XXX. — LE MEURTRE
en rémission de ses péchés : Pœnilentiani agile, et haptisetui^ unusquisque vestrifm, in noinine Jesic Christi, in remissionem peccatorum (1). Cette réponse est la nôtre. Qu'il fasse pénitence, l'homme coupable qui a trempé ses mains dans le sang de l'un de ses frères ; que les larmes de son repentir lui soient comme un. uouveau baptême. . . in remissionem peccati.
<1) ACT. c. II, V. 37. 38.
CINQUIÈME COMMANDEMENT
Le suicide.
Non occides.
Vous ne tuerez point.
Neque vero seipsum interficere cuipiam fas est ; cum nemo vitae suae ita potestatem habeat, ut suo arbitratu mortem sibi consciscere liceat.
Catech. Rom.
Après avoir exposé la doctrine sur le meurtre en général, ainsi <:pienous l'avons fait dans la précédente Instruction : c'est justice, non seulement de traiter du suicide, parce qu'il est un vrai homi- <;ide, mais encore de lui donner parmi les homicides la première place. Pourquoi ?
Premièrement, parce qu'il est de tous les homicides, le pins ^rave.
Secondement, parce qu'il est de tous les homicides, le plus préjudiciable à son auteur, qui en est en même temps la victime.
Troisièmement enfin, et pour dire des choses plus actuelles, parce que, de rare qu'il était autrefois, il est devenu, en notre temps, de tous les homicides, le plus commun.
Commençons ; et que Dieu nous aide de sa grâce...
Que le suicide, c'est-à-dire, comme le mot l'indique, l'attentat volontaire, prémédité, directement ou indirectemeot commis par
304 Le décalogue
un homme sur sa propre vie : que le suicide, dison?-nous, soit un vrai homicide, il n'est besoin que d'un très court raisonnement pour s'en convaincre. Celui qui se tue lui-même, tue un homme. Puisque, au lieu de dire : Tu ne tueras pas les autres, la loi porte simplement: Tu ne tueras pas : non occides, cela signifie : Tu ne te tueras pas plus toi-même que tu ne tueras les autres. Ainsi l'ont entendu, et l'entendent tous les Théologiens, avec saint Augustin à leur tète : Restai ut de homine intelliga7nus quod diclinn est: non occides: non alterum, ergo nec te. Neque enim qui se occidit, aliud quatn hominem occidit (1).
Mais nous ne sommes encore qu'aux préliminaires du sujet. Nous avons dit que de tous les homicides, le suicide était le plus grave, le plus préjudiciable, le plus commun.
Le suicide est de tous les homicides, le plus grave. Non en ce sens, ù la vérité,, qu'il soit plus attentatoire aux droits de Dieu que l'homicide lui-même simplement dit. Comme le simple homi- <îide, mais pns plus que le simple homicide, le suicide entreprend sur le souverain domaine de Dieu, de Dieu à qui seul appartient de donner la vie, à qui seul également appartient de la reprendre, c'est le mot des Écritures : Ego occidam, et ego vivere faciam (2) : conséquemment, sous ce rapport l'homicide et le suicide sont de même nature, sans que la culpabilité de celui-ci l'em porte sur la culpabilité de celui-là. Ni non plus en ce sens, que le suicide soit plus dommageable à la société que l'homicide simplement dit. L'un et l'autre, mais pas plus l'un que l'autre, [font la même chose, et dans une mesure égale ; chaque individualité humaine étant le membre d'un corps, et la partie d'un tout, tout homme qui se tue lui-même, et tout homme qui en tue un autre, enlèvent à la société, qui est ce corps, qui est ce tout, un membre qui lui est propre, une partie qui lui appartient, et dont elle ne peut être privée, sans être lésée dans ses droits : Quilibet homo est pars coinmunitatis; et ita id quod est, est conimiuiitatis (3); dès lors, sous ce rapport, comme sous le précédent, l'homicide et le suicide se ressemblent, et la culpabilité est la même. En quel
(3) s. AuGUST. De Civit. lib. ]. c. 20 ad fînenï*
(2) Deux, c xxxii. v. 39.
<3) S. Thom. 2. 2. q. 64. art. 5.