‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 118 sur 223 · XXXIV. — LA PARTIE AFFIRMATIVE DU CINQUIÈME PRÉCEPTE · texte numérisé non relu

XXXIV. — LA PARTIE AFFIRMATIVE DU CINQUIÈME PRÉCEPTE

iUiid est, ut injurias quas accepimus œquo animo remittamus atque condonemus (1). Ainsi s'exprime le Catéchisme Romain ; et chose très digne de remarque ; alors que sur une foule d'autres points de doctrine, il indique plutôt qu'il ne développe, ici il in^ dique et développe tout à la fois. 11 indique trois raisons du pardon des offenses, et les expose si bien^ que le disciple n'a rier\! de mieux à faire qu'à citer le Maître presque textuellement. -» La première : que la personne qui nous a offensé et sur laquelle'» nous voulons faire tomber notre vengeance, n'est pas toujours la principale cause du dommage que nous avons à souffrir. Accablé de mauvais traitements lui venant de toute part, le plus vertueux homme des anciens âges. Job, s'en prend-il aux Sabéens, aux Ghaldôens, au démon surtout? Tout autre l'eût fait; lui seul ne le fait pas : Le Seigneur m'avait tout donné, s'écrie-t-il, le Seigneur m'a tout ôté; que son saint -nom soit béni (2). Ces paroles, et l'exemple d'un tel homme sont bien propres à nous convaincre, que ce que nous souffrons dans cette vie, vient non des hommes, qui ne sont que des instruments de Dieu, ministri et quasi satellites Bei, mais de Dieu lui-même, et que celui-ci étant père avant tout, les maux qu'il nous envoie sont moins pour nous punir comme ses ennemis, que pour nous corriger comme ses enfants : Neque vero llle, cujus est immensa benignitas, ut inimicos punit, sed ut filios corrigit et castigat (3). — La seconde : que la rancune et la vengeance abondent en suites funestes, et comme inévitables. C'est pourquoi, ajoute-t-il, le Pasteur fera sentira ceux qui ne peuvent se résoudre à pardonner, que la haine n'est pas seulement un grave péché, mais que l'obstination sur ce point la rend exceptionnellement criminelle, diuturnitate gravius. Celui qui nourrit cette passion dans son âme, est comme altéré du sang de son ennemi, il s'ingénie jour et nuit à trouver des moyens de nuire, Les plus noirs projets sont comme le tout de ses pensées. C'est donc très justement qu'on a comparé la blessure que fait la haine à une plaie dans laquelle le dard resto enfoncé : Quare marito 'Qulneri comparatur, oui telum inflxiim hcçsit (4). ~ La'

ii)Catech. Rom,

(2) Job. c. t, V. 21,

(3) Catech. Rom,

(4) Ibid.

troisième enfin : qu'en pardonnant au prochain, nous en tironsdeux précieux avantages ; le premier : de ressembler à Dieu ; à Dieu dont le propre est d'être miséricordieux, et de l'être en tout temps, Deus cujus proprium est misereri semper etparcere (1)^ à Dieu, les saintes Écritures le disent, et nous le voyons tous les jours, qui fait luire son soleil sur les méchants aussi bien que sur les bons, et pleuvoir sur les injustes comme sur les justes euxmêmes (2). Le second : qui est de se préparer à soi-même un pardon facile; Dieu ne saurait se laisser vaincre en miséricorde ; d'ailleurs sa parole est engagée ; il faudrait déchirer vingt pages, de l'Évangile, si le pardon, octroyé par nous, des offenses qu. nous sont faites, n'était pas un des plus sûrs moyens d'obtenir décharge auprès de Dieu, des innombrables péchés que nous commettons chaque jour envers lui.

Et maintenant, quelle conclusion tirerons-nous d'un enseignement si autorisé et si complet ? Qui ne le voit ? Qui ne voit que nous avons, en général, le devoir d'aimer le prochain, tout le prochain, et de garder, s'il se peut, la paix avec tout le monde, comme s'exprime saint Paul : Si fieri potest^ quod vobis est, cum omnibus hominibus pacem habentes (3) ? Et si du général nous allons au particulier, qui ne comprend que le pardon des offenses est une loi, un devoir, une obligation, au sens rigoureux du mot, et non, comme on est trop porté à le croire, une chose purement facultative, un objet de luxe ? — Jugement sans miséricorde, à qui n'aura pas fait miséricorde; c'est le mot des Écritures (4). — La mesure dont vous vous serez servi pour autrui, c'est de cette même mesure que l'on se servira pour vous ; c'est encore le mot des Écritures (5). — Je vois, toujours dans les Écritures, un Agneau qui ôte les péchés du monde, et les efface ; on me le montre du doigt : Ecce Agnus Dei, ecce qui tollit peccata mundi (6)... Je tourne quelques feuillets du Livre sacré ; et le même Agneau m'apparaît en colère, cette fois, ses yeux lancent des feux.

(1) Prière liturgiqne.

(2) Ma'ith. c. V, V. 45«

(3) ROM. c. XII, V. 18.

(4) Jacob, c. ii, v. 13.

(5) Matth. c. vit, V. 2*

(6) JOANN. c. IV. 29.

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