‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 117 sur 223 · XXXIV. — LA PARTIE AFFIRMATIVE DU CINQUIÈME PRÉCEPTE 33 î · texte numérisé non relu

XXXIV. — LA PARTIE AFFIRMATIVE DU CINQUIÈME PRÉCEPTE 33 î

la pensée de l'injare reçue ; mais la nuit, l'obscurité, le secret et la solitude, le laissant tout seul, lui rappellent toute sorte d'images fâcheuses, et les ondes de la colère s'élèvent plus fort, et l'inflammation se met dans la plaie (1).

Commandement, il faut le reconnaître, difficile à accomplir, mais par la grâce de Dieu, non impossible. Plusieurs mesurant les préceptes de Dieu à leur faiblesse, sans tenir compte du secours d'En-Haut, les tiennent pour impraticables : Ils disent qu'il suffît de ne pas détester ses ennemis, mais que les aimer c'est plus que ne peut la nature humaine. Erreur, un tel langage. Qu'on le sache bieiî : Dieu commande des choses parfaites, non des choses impossibles C'est la leçon que l'Église nous fait lire, au jour où elle célèbre la fête d'un Saint dont la vertu, sous ce rapport, fut mise à une bien rude épreuve. Jean Gualbert est son nom. Jean Gualbert, qui mourra sous l'habit monastique, est encore séculier, gentilhomme, et porte l'épée. Un jour de Vendredi- Saint, il rencontre dans un chemin si étroit, qu'il n'y a passage que pour un homme à la fois, le meurtrier de son frère, seul et sans défense. Que va -t-il faire? Se précipitera-t-il sur lui, pour le transpercer de son arme ? Sa colère, qu'il peut croire légitime^ l'y pousse ; le droit alors en usage Ty autorise... Mais c'est le Vendredi-Saint ; le commandement d'aimer ses ennemis, qui est le commandement, non d'un jour, mais de tous les jours, en celui-ci pourtant lui revieiit à l'esprit plus impératif que jamais, renforcé qu'il est par l'exemple d'un Dieu. Il aborde donc son ennemi, le salue, l'embrasse, et lui cède le pas... Preuve convaincante, puisqu'elle s'incarne dans un fait, que Dieu commande, non des choses impossibles, mais des choses parfaites : Sciendiim est crgo Christum non impossibilia prœeipere, sed perfecta (2)

Commandement d'ailleurs, qui n'impose à personne le sacrifice de sa dignité. Interrogé par le Pontife, et sur sa réponse frappé au visage par un valet, Jésus dit à cet homme: Si j'ai mal parlé, faites voir que j'ai mal parlé, mais si j'ai bien parlé, pourquoi me fraf:pez,-YGUS ( (3; Autre exemple: Saint Paul était

(i) BOSSUET. Serwons.

(2) In fest. S. J. Gualb. 12. iULii, Brev. Rom. Lect. 7»

(3f JOAMS, c. XYUI, Y. 23.

chrétien, certes^ autant quequique ce fût; hâtons-nous d'ajouter: niv'iis aussi peu timide que qui que ce fût. Toute sa vie en témoigne. Qu'on le veuille mettre à la question, et le faire fouetter, il répond au Préteur qui a commandé cet acte arbitraire : Est-ce qu'il vous est permis de fouetter un citoyen Romain, s'il n'a été dûment condamné : Si hotninem romanum et indemnatum licet vobis flagellare ? Ce qu'ayant entendu, les licteurs eurent peur •et se retirèrent : Protinus ergo discesserunt ab illo, qui eum torturi erant. (1). A la vérité, quelque temps auparavant, comme -nous le voyons au chapitre seizième des Actes, il avait été moins ^heureux. Cette fois, on l'avait battu de verges et jeté en prison avec Silas, le compagnon de ses travaux. Mais attendons, l'issue de l'affaire n'en sera que plus glorieuse pour les deux apôtres. Le lendemain de leur incarcération, dès l'aube, les magistrats, soit qu'ils fussent honteux de l'abus de pouvoir qu'ils avaient commis, soit plutôt qu'un tremblement de terre survenu dans la -nuit, et qu'ils prirent pour un avertissement du Ciel, les eût remplis d'effroi, envoyèi'ent leurs gens dire au geôlier : mettez ces hommes •en liberté... Non pas, répondit Paul, non ita; quoi! après nous avoir publiquement battus de verges, sans que nous ayons été entendus, nous qui sommes citoyens romains ; après nous avoir I mis au secret, et liés comme de vils malfaiteurs, ils voudraient maintenant nous renvo^^er sans bruit... qu'ils viennent euximêmes nous tirer de prison ; qu'ils réparent l'injure qu'ils nous •ont faite. Et la fière réponse de Paul ayant été portée aux magistrats, ceux-ci vinrent, firent des excuses, mirent les deux prisonniers hors de la geôle, et les supplièrent de s'en aller : Et veniev.tes, deprecati sunt eos, et educentes rogabant ut egrederentur de urbe (2).

Commandement, enfin, dont l'observation, pratiquement parlant, doit se traduire par le pardon des offenses, qui est excellemment l'acte de charité, l'acte plénier de cette vertu, et que nous •devons accomplir, en y mettant le plus de soin possible: At longe vero omyiium prœstantissiTnum offlciuin quod charita- •tis plenissimum estj in quo maxime nos exercer e convenit.

(1) ACT. c. XXII, V. 25.

(2)Ibid. c. XVI, V. 19-40.

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