XXXVI. — CAUSES DU PÉCnÉ IMPUR
moins véhément : Vous voulez paraître magnifiques dans voshabits et dans vos coiffures, dit-il aux femmes de son temps; qu'en advient-il? vous attirez les yeux d'une jeunesse ardente et licencieuse, vous allumez des feux criminels, vous faites naître d'illégitimes espérances, vous enflammez de téméraires liassions. Quand vous resteriez invulnérables, d'autres n'en sont pas moins blessés ; vous êtes, pour ces cœurs imprudents, le glaive qui les perce et le poison qui les tue (1). Saint Jean Ghrysostome, saint Augustin, et cent autres, tiennent le même langage. C'est-à-dire, pour emprunter ce dernier mot à Tertullien ; que si l'orgueil ne perd rien, tant s'en faut, à tous les raffinements du luxe, la luxure y gagne beaucoup : Gloria insolescit, negociaticr luxuria (2).
La licence des paroles et des écrits conduit au péché impur. Saint Paul ne voudrait pas même qu'un nom, servant à désigner quelque impureté que ce soit, sortît jamais d'une bouche chrétienne (3). Les mauvais discours, dit-il ailleurs, corrompent les bonnes mœurs : Corrumpunt mores bonos eloquia mala (4). Le Catéchisme Ptomain a puisé à cette source : Il compare les paroles obscènes à une torche enflammée, qui allume, dans le cœur des jeunes gens surtout, les feux de l'impudicité : Verborum obscœnitate, quasi face quadam subjecta^ adolescentum accenduntur animi. Il n'est pas un seul moraliste qui ne signale les conversations trop familières et trop assidues entre personnes de sexe différent, comme menant, presque à coup sûr, à des privautés dangereuses. La chasteté n'est pas encore morte, dit saint Jérôme, ft mais elle commence à mourir, elle agonise : Sunt principia mo~ P riturœ virginitatis (5)... Plus funeste encore la parole licencieuse écrite, que la parole licencieuse parlée. La parole écrite, c'est la parole fixée, c'est le livre. Un homme ne parle qu'à un autre homme, ou à une assemblée plus ou moins restreinte ; un livre parle à tout un peuple, quelquefois au monde entier. Un méchant discours dure relativement peu, les paroles volent, se dissipent, et l'impres- } sion qu'elles ont faite va en s'affaiblissant; mais un méchant livre
(1). Ibid.
(2) De cultu fœm.
(3) Eph. c. V, V. 3.
(4) 1 Cor. c. XV, v. 33.
<5) Epist. adNepot.
reste; le temps qui vieillit tout, ne le vieillit pas toujours. Le livre est une puissance; s'il est mauvais, il est une puissance néfaste... Mais ne nous bornons pas à ne parler sur ce sujet que d'une manière générale. Les anciens prônistes pouvaient croire qu'ils avaient tout dit sur les lectures dangereuses ; ils se trompaient. Les anciens conciles eux-mêmes, quand ils défendaient, sous peine d'excommunication encourue par le seul fait, que les livres provocateurs de luxure, fussent imprimés, vendus, lus, ou gardés (1), pensaient avoir élevé une digue infranchissable ; il n'en était rien. Jamais ce fléau n'a été plus dévastateur que de nos jours. A aucune époque, les mauvais livres n'ont été plus nombreux et plus corrupteurs. Une presse infatigable les édite par milliers, et centaines de milliers. Une propagande satanique les répand partout, iusque dans la plus humble de nos bourgades. Et ce n'est pas le livre seulement qui prêche la débauche, et y excite ; c'est la brochure, c'est la revue mensuelle ou hebdomadaire, c'est le journal, c'est l'image, c'est la gravure, c'est la musique elle-même. Toute cette licence, ou écrite, ou peinte, ou chantée, il a fallu, pour la <iénommer, inventer un nouveau mot, les anciens ne suffisant plus. O pouvoirs publics, préoccupez-vous, inquiétez-vous de ce débordement de corruption qui emporterait ce qui reste encore de parties saines, du corps social ; vous le faites quelquefois, vous vous ne sauriez le faire trop, ni trop souvent! 0 pouvoirs domestiques, ô pères et mères, si vous êtes soucieux, et vous l'êtes, de l'honneur de vos enfants, autant que du vôtre propre, ne souffrez pas que le roman, que la chanson déshonnête, ou quelque produit que ce soit d'une littérature obscène, franchisse le seuil de votre demeure ; autant vaudrait y introduire un empoisonneur, ou tout autre de vos pires ennemis ! Et nous aussi, pasteurs des âmes, élevons la voix, tonnons contre les mauvais livres, contre ceux qui les lisent, contre ceux qui les gardent, contre ceux qui les prêtent, contre ceux qui les vendent, contre ceux qui les font. Ayons du zèle pour procurer à nos fidèles des pâturages sains, de la Vigilance pour écarter les influences pernicieuses qui leur donne-
(1) Ne libri ad luxuriam et luxum provocantes imprimaotur, vendantur, legantur aut Tetineantur omnino... jubetque sicubi reperti fuerint, comburantur, sub ejusdem anathematis pœoa, quam ipso facto incurrent qui minime paruerint. Concil. Turonense. Anno 1583.