‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 110 sur 223 · XXXI. — LE SUICIDE · texte numérisé non relu

XXXI. — LE SUICIDE

vant ce corps mutilé ; l'encens ne fumera pas sur cette dépouille déshonorée ; le prêtre ne l'accompagnera pas à sa dernière demeure , la croix ne surmontera pas la fosse de ce criminel impénitent ; jusqu'au jour où elle sera sécularisée, la loi humaine ellemême n'aura que des rigueurs pour ce cadavre (1).

Mais il nous faut achever cette démonstration. Considéré en lui-même, déjà le plus grave de tous les péchés que le cinquième Commandement défend ; également le plus préjudiciable, nous venons de le dire, à son auteur qui en est aussi la victime : le suicide est devenu, de nos jours, le plus commun.

Il était rare autrefois; on vivait presque une vie d'homme, sans que les oreilles fussent scandalisées parle récit d'un suicide. Que les temps sont changés ! Présentement, il est peu de jours où ne nous vienne quelque nouvelle en ce genre de forfaiture. Tous les rangs, toutes les conditions, tous les âges, la vieillesse, l'âge mûr, et la jeunesse aussi, et l'adolescence elle-même (2), paient le fatal tribut. C'est par milliers que se comptent, chaque année, ces destructions criminelles d'existences humaines. Les statistiques officielles établissent parle témoignage irrécusable de leurs chiffres, qu'il suffirait de deux ou trois périodes quinquennales pour que le nombre de ces morts volontaires égalât le nombre de morts que ferait une grande guerre (3). Pourquoi cela? Pourquoi cette

(1) Voir dans GoscHLKR, les prescriplioîis des diverses législations sur ce sujet. Diction, de Théol. t. 22. p. 484. — Un auteur français quia écrit jour par jour l'histoire de son temps, raconte ce qui suit sur un fait de suicide accompli en Normandie, au commencement du siècle dernier : On fit enlever le cadavre sur une espèce de claie faite avec des branchages dépouillés de leurs feuilles, couché sur le ventre, et côte à côte avec un chien mort; ensuite on le fît traîner sur cette claie par un âne, en ayant soin que les pieds de l'iionnno fussent attachés à la queue de la bête, jusqu'au gibet où les valets du bourreau l'enfouirent sous la potence, avec le corps du chien. (^Souvenirs de la marquise de réqui, t. 1.)

(2) Elles étaient inconnues autrefois ces morts volontaires d'enfants. Depuis 18f^5, il y en a quatre- vingls cas par an, en moyenne, pour les enfants au-dessous de seizo ans, et plus de trois cent cinquante pour les jeunes gens de seize à vingt et un ans. Voilà, par le suicide, quatre à cinq cents vies humaines détruites, chaque année, dans leur épanouissement, des vies dont le pays est privé par suite de la perversion morale de la jeunesse {Univers, 17 avril 1890.)

(3) On a publié récemment la statistique des suicides en France pour Tannée 1887; il y en a eu 7,572 (Univers, 5 octobre 1888). Une des causes de la dépopulation à signaler, c'est l'augmentation des suicides. La France en est arrivée à perdre, en de courtes périodes d'années, par la mort volontaire, autant d'hommes qu'il y a eu de.

différence entre autrefois et aujourd'Iiui? L)'où vient la progression toujours croissante d'un crime que la raison seule suffirait à démontrer funeste ? Réponse : de Taffaiblissement de la foi, de la corruption des mœurs, des livres.

De l'affaiblissement de la foi : qui ne le voit clairement ? Du jour où l'on ne croit plus en Dieu, ni à la spiritualité de l'âme et à sa survivance au corps, ni aune autre vie, rémunératrice pour les bons, terrible aux méchants et vengeresse de leurs crimes: si la vie pèse, même sans raison vraiment sérieuse, par pur dégoût de l'existence, on s'en débarrasse comme d'un fardeau gênant. On Ta dit très justement : Il n'y aurait que bien peu de suicides, s'il n'y avait pas tant d'incrédules. A moins qu'il n'ait plus lalibertéde ses actes, qui donc, s'il croit à l'enfer, voudrait commettre un péché comme celui-ci, un péché qui conduit tout droit à l'enfer, et le plus irrévocablement possible, puisqu'il n'est plus susceptible de pardon ?

De la corruption des mœurs : qui ne le voit non moins clairement ? Une âme molle, sensuelle, énervée par les plaisirs, saturée de jouissances, est impropre aux luttes de la vie. Vienne une disgrâce, un revers, une ruine, une catastrophe quelconque, une de ces choses enfin contre lesquelles aucune existence humaine n'est à l'abri : cette âme n'a plus assez de vigueur, ni assez de ressort, elle est comme désemparée; et si d'ailleurs l'idée de Dieu est absente, ainsi que nous le disions tout à l'heure ; s'il n'y a là aucune force supérieure qui la soutienne, cette âme, ou qui la relève : c'est alors, comme l'a exprimé dans un langage peut-être vulgaire, mais qui a son éloquence pourtant, c'est alors que le fer, le ; poison, le réchaud, la corde et les rivières, remplacent les croyances qui ont disparu, et l'espérance naufragée.

Des livres enfin, des livres qui mènent directement, ou par des voies détournées, mais sûres, à l'affaiblissement de la foi et à la corruption des mœurs. Saint Augustin nous fait lire presque au début du plus magistral de ses Ouvrages, qu'un homme, admirateur passionné de Platon, ayant lu de ce philosophe son traité de l'im- , mortalité de l'âme, épris plus que de mesure du désir de posséder

soldats tués dans la guerre de 1870. Pour le dernière période quinquennale, le chiffre des suicides s'élève à plus de 35,000. Et ce ne sont là que les cas officiellement constatés. {Univers, 17 avril 1890).

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