‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 126 sur 223 · XXXVI. — • CAUSES DU PÉCHÉ IMPUR · texte numérisé non relu

XXXVI. — • CAUSES DU PÉCHÉ IMPUR

raient la mort. Gardons intacts les deux dépôts qui nous sont confiés, la foi et les mœurs (1). Saint Paul, prêchant à ÉpliAse, ne se contenta pas de l'iiumble et sincère aveu que les païens convertis lui firent de leurs égarements. Sachant que la détestation du péché implique 1". sacrifice des olDJets qui y ont entraîné, et le retranchement des occasions qui ne sont que propres à y faire retomber, il exigea qu'on lui apportât tous les mauvais livres. Il fut religieusement obéi ; on en fit un monceau, et on y mit le feu en présence de tout le peuple : Contulerunt libros, et comhiisserunt coram omnibus (2).

Et tout notre sujet n'est pas encore épuisé ; il reste à dire. La danse, elle aussi, et non moins que la danse, les spectacles, conduisent au péché impur. Non toute danse, à la vérité. Après que les Égyptiens furent vaincus, et les Hébreux délivrés, les femmes de ces derniers se joignirent à la sœur d'Aaron, pour danser au son des instruments et chanter des hymnes d'action de grâces (3). Semblablement David est loué par les Écritures, pour avoir dansé devant l'Arche, le jour où elle entra triomphalement dans la citadelle de Sion (4). En soi, la danse est un plaisir permis, comme tout autre, tant que ce plaisir reste honnête. La malheur est que calui-ci a cessé de l'être. Le plus souvent, sinon toujours, telle qu'elle se pratique aujourd'hui, avec les attitudes qu'on y prend, la musique qu'on y joue, les parures qu'on y étale, les familiarités qu'elle autorise, la danse occasionne le péché, provoque au péché, conséquemment est péché, et on ne s'étonne plus que saint Ambroise, après avoir raconté la décapitation de saint Jean Baptiste, laquelle fut le prix d'une danse, continue et dise : Que les mères qui aiment la chasteté et la pudeur, donnent donc à leurs filles des leçons de religion, et non des leçons de danse. .. Ni non plus les spectacles sont mauvais de leur nature. Ils pourraient être utiles, instructifs, moralisateurs même. Ici encore, le

(1) Satagant igitur et animo mactent,ministriDei, concionatores scilicet et confessarii, ut totis viribus huic (pravorum librorum) torrenti iniquitatis se opponant, et pereunles animas e faucibus infernalis abyssi eripiant. (Gury. n. 240).

(2) ACT. cap. XIX et xx.

(3) ExOD. c. XV, V. 29.

(4) I Pabalip. c. XV, V. 20.

(2) Saltet, sed adultei'ae filia; quae vero pudica, quae casla est, fiUas si«»,s religionen» doceat, non saltationem.

malheur est qu'ils ne le furent jamais guère, et qu'aujourd'hui ils ne le sont pas du tout. Qu'y représente- t-on, en efïet ? Qu'y voiton ? Qu'y entend-on ? Qu'y rencontre-t-on ? Est-il donc si difficile de répondre ? Est-il besoin d'avoir longtemps vécu pour savoir et être en droit de dire, que tout, le fond des choses, et non moins que le fond des choses, les accessoires, déclamation, gestes, chant, décors, n'est que propre à exciter les sens, à remplir l'esprit d'imaginations dangereuses, et le cœur de désirs coupables ? Aussi bien, voyez ce que pensaient des spectacles, les anciens Pères, organes autorisés de l'Église ; de quelles invectives et vigueur de langage ils usaient pour en détourner le peuple chrétien ! Tertullien appelle le théâtre une sorte de temple où le démon de l'impureté règne en maître : Theatrum proprie sacrarium veneris est (1). Attendez un peu, et la pensée de l'austère Africain va s'incarner dans un fait. Il raconte, et prend Dieu à témoin de la véracité de son récit, qu'une femme chrétienne étant allée au théâtre, et en étant revenue possédée du démon : comme dans l'exorcisme on reprochait à l'Esprit impur d'avoir osé s'en prendre à un disciple de Jésus-Christ : Je l'ai trouvé chez moi, répondit-il, in meo inverti (2). L'évêque de Carthage, saint Gyprien, n'est pas moins incisif; il tient le théâtre pour une école dangereuse, et un écueil presque inévitable à l'égard de la foi et des mœurs : ce qu'on y dit, ce qu'on y fait, il met au défi de le répéter, ou de le raconter sans rougir : Pudet referre quœ dicuntur ; pudet etiam accusare quœ fiunt (3). Après Tertullien et saint Oyprien, voici le fils de sainte Monique, celui qui sera plus tard saint Augustin ; on peut l'en croire, il s'accuse lui-même : Je courais, dit-il, à ces représentations tragiques, j'y cherchais des images de mes propres faiblesses, et un aliment pour les feux dont j'étais dévoré : Rapiéçant me spectdcula theairica, plena imaginibus miserior rum mearum, et fomitibus ignis mei (4).

Et maintenant finissons au plus vite. Nous avons hâte d'arriver au terme de cette mstruction. Le devoir seul nous a fait l'entre-

(l)De spectaculis.

(2) Ibid.

(3) Epist. adv. Donat.

(4) Confess. lib. 3. c. i. ad flnem.

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