XXXVII. — LES SUITES DU PÉCHÉ IMPUR
ied noli modo (1). Il continue : Je craignais que vous fussiez trop prompt à m'exaucer, et que vous me guérissiez de ma maladie plutôt que J3 ne le voulusse, aimant mieux le plaisir de la voir se prolonger et d'en jouir, que le bonheur d'en être délivré : Timeha?n ne me cilo exaudires, et cito sanares amorho concupiscentiœ, qiiam mallebam expleri, quam exiingui (2)... Qu'est-ce tout tela, sinon le plus dur des servages? Est-ce à dire pourtant qu'il faille désespérer du retour à la vertu, et que l'arrêt de damnation sqit aussi sûr, que s'il était déjà prononcé? Non, certes; la grâce de Dieu a fait de Marie Madeleine un vase d'élection, et d'Augusitin un grand saint et un incomparable docteur. Mais si la conversion est absolument possible, qu'elle est difficile, et combien elle est rare ! Qu'il est difficile et rare de remonter cette pente ! Qu'il est difficile et rare d'imprimer un mouvement de recul à toute une foule de pensées coupables, quand une fois l'esprit de fornication a pris pied dans une âme : Non dabunt cogitationes suas ut revertantur ad Deum, quia spiritus fornicationum in '}nedio eorum (3). J'entends un Père de l'Église, saint Jérôme, nous dire qu'il ne faut pas un moindre miracle pour convertir un habitudinaire du péché impur, que pour ressusciter un mort (4). Salomon s'est-il converti; est-il sauvé ? peut-être. Salomon est-il mort dans l'impénitence ; est-il damné? Il n'y a que trop de raisons de le craindre. — • Et il reste à dire :
Le péché impur, si redoutable pour l'âme n'est pas moins funeste au corps qu'à l'âme elle-même. La raison en est évidente. Encore que l'âme soit l'agent principal du péché, du péché impur comme de tout autre, quant à celui-ci pourtant, en bien des cas, c'est par le corps, au moyen du corps qu'elle le commet. Le péché de luxure consommée est proprement le péché du corps, et par le corps. Dès lors est-il étonnant qu'il soit contre le corps, qu'il atteigne directement le corps, qu'il gâte le corps, qu'il en altère la beauté, qu'il en rompe l'harmonie, qu'il en épuise les forces, qu'il ]e mène lentement mais sûrement au tombeau ! Que d'enfants^ nés d'un sang souillé par le péché impur, ne voient pas leur
(1) Ibid.
(2) Tbid.
(3) OSEA. c. V, V. 4.
(4) Ad EUSTOCH. Epis. 12.
vingtième printemps ! Que d'hommes, même faits, succombent prématurément, emportés par cette peste ! Que de maladies, compliquées, inguérissables, vrai désespoir de la médecine, n'ont point d'autre cause (1) !...Et si nous allions de la partie au tout, comme il serait facile de démontrer, rien qu'à suivre la trame la plus apparente de l'histoire, que les peuples qui ont disparu, même ceux qui ont fait quelque bruit dans le monde, c'est le péché impur qui les a tués, soit qu'ils n'eussent plus assez d'âmes vaillantes dans des corps bien portants, soit que les unions volontairement rendues infécondes ne fournissent plus assez d'hommes, pour remplacer ceux qui meurent par d'autres qui naissent (2)...
G'est-à-dire que le péché impur est le meurtrier du corps et de l'âme, de l'homme tout entier. Et j'ajoute enfin, car il faut achever, qu'il est le meurtrier de tout l'homme, non seulement pour le temps présent, mais encore pour l'éternité. Oui, dit le Catéchisme Romain : ce qui nous donne à comprendre, plus que quoi que ce soit, combien le péché impur est funeste, c'est qu'il fait exclure du ciel ceux qui s'en rendent coupables; n'est-ce pas là, en effet, le plus grand des maux : Perniciosuni vero scelus esse intelligi ex eo xdotest, quo7iîa77i propter hoc peccatum e Bei reg7io pellimtur atque exterminantur liomines ; quod maloritm omniuTn ultiniuJTi est (3)... Qu'il plaise au monde de qualifier le péché impur de péché de fragilité, de faiblesse pardonnable, pour en voiler l'Lorreur : le monde ne prévaudra point contre l'Évangile. La sentence est portée, elle s'exécutera à la lettre : Sachez laien que tout fornicatear, tout homme immonde n'aura de part à l'héritage de Dieu, dans son royaume : Scitote quod omnis fornicalor, aiit immundus, nonhahet hœreditatem in regno Dei (4)... Ni les fornicateurs, ni les adultères, ni ceux qui souillent leur corps, ou le
(1) Qui fornicatur, in suuin corpus peccat. 1 Cor. c. \l, v. 18. Primo, quia corpus .suum polluit, coinquinat et maculât. Secundo, quia corpus suum Jornicando débilitât, exhaurit, et sœpe lue venerea, aliisque morbis inficit et consumit. Ita Cornel. a Lap. In h. 1.
(2) Que la décroissance dans la natalité, chez un peuple, soit la résultante de plusieurs causes, cela ne parait pas douteux ; mais la cause principale, et la plus douloureusement efficace, c'est le vice impur. En cette question, très préoccupante à cette îieure, les moralistes chrétiens sont seuls dans le vrai.
(3) Catech. Rom.
(4) Ephes. c. V, V. 5.