XXXIV. — LA PARTIE AFFIRMATIVE DU CINQUIÈME PRÉCEPTE
€t j'entends dire : Montagnes, tombez sur nous, et nous dérobez aux fureurs de l'Agneau : Cadite super nos, et abscondite nos ab ira Agni (1)... Un agneau en colère... Un agneau d'abord pacifique et doux, mais que par après la fureur emporte... quelle image saisissante, et bien propre à exprimer le jugement sévère réservé à qui n'aura pas fait miséricorde^ surtout lorsque miséricorde lui aura été faite à lui-même !
Donc, et encore une fois, soyons miséricordieux ; aimons le prochain, tout le prochain, y compris nos ennemis ; pardonnons .les offenses, toutes les offenses qui nous sont faites.
L'Histoire rapporte de César, qu'il ne savait point garder le souvenir d'une injure ; il nvait de la méixioire pour tout, excepté pour les injures : Nihii Cœsar solitus oblivisci, nisi injurias. Nous laisserons-nous faire la leçon par ce païen ?...
C'est un autre et très illustre personnage, un chrétien, cette fois, Thomas Morus, le grand chancelier d'Angleterre, qui disait : Il faut écrire les injures sur le sable, et graver les bienfaits sur le marbre... Vous avez compris. Graver les bienfaits sur le marbre, c'est-à-dire en garder le souvenir dans un cœur éternellement reconnaissant. Écrire les injures sur le sable, c'est-à-dire les oublier, les effacer de sa mémoire, comme on efface très facilement, et du revers du pied, les caractères qu'on vient de tracer sur la poussière du chemin. . .
Un mot de Tertullien terminera cette Instruction : Le vrai chrétien n'est l'ennemi de personne :Christianus nullius est hostis..-
<1) Aroc. c. VI, V. 16.
SIXIÈME COMMANDEMENT
PREMIER PRONE Le vice impur ; l'adultère.
Non mœchaheris.
Vous ne commettrez point d'aldutère.
In hac ipsa re explicanda, cautus ad" modum sit parochus et prudens, et tectia verbis rem commemoret, quae moderationem potius desiderat quam orationis copiam.
Catech. Eom.
C'est avec les plus vives appréhensions, que nous abordons le sixième pi'écepte du Décalogue. Car, d'une part, son importance est majeure : sur cent réprouvés, condamnés au feu éternel de Tenfer, il y en a quatre-vingt-dix-neuf qui le sont, uniquement pmir avoir commis le péché impur, dit un des princes de la Théoîogie,^ et il ajoute, le centième lui-même n'en est pas exempt (1). Et d'aTitre part, de quel langage, tout à la fois savant et mesuré, le prôniste n'a-t-il pas à faire usage, pour dire tout ce qu'il faut, mais rien que ce qull faut ; et cela seulement qu'il faut dire, pour le dire avec tant de prudence et de circonspection, que ses paroles servent à la correction des uns, sans tourner à la malédification des autres.
(1) Haec est frequentior et abundantior materia, propter quam major animarum nmnems ad Infernum dilabitur ; imo non dubito asserere, ob hoc unum impudicitiae vrtium, aut saltem non sine eo omnes damnari, quicumque damnantur, S. Liguori JQ. 413.
Que Dieu donc nous aide de sa grâce : et parce qu'il ne l'accorda jamais aussi sûrement que quand on en sent plus vivement le besoin : c'est à ce titre d'indigent surtout, que nous comptons l'obtenir en plus grande abondance. Commençons.
Si, comme nous en avons le devoir, nous le considérons d'abord au sens strict et rigoureux des mots qui l'expriment, le sixième commandement défend l'adultère : non mœchaberis, vous ne commettrez point d'adultère.
Qu'est-ce donc que l'adultère ?
Le Catéchisme Romain le définit, et dit : L'adultère est la violation du lit nuptial: Adulteriutn est legitimi tori injuria (1), soit qu'un homme marié commette le crime avec une femme libre, et dans ce cas il viole sa propre couche, soit qu'un homme libre pèche avec une femme mariée, et dans ce cas il viole la couche d'autrui, soit enfin que les deux coupables se trouvent engagés l'un et l'autre dans l'état du mariage, et alors chacun d'eux viole sa propre couche, et celle d'autrui.
Mais ce n'est pas assez de définir ; il faut que nous sachions quel péché est l'adultère.
Les Saintes Écritures vont nous le dire. C'est un péché exceptionnellement grave, un vrai crime, et la plus criante des iniquités : Boc est nef as et iniquitas maœima (2). C'est un péché qui attire sur celui qui s'en fait l'auteur un légitime déshonneur, et son infamie ne s'effacera point : Qui adulter est turpitudinem et ignominiam côngregat sibi, etopprobrium nondelebitur (3). Il y a plus ; c'est un péché si monstrueux que l'ancienne Loi le punissait de mort. Rappelez-vous en ce moment l'Evangile que l'Église nous fait lire, chaque année, le samedi delà troisième semaine de Carême: vous y voyez Jésus dans le Temple, et la foule qui l'entoure. Or, pendant qu'il parle à ce peuple, avide de l'entendre, voici que les Scribes et les Pharisiens lui amènent une femme surprise en flagrant délit d'adultère, et la faisant se tenir debout, au milieu de l'Assemblée : Maître, disent-ils à .Tésus, cette femmevient d'être surprise en adultère : dans la Loi, Moise ordonne que?
(1) Catech. Rom.
(2) Job. c. XXXI, v. 41.
(3) Prov. c. IV, y.di.