IV. — LE CULTE DES SAINTES IMAGES
et leurs mœurs » (1). Il serait téméraire, vraiment, d'ajouter même un seul mot à un enseignement aussi autorisé.
Conclusion pratique : Honorons, vénérons les sninfes Images celles principalement que la paroisse honore et vénère. Respectez, honorez aussi celles que vous avez dans vos demeures. Que n'y sont-elles en plus grand nombre ! Que n'y sont-elles au premier rang! Que n'y voit-on surtout la plus excellente entre toutes par son objet et par les bénédictions qui y sont attachées ! Le plus illustre des prédicateurs du dix septième siècle — je ferai encore cet emprunt à nos grands auteurs — eût voulu renouveler dans le christianisme, ou du moins panni les fidèles auxquels il s'adressait, la dévotion au crucifix. « Ce n'est pas sans mystère, ajoutait-il, qu'un Dieu mourant, ou un Dieu mort, y paraît les bras étendus et le côté percé d'une lance :il veut, en nous tendant les bras, nous embrasser tous ; et dans la plaie de son sacré côté, il veut, comme dans un asile certain, nous i ecueillir tous ». Puis, après avoir énuméré les grâces de toutes les sortes qui en découlent, pitisqiie Dieu les y a toutes renfermées, il continue et termine : « Heureux qui fait de la croix, ou plutôt de Jésus attaché à la croix, son confident, son conseil, son maître, son docteur, son pasteur, son guide, son directeur, son médecin, son tout : car Jésus seul lui sera tout, tout dans la vie, tout à la mort. Pesez bien, chrétiens, cette dernière parole : tout à la mort. Quand il sera venu ce jour qui doit finir sur la terre la suite de vos jours ; quand on vous aura fait entendre cet arrêt, dont tout homme, quelque saint qu'il soit, est effrayé : vous mourrez; ou sans qu'on prenne soin de vous l'annoncer, quand une défaillance entière de la nature vous le fera malgré vous sentir: quand aux approches de ce terrible moment, le passé, le présent, l'avenir, mille objets s'offriront à votre pensée pour vous affliger, pour vous inquiéter, pour vous consterner : mon cher frère, où sera votre ressource alors, où sera
(1) Conc. Trident. Sess. 25. — Nous voyons aux Actes des Apôtres, ch. 21, v. 11, quelle puissance les choses sensibles prêtent aux mots pour exprimer une pensée. Ls prophète Agabus va pvédira tout à l'heure à S. Paul qui s'apprête à aller à Jérusalem, ce qui l'y attend. Mais que commence-t-il par faire? Il prend la ceinture de Paul, se lie avec cette ceinture les pieds et les mains ; puis ouvrant la bouche : Voici, dit-il, ce que dit l'Esprit : C'est ainsi que les Juifs, à Jérusalem, lieront l'homme à qui est cette ceinture, et le livreront aux Gentils... Que l'on juge de l'impression faite sur l'assistance par celte mise en scène 1
votre reconfort? Dans le crucifix. Où adresserez-vous vos regards, où porterez-vous vos soupirs? Vers le crucifix. Qu'exposera-t-on à votre vue, que vous mettra-t-on dans les mains, que vous appliquera.t-on sur les lèvres ? Le crucifix. Quel nom vous fera-t-on prononcer ? Le nom de Jésus, et de Jésus crucifié. Ce sera là le fond de votre espérance, si dès maintenant vous en faites le sujet le plus ordinaire de vos pieux exercices, de vos entretiens les plus intimes et de vos plus affectueuses considérations. Plaise au ciel que vous vous disposiez de cette sorte à passer des bras de Jésus Christ mourant en croix, entre les bras de Jésus Christ vivant et triomphant dans la gloire » (1)...
(1/ CcunoALOUE. Exhortations, t. 2, p. 171 et suiv.
PREMIER COMMANDEMENT
CINQUIÈME PRONE
Péchés contre le premier commandement. Le culte des idoles.
Non habebis deos allenos coram me.
Vous n'aurez point d'autres dieux que moi seul.
Haec enim omnia (scilicet creaturas) tanquam Deum venerebantur, cum illi harum rerum imagines ponerent.
Catech. Royn.
Nous avons vu jusqu'ici, ce que le premier Commandement prescrit et autorise.
Ce qu'il prescrit : le culte de suprême adoration à rendre à Dieu ; culte qui doit être intérieur, extérieur, public.
Ce qu'il autorise : le culte des Saints, de leurs reliques, de leurs images ; parce que nous honorons Dieu en ceux-là mômes qu'il a glorifiés, et qui le glorifient.
Dans cette Instruction, et dans les suivantes, nous dirons ce que le premier Commandement condamne :
Premièrement: les péchés commis contre le culte divin, par excès, c'est-à-dire, si on l'attribue à un sujet auquel il n'est pas dû : tels le culte des idoles et le culte des démons .
Secondement : les péchés commis contre le culte divin par superstition, entendue au sens restreint, c'est-à-dire par l'introduction qu'on lui fait subir de pratiques fausses ou superflues.
Troisièmement: les péchés commis contre le culte divin, par
défaut, c'est-à-dire par irréligion, et par tout acte tendant à l'annuler.
Pour aujourd'hui . le culte des idoles. Dieu nous aide de sa grâce...
Il n'est personne qui ne le sache, et ne le puisse dire aussi bien que le théologien le plus exercé : Le culte des idoles consiste à rendre à quelque créature, soit spirituelle, soit corporelle, soit animée, soit inanimée, soit en son êtrepropre, soit représentée par image, ou intérieurement, ou en secret, ou en public, le culte suprême qui n'est dû qu'à Dieu (1).
Mais ce culte des idoles, que le premier Commandement condamne en termes si explicites : Vous n'aurez point d'autres dieux que moi seul ; vous ne ferez point d'images taillées, ni aucune figure de ce qui est en haut, dans le ciel, ni de ce qui est en bas, sur la terre, ni de ce qui est encore plus bas, sous la terre dansles eaux ; vous ne les adorerez point, de quelques manière que ce soit (2)... Ce culte contre lequel les Écritures invectivent, presque à chaque page, avec tant de force : témoin cette parole da juste colère adressée par Dieu à son peuple : Ils m'ont piqué de jalousie, en adorant ceux qui ne sont point Dieu, ils m'ont irrité par leurs pratiques vaines (3) ; témoin cet anathème lancé par Isaïe : Qu'ils soient confondus, ceux qui se confient en des images taillées, ou bien qui disent à des statues faites au marteau ou coulées dans le moule : Vous êtes nos dieux (4) ; témoin, pour ne pas chercher ailleurs, ce que l'Église nous donne à lire, chaque dimanche, au cinquième psaume des vêpres : Ces simulacres de faux dieux, fabriqués d'or et d'argent, ils ont une bouche et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas, des pieds et ne marchent pas, des mains et ne s'en servent pas, des^ organes pour chanter, et il n'en sort aucun son : qu'ils leur
(1) Ea est (idololatrla) quando tribuitur honor creaturae, sicut Deo. S. Thom. 2. 2.. q. 94, art. 1.
(2) ExoD. c. 20 ; Non habebis deos alienos coram me ;nec faciès tibi sculptile, neque omnem simili tudinem quae est in cœlo desuper, et quae in terra deorsum, nequ» eorum quaesunt in aquis sub terra ; non adorabis ea neque coles.
(3) Deut. c. 32, Y. 16.