XXXVI. — CAUSES DU PÉCHÉ IMPUR
Genèse : un regard est suivi d'un rapt, et devient la cause première de l'extermination, jusqu'au dernier, des habitants de la ville de Sichem (4). L'histoire que l'Église nous fait lire, le samedi delà troisième semaine de Carême, vous est plus connue : c'est parce qu'ils se tenaient chaque jour sur le passage de la vertueuse Suzanne, pour la voir, que les deux infâmes vieillards de Babylone conçurent une criminelle passion : Yidebant eam senes quoiidie egredienteni et deàinhulantem, et exarserunt in concupiscent iam ejus. (2) Plus lamentable encore la chute de David, Jusque là si chaste, et prévenu de tant de grâces, David se complaît dans un regard coupable. Qu'importe que l'objet qui le fascine soit éloigné, dit saint Augustin, si la concupiscence est toute proche, et s'apprête déjà à allumer ses feux, mulier a longe, sed libido prope !... David donc commet un adultère, puis bientôt un second crime, pour couvrir le premier, un homicide (3) : le valeureux pâtre d'autrefois, qui étoutt'ait les lions dans ses bras, le fort d'Israël, que des ennemis puissants n'avaient pu abattre, ses ■propres yeux l'ont terrassé ; ils ont porté la dévastation dans ism âme : Oculus 7neus deprœdatus est animain meam{i).
L'excès de recherche dans le vêtement conduit au péché impHr. •Cette cause de ruine, le Catéchisme Romain la range parmi les plus funestes : Elegantior iiem ornatics, qito oculoru7n sensiis valde eoocitatur, occasionevi libidini 7ion parvam sœpe prœbet. Et il ajoute : Gomme les femmes sont ordinairement fort attachées aux parures du corps, les pasteurs ont le devoir de les avertir souvent de ce défaut, et même de les en reprendre sévèrement ; Cuin igitiir mulieres in 7iimio ornatus studio versentur, non aliemtm erit, si parochus eas interdum moneat objicrgetque. Est-ce que ce serait une nouveauté, cette injonction faite aux pasteurs? Non, certes Les anciens prophètes ont fulminé contre le luxe; c'est le prophète royal : Leurs filles, les filles des incirconcis sont parées, ornées comme des temples, et comme les divinités qu'on y iidore (5); c'est le plus grand des Voyants en Israël, Isaïe : Les
<1) Gen. c. xxxiv. V. 1. et seqq.
(2) Daniel, c, xiii, v. 8.
<3)II Reg. c. XI.
(4) Thren. c. m. V. 51.
(5) PSAL. CXLIII.
filles de Sion s'élèvent avec orgueil et vanité, elles marchent la tête haute, le regard plein d'affectation, et en cadançant leurs pas ; mais bientôt le Seigneur découvrira leur front superbe, et les dépouillera de leur chevelure, il leur ôtera leurs magnifiques ornements, leurs réseaux, leurs bijoux, leurs colliers, leurs bracelets, leurs aigrettes^ leurs anneaux, los perlfs qui retombent sur leur tront, leurs parfums, leurs pendants d'oreilles, leurs habits si variés, leurs manteaux, leurs robes traînantes, leurs miroirs, le lin qui les couvre, leurs bandelettes et leurs voiles (1). Les Apùires ont fulminé contre le luxe. Saint Pierre s'adresse aux femmes de son temps, et leur dit : que les femmes ne se coiffent point avec arl, qu'elles ne s'habillent point avec de l'or, qu'elles n'attirent point l'attention par la somptuosité des vêtements. Mulierum non sit extrinsecus capillatura.aut circumdatio auri, aut induvienti veslimentorum cuUus (2). Saint Paul écrit à son disciple Timo' thée ; la modestie à garder par les femmes n'est pas la moindre partie de sa lettre toute directive : que les femmes donc se parent il ne le défend point : Similiter et niulieres in hahitu ornato ; mais il veut qu'en cela, comme en toutes choses, elles observent la modération et les règles de la pudeur : cum verecundia et sohrietate, conséquemment qu'elles s'abstiennent de frisures, d'ornements d'or, de pierres précieuses, de vêtements recherchés : non in tOi'tis crinibus, aut auro, aut smaragdo : vel veste pretiosa (3). Les grands Docteurs ont fulminé contre le luxe. Les Apôtres avaient parlé en maîtres ; quoique avec une autorité moindre, ceux-ci, par les raisons qu'ils en donnent, nous font mieux comprendre que le péché impur procède de l'immodestie dans le vêtement, comme l'efi'et de la cause qui le produit. Entendez Tertullien : Le désir de plaire par les agréments de la beauté ne saurait être innocent. On sait trop qu'il ne fait que provoquer dans les autres des désirs criminels . On ne voudrait pas commettre le mal, pourquoi donc y exciter ? Pourquoi exposer autrui? Pourquoi risquer d'allumer des feux déréglés ? Vous devenez responsable du péché dont vous avez été l'occasion (4). Saint Cyprien n'est pas
(1) Isa. c. m, v. 16-24.
(2) I. Petk. c. m, V. 3.
(3) I. TiMOTH. c. II, V. 9.
<4j Cité d'après Guillois. l. 2. de son catéchisme, p. 251.