XXXV. — LE VICE IMPUR, L'aDULTÈRE
amour auquel ils ont droit, seuls, à l'exclusion de tout autre (1) — Elle dirait, la simple raison, que l'adultère n'est pas seulement une atteinte, la plus sensible, portée à l'amour conjugal, mais encore la plus criminelle violation du pacte conjugal. Qui ne le voit clairement ? En vertu de ce pacte, le mari ne s'appartient plus à lui-même, il appartient à son épouse, la femme ne s'appartient plus à elle-même, elle appartient à son époux ; ni l'un ni l'autre n'a la libre possession de son cœur, et encore moins de sa propre chair ; la raison parle ici comme saint Paul ; Mulier sut corporis potestatem non habet^ sed vir, similiter et vir sui corporis potestatem non habet, sed millier (2). Et par conséquent, si l'un ou l'autre, ou vous, époux, ou vous, femme, car remarquez-le, il n'y a ici de privilège pour personne, les droits et les devoirs sont égaux, se reprend, après s'être donné, pour se donner à quelque autre, il déchire le contrat, il usurpe un bien qui n'est pas à lui, il viole le droit du conjoint, il commet à son égard une injustice criante (3) — Elle dirait, la simple raison, que l'adultère que nous venons de voir si criminel, quel qu'en soit l'auteur, revêt, si on le considère surtout dans la femme, un autre caractère, particulièrement odieux, par l'immixtion dans la famille d'enfants adultérins, qui viennent prendre une part dans l'héritage. Ah ! s'ils connaissaient, les enfants légitimes, s'ils pouvaient percer le mystère d'iniquité, qui leur a donné des frères qui ne sont point des frères, des sœurs qui ne sont point des sœurs : auraient-ils sur les lèvres et au cœur, pour exprimer non moins leur honte que leur douleur, d'autres paroles que celles du prophète : Ressouvenez-vous, Seigneur, des maux qui nous sont arrivés ; voyez notre opprobre : l'héritage a passé à d'autres, et la maison est tombée en des mains étrangères : Recordare, Domine, quid acciderit nobis ; intuere et respice opprohriitm nostrum : hœreditas nostra versa est ad alienos, et domus nostra ad\ extraneos (4) — Et combien d'autres maux, l'adultère traine à sa, suite, au grand préjudice de la famille, et de la société elle-même l.
(1) Quoniam viri et uxoris vinculum arctissimutn est, et nihil etc. Catech. rom. (2)1. Cor. c. vu.
(3) Corte, si altevuter corpus suum, quod est alieni juris, ab eo cui illud adstrictum est, disjungit, is admodum iniquus est, et nefarius. Catech. Rom. <4) Thren. cap. V.
Supposons d'abord que tout reste secret ; si c'est le mari qui viole la foi jurée : quel abandon peu à peu de tous ses devoirs d'époux, de père, même de citoyen ! Que de scènes injustes, au foyer domestique, que de dissipations insensées, de donations déguisées, d'aliénations sans motif ! Si c'est la femme : que de menisonges, de détours, de manœuvres de tonte sorte, pour écarter les soupçons l que de crimes peut-être ! Tertullien le disait dans son rude langage : Sciunt obsletrices quot adulteri conceptus trucidantur (i)... Supposons maintenant que tout devienne public : voyez ce qui va s'ensuivre, un scandale immense, peut- ■être une séparation, peut-être un divorce, peut-être un meurtre, ou quelque suicide; ou bien, si les choses ne vont pas jusqu'à ces excès, du moins tenez pour sùr^ que dès à présent, et pour toujours, la paix, la concorde, la confiance ont déserté cette maison (2) — Elle dirait enfin, la raison, non plus la simple raison, mais la raison aidée des lumières de la foi, que le mariage ne peut pas recevoir une plus grande injure que celle qui lui est faite par l'adultère. Qu'est-ce donc que le mariage ? Un pacte naturel, régi par des lois humaines ? Il est beaucoup plus que cela. Une institution, ayant, comme nous le lisons à la première page des Écritures, Dieu pour auteur, et pour fin première la propagation du genre humain, selon cette parole : croissez, et multiiiliez ? Ce n'est pas encore assez. Qu'est-ce donc que le mariage ? Depuis que Jésus-Christ est venu restaurer toutes choses, élever toutes choses, le mariage comme le reste, le mariage est un sacrement. Le mariage est un sacrement, c'est-à-dire une chose sainte et sanctifiante. Le mariage est un sacrement, c'est-à-dire un signe sacré. De quoi, signe sacré ? Ah ! dites-nous-le, grand Apôtre : Maris, aimez vos femmes, comme Jésus-Christ aime l'Église... Que les femmes soient soumises à leurs maris comme au Seigneur ; car l'homme est la tête de la femme, comme le Christ est la tête de l'Église... Celui qui aime sa femme s'aime lui-même ,• personne ne hait sa propre chair, mais il la nourrit
(4) Tertull. Lib. de pndicitia c. V.
(2) Le théologien Clément Marc résume ti'ès bien, et en qnelqiies lignes, ce qne •ïious venons de développer : Adulterium laedit. in re gravissima, jus allerius conjugis, ofGcit bono prolis, nocet familiae, parit saepe scandala et rixas, innumeraque alla gignit mala, proutdocet quotidlana experientia, t. 1. p. 531.