XXX. — LE MEURTRE
mais dans l'un et dans l'autre cas, émanée de Dieu (1). Qui encore, ces Anciens ? Noé et ses fils. Le premier monde submergé dans les eaux du déluge: au monde nouveau qui s'élève sur les débris de l'ancien, à cette société commençante qui renierme dans son sein toutes les générations futures, l'unique défense que Dieu fait est celle-ci : ne point commettre d'homicide : Je demanderai compte de votre sang, dit-il, à qui l'aura versé, soit homme, soit bête : Sangiiineni requiram animaru7n vestrai'um, de manu cunctaruni bestiarum, et de 7nanu hominis (2). Qui enfin, ces Anciens? Les Hébreux eux-mêmes. Gomme les précédentes, celte histoire vous est très connue. Toutes les tribus d'Israël sont au pied du Sinaï, Moïse est sur le sommet de la montagne, il reçoit pour la promulguer à nouveau et plus solennellement, la loi de Dieu, cette loi est gravée sur la pierre, où elle sera moins sujette à s'effacer que dans la conscience humaine, elle se compose de dix préceptes, abrégé substantiel de tous les devoirs de l'homme envers Dieu, envers ses semblables, envers lui-même. Or, de ces dix préceptes, le cinquième est celui-ci : Non occides (3) : Vous ne tuerez ])oint. Deux mots l'expriment; mais dans ces deux mots toute une législation est renfermée — Souvent renouvelée. Qui donc l'ignore ? Qui n'a suffisamment parcouru les Écritures pour ne savoir pas qu'en cent endroits divers, le meuj'tre est très explicitement condamné, très sévèrement puni? Au livre de l'Exode : Vous ne tuerez point l'innocent et le juste, dit le Seigneur, car j'abhorre le méchant qui verse le sang (4). Au livre des Nombres : Si quel qu'un frappe, ou avec le fer, ou avec une pierre, ou avec une branche d'arbre, et que celui qui aura été frappé, meure du coup qui l'a atteint, le meurtrier sera puni de mort (5). Au livre du Deutéronome : Si quelqu'un, haïssant son prochain, a cherché l'occasion de le surprendre, et de lui ôter la vie, et que l'attaquant, il le frappe et le tue, on le livrera aux mains des parents de celui qu'il
(1) Gen. c. IV.
(2) Ibid. c. IX. Dieu a tant d'horreur des meurtres, dit Bossuet sur ce passage, et de la cruelle efifusion du sang humain, qu'il veut en quelque sorte qu'on regarde comme coii| ables jusqu'aux bêtes qui le versent. Politique sacrée,
(?) ExoD. r. XX.
(4) ExoD. Ibid.
\ii) iNuM. cup, xxili, V, 16. 17. 18.
aura tue, et il' sera puni de mort (1). Au livre des PsauiTics : L'homme trompeur, l'homme de sang, voilà Thomrne que le Seigneur abomine (2). Au livre des Proverbes, même pensée exprimée à peu près dans les mêmes termes : Il y a trois choses que Dieu a en horreur, des yeux altiers, la langue menteuse, et les mains qui répandent le sang innocent (3). Et Jésus Christ dans TÉvangile : Vous ne tuerez point; quiconque aura tué sera condamné en jugement; ce précepte donné aux Anciens, je le maintiens, et j'y ajoute même : quiconque se mettra en colère contre un de ses frères sera condamné en jugement (4). Et saint Paul dans ses Épîtres : Elles sont manifestes les œuvres de la chair : l'adultère, la fornication, l'impureté, la dissolution, Tidolàtiie, les empoisonnements, les inimitiés, les querelles, les meurtres, et autres choses semblables, dont je vous déclare, comme je vous l'ai déjà dit, que ceux qui les font, n'entreront pas au royaume des cieux (5). . . N'insistons pas davantage, jamais loi, divine ou humaine, ne fut plus clairement édictée, plus amplement notifiée.
Non occides : Vous ne tuerez point. Cette défense est de toutes la plus générale dans ses applications. Jamais prohibition n'en contint un plus grand nombre d'autres. Voilà bien l'hommetel que Dieu l'a fait, avec ses droits et ses devoirs;/^ ne doit ni tuer, ni êtretué. Ainsi que les comparaisons, les suppositions ont cet avantage de jeter beaucoup de lumière sur les !^•ujets que l'on traite. Je suppose donc un homme ayant sur ses semblables, à un titre ou à un autre, quelque suprématie, ou la suprématie de la richesse, ou la suprématie de l'esprit, ou la suprématie du rang : c'est un prince, c'est un roi, c'est un puissant de la terre, un homme supérieur enfin : lui est-il défendu de tuer, de son autorité privée, en dehors de l'ordre de justice ? Oui, certainement, il lui est défendu de tuer : non occides, la défense est générale, elle ne comporte d'exception pour personne ; Quoadeos quicœdern faciunt, nemo plane excipitur, non divites, nonpotentes, non domini :sed delectu omni
(1) Deux. c. xix", v. 11, 12.
(2) PSAL. V, V. 7.
(,3) Prov. c. VI, V. 17.
(4) Matth. c. V, V. 21,22.
(5) G AL AT. c. V, V. 20. -21.