XXX. — LE MEURTRE
et discrimine remofo, occidere vetitiun est omnibus (1). Je fais l'.ine autre supposition, et je la tire de celui sur qui s'exerce Taction : Par exemple — permettez-moi pour un instant ce langage, peu évangélique, je le reconnais, et pourtant trop usité dans le inonde — par exemple, donc : ou bien, c'est un homme de rien, un esclave, un mendiant, un vagabond, comme Gain, un déshérité delà nature, un insensé; ou bien, c'est un vieillard, à charge à lui-même et aux autres, ou bien, c'est un soldat blessé à mort sur le champ de bataille, et qui n'a plus que le souffle ; ou bien, c'est un enfant qui naît, et dont la vie sera de longues années à se développer, avant de devenir utile; ou bien, pour pousser plus 'loin, c'est un enfant encore à naître ; ou bien, pour aller jusqu'au bout, ce n'est encore qu'un germe d'homme^ à peine reçu dans le sein qui doit le féconder: ces êtres divers, celui-ci ou celui-là, estil défendu de les tuer? Oui, certainement, il est défendu de les tuer, non occides ; ici encore la défense est générale ; où Dieu ne distingue pas, il ne nous est pas loisible de distinguer: cet esclave est un homme, ce mendiant est un homme, ce vagabond est un homme, ce déshérité de la nature est un homme, cet insensé est un homme, ce vieillard, ce paralysé est un homme, ce soldat mutilé est un homme, cet enfant à peine né est un homme, cet enfant à naître est un homme, ce germe dliomms est un homme, au moins en ébauche (2): Si vero ii spectanticr qui interficiuntur, ad oinnes hœc lex pertinet ; nec quisquam est tam humilis et abjeclœ conditionis homo, quin legis hujus vi defeyidatur (3)... Quiconque, dit le Seigneur, tuera le meurtrier Caïn sera lui-môme tenu pour meurtrier, et comme tel, puni sept fois (4). Dans le roi Achab qui tue Nàbotli, son sujet pauvre et sans défense, pour s'emparer de sa vigne, l'histoire a vu unmeuririer (5). Dans l'Amalécite qui tue Saûl blessé à mort et ne pou-
(1 Catech Ronî.
(2) Homicidii festinatio est prohibere nasci ; nec refert natam quis eripiat animam, an nascentem disturbet ; homo est et qui est futurus. Traduisons ce passade ; C'est un homicide anticipé, que d'empêcher de naître ; entre tuer une vie déjà éclose, et laire obstacle à son éclosion, où est la dififcrence ? C'est un homme, ce sang qui se transforme en homme. Tertullien. Apologet. c. 9.
(3) Catech. Rom.
(4) Gen. c. IV.
(5) III. Reg. c. XXI,
Tant mo'irîr, David, et avec David, tout le monde a vu un meurtrier (i) Dans Hérode qui tue par milliers les petits innocents de- Bethléem, l'Église n'a cessé de voir le plus cruel des meurtriers, et chaque année, au jour commémo)'atil de ces aimables créatures, elle met dans la bouche d'une de leurs mères, ce cri : Quid séparas a me, quem geniii ex 7ne ? Caule portavi, qvem a te video manu crudeli jactari. Modo euin effaderunt viscera mea et tu elidis ad terrain (2)...
Mais le sujet n'est pas épuisé. La question de personnes n'est pas toute la question. Il y a la question de mode. Non moins que le meurtre direct, le meurtre indirect est défendu. On appelle de^ ce nom, toute mort d'homme provenant, comme effet prévu ou facile à prévoir, d'un acte ou volontairement posé ou volontairement omis.
Exemple : Vous ne tuez pas, à la vérité, de votre propre main, mais vous commandez de le faire, vous fournissez les moyens de le faire, vous conseillez de le faire, ne serait-ce que }>ar signe, comme ce Romain qui, prié de donner son avis sur la conduite à tenir à l'égard de tels et tels personnages, fit couper sous les yeux de ceux qui étaient venus le consulter, les plus hautes têtes des pavots de son jardin.
Autres exemples : Vous, témoins dans une cause capitale, vous déposez à faux contre un accusé, ou bien, vous, jurés, vous le condamnez sans raisons assez fortes pour motiver une telle sentence ; vous, médecins, vous n'avez pas la science suffisante de l'art de guérir, ou bien, si vous l'avez, vous n'en usez pas, dans tel cas grave, ou bien, vous prescrivez des remèdes douteux, et faites des expériences, comme l'on dit trop dédaigneusement, in anima vili... Et vous aussi, gardes-malades, si dans l'office que vous tenez de la confiance ou publique ou privée, vous envisagez moins le devoir qu'il impose que le gain qu'il rapporte ; et vous, mari, si vous traitez durement, ou même rudoyez votre épouse, quevous savez être dans une situation, c'est le moins qu'on puisse dire, qui commande des égards : et vous, mère, ou imprudente, ou négligente, ou mondaine, qui vous déchargez sur des subal-
(1) II. Reg. c. I.
{i)Brev. Rom. la oct. SS. Innocent.