‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 113 sur 223 · XXXII. — LE DUEL · texte numérisé non relu

XXXII. — LE DUEL

<€ provoqués, acceptent le combat, n'ont pas une excuse légitime

< dans la crainte qu'ils éprouvent de passer communément pour « lâches, s'ils refusent de se battre. Car s'il fallait mesurer les

< devoirs des hommes aux fausses opinions de la foule, et non « d'après la loi éternelle de la justice et de l'équité, il n'y aurait « pas de différence naturelle et véritable entre les actions honnêtes « et les faits honteux. Les Sages d'entre les païens eux-mêmes ont « su et enseigné que le mortel courageux et constant, devait mé- « priserles jugements trompeurs du vulgaire. La seule crainte juste « et sainte ici, c'est celle qui détourne l'homme d'un meurtre inique, « lui donne le souci de sa propre vie et de celle de ses frères. En « outre, celui qui dédaigne les vaines opinions de la foule, qui c aime mieux subir la flagellation des outrages, que d'être infi- « dèle jamais à son devoir, celui-là paraît être d'une âme plus « grande et plus élevée que l'autre, qui court aux armes ai- « guillonné par l'injure. Bien plus, à juger sainement, il est le « seul chez qui brille le courage solide, ce courage, dis-je, qui s'ap- « pelle vraiment la vertu, et qu'accompagne une gloire ni Irom- « peuse ni mensongère. La vertu, en eifet, consiste dans le bien en « accord avec la raison; et toute gloire, si elle n'est fondée sur € l'approbation de Dieu, est une gloire stupide (1). »

Enfin, la certitude que, vu les conditions dans lesquelles il se fait, le combat n'aura pas d'issue fatale : non plus que les précédentes, cette raison ne vaut. Cette certitude que vous croyez avoir, en réalité vous ne l'avez pas. Quand deux adversaires s'alignent sur le terrain, vous ignorez, et ils ignorent eux-mêmes quelle sera l'issue de la lutte. Que de duels commencés avec l'intention de se faire le moins de mal possible, ont Qni par la mort de l'im des combattants (2)... Vous le dites, et je veux bien le croire: cette épée estinoffensive, cette arme à feu n'est pas chargée, c'est moins un duel qu'un simulacre de duel; il n'importe, le duel fictif luimême est un crime, à raison du scandale qui en provient.

Ne nous étendons pas davantage. La première démonstration

(1) Lettre de Léon XIII aux Archevêques et Evêqiies d'Antriohft.

(2) Nous avons sous les yeux la liste, depuis 1870 jusqu'à aujourd'hui, des dveU «élèbies, si on peut les appeler de ce nom, qui contrairement aux conventions, so «ont terminés par mort d'homme. Us sont au nombre de 1(3. Combien d'autres, plu^i obscurs, n'ont point trouvé place dans les statistiques, (Note de l'Auteur;.

est faite : Rien ne justifie le duel, ni son origine, ni son utilité, qui n'est que prétendue, ni le devoir résultant d'un ordre, ni ledroit, par ce moyen^ de venger l'honneur, ni la crainte de passer pour lâche, ni la certitude, puisqu'elle n'existe pas, que le duel n'aura point d'issue fatale.

Et maintenant faut-il ajouter, pour surabondance déraison: qu'en même temps que rien ne justifie le duel, tout le condamne, tout sans exception : la loi naturelle, la loi divine positive, la loi ecclésiastique, la loi civile elle-même?...

La loi naturelle condamne le duel. La loi naturelle ne veut pas qu'on entreprenne, ni sur les droits de Dieu, ni sur les droits de la société ; conséquemment elle interdit un acte qui, de sa nature, est attentatoire tout à la fois aux droits de Dieu, seul maître de la vie et de la mort ; et aux droits de la société, qui, instituée par Dieu juge unique des droits et des devoirs de chacun, et à cet effet, ayant des lois, des tribunaux, des magistrats, ne peut souffrir que tel ou tel de ses membres se fasse législateur, juge et bourreau dans sa propre cause, en attachant, de son autorité privée, la peine de mort, ou la peine de mutilation, à une offense qui peut être en soi la plus frivole et la plus légère du monde. Du jour où la justice privée, s'il est permis de l'appeler de ce nom, sesubstituerait à l'exercice régulier de la justice publique, c'en serait fait de la société.

La loi divine positive condamne le duel. En la matière qui nous occupe, nous en connaissons la formule : Non occides, vous netuerez point, dit le Seigneur. Vous ne tuerez point quelqu'autrehomme, non occides ; vous ne vous tuerez point vous même, car se tuer soi-même, c'est tuer un homme, non occides. Or, le duel est tout à la fois l'homicide d'un autre, et l'homicide de soi. ou tout au moins le danger de l'homicide d'un autre, et de l'homicide de soi. Des deux combattants, chacun cherche à tuer l'autre, ce qui constitue pour chacun le crime d'homicide d'un autre. Pareillement, des deux combattants, chacun accepte de se laisser tuer par l'autre, ce qui constitue pour chacun le crime d'homicide de soi. O coutume détestable ! 0 invention diabolique !

La loi de l'Église condamme le duel. Témoins les Théologiens, tous unanimes sur ce point, tous concluant, en matière de duel, au péché mortel exceptionnellement grave. Témoins les Évêques^

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