou à un autre, c'est tout le monde, accomplir fidèlement ies devoirs qu'il impose : les parents et les enfants leurs devoirs de parents et d'enfants ; les maîtres et les sei'viteurs, leurs devoirs de maîtres et de serviteurs ; les patrons et les ouvriers, leurs devoirs de patrons et d'ouvriers : les pasteurs et les fidèles, leurs devoirs de pasteurs et de fidèles ; les gouvernants et les gouvernés, leurs devoirs de gouvernants et de gouvernés I Qu'elle est redoutable la responsabilité des premiers, c'est-à-dire des supérieurs. Étant supérieurs, et en cette qualité chargés de plus d'obligations, ils auront à subir un jugement plus sévère: Judicium durissimum his qui prœsunt, fieù (1)... Malgré les apparences contraires, plus sortable la condition des seconds, c'est-à-dire des inférieurs. Aux petits, et pour cette raison là même qu'ils le sont, on fait plus facilement, miséricorde : Exiguo enim conceditur misericordia (2). . .
Bossuet, il le cite maintes fois, notamment dans VOraison funèbre de la reine ^'Angleterre ; dans son sermon sur les Devoirs des Rois ; et dans le suivant qui &> -pour titre : La justice.
(1) Sap. c. VI, V. 6.
(2) Ibid. V. vu.
CINQUIÈME COMMANDEMENT
PREMIER PRONE Le meurtre.
Non occides.
Vous ne tuerez point.
Non occides. Magna illaquaepacificis hominibus proposita est félicitas, qaoniamfilii Dei vocabmitur,pastores maxime commovere débet, ut praecepti hujus disciplinam fidelibus diligenter accurateque tradant.
Catech. Rom.
Le grand bonheur promis aux hommes pacifiques, desquels Jésus-Christ a dit : qu'ils seront appelés enfants de Dieu, est pour les pasteurs un motif très pressant d'expliquer aux fidèles avec beaucoup de soin le cinquième commandement : Non occides : Vous ne tuerez point. Car pour établir la concorde entre les hommes, il n'est pas de moyen plus efficace que l'observation exacte de ce précepte bien entendu, puisqu'il ne prêche qu'union et paix. C'est pourquoi, ajoute le Catéchisme Romain d'où nous tirons tout ce préambule, si, d'une part, c'est l'obligation des pasteurs de faire avec diligence sur ce sujet des Instructions soignées : TJt prœcepti hujus disciplinam fidelibus diligenter accurateque tradant ; d'autre part, c'est l'obligation des fidèles de les écouter attentivement et bien volontiers : Fidèles atte?îte libenterque prœceptum audire debent. Le devoir est tracé, à vous, le vôtre, à moi, le.
mien ; accomplissons du mieux possible, vous, le vôtre, moi, le- ,mien. Dieu nous aide de sa grâce...
Non oceides : Vous ne tuerez point. Quoique le Catéchisme Romain, et avant lui, saint Augustin et saint Thomas, n'aient point négligé cette face du sujet : il est à peine utile de dire, que le domaine de l'homme sur les créatures inférieures, et l'usage qu'il est autorisé à en faire, ne sont point en cause ici. Roi de ce monde, sous la suzeraineté de Dieu : qu'il agisse en propriétaire, ou tout au moins en usufruitier ; qu'il abatte les arbres de ses forêts, ou tranche les plantes de ses jardins; qu'il capture dans ses filets ou qu'il poursuive de son plomb rapide les vivants de l'air, de la terre, et des eaux ; finalement, qu'il tue, ou pour se nourrir, ou pour se vêtir, ou même pour se récréer, l'homme exerce un droit légitime. En vertu de la concession à lui faite par Dieu (1), même mise à part toute concession positive, en veitu de la raison qui veut que les choses moindres soient subordonnées aux choses plus élevées : à l'homme appartient toute vie inférieure à la sienne^ toute vie végétative, toute vie animale, pour les faire servir à ses usages. Il n'y a que la vie humaine toute seule qui soit soustraite à son empire; et c'est cette vie humaine toute seule qui est l'objet de la défense portée par le cinquième Commandement.
Non oceides : Vous ne tuerez point. Bien délimitée maintenant, et entendue dans l'unique sens que nous venons de dire, cette défense est ancienne, et fut souvent renouvelée — Ancienne ; Au chapitre cinquième de saint Matthieu, vous entendez Jésus-Christ dire à ses auditeurs : Vous savez ce qui a été dit aux Anciens : vous ne tuerez point : Audistis quia dictu^n est antiquis : non oceides. Qui, ces Anciens ? Adam, et ses premiers descendants. La mort d'Abel par les mains de Gain son frère, l'interventiun de Dieu •ur le lieu môme du crime, les remords cuisants du coupable, spn existence vagabonde : toutes ces choses, très présentes à vos esprits, supposent manifestement une loi prohibitive du meurtre déjà existan' e , soit positive, soit gravée au plus intime de la consciente ^
(1) Sur cette question, qui, pour être hors de contestation, ne manque pourtant pa»* , d'intérêt, voir le Catéchisme Romain : In eo autem quod caedes prohibentur etC- )â. Thomas 2. 2. q. 64. art. 1. S. Augustin : De Civit. Lib. 1. c. 20.