‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 14 sur 223 · V. — PÉCHÉS CONTRE LE PllEMIEB COMMANDEMENT · texte numérisé non relu

V. — PÉCHÉS CONTRE LE PllEMIEB COMMANDEMENT

ressemblent donc ceux qui les font et y mettentleur espoir (1), ... Ce culte enlin que Ja raison elle-même s'exprimant par un de ses représentants les plus autorisés, saint Thomas, qualifie de péché le plus grave de tous, gravlssimum peccatorurrif parce que, en introduisant dans le monde, autant qu'il est en son pouvoir, un autre dieu que le vrai Dieu, l'Idolâtre lui enlève sa gloire, à ce seul et unique vrai Dieu, cette gloire qui ne peut, ni ne doit être partagée par personne, étant incommunicable de sa nature (2)... Ce culte des idoles, disons-nous, quand a-t-il commencé? Quelles causes l'ont fait se produire? Quelle on a été la dilïusion ? Jusqu'à quel excès l'a-t-on porté? Existe-t-il encore, môme parmi les chrétiens, et sous quelle forme? Toutes questions intéressantes, et non moins instructives qu'intéressantes. Reprenons-les.

Première question : Quand le culte des idoles a-t-il commencé f La réponse est difficile. On ne saurait assigner une date rigoureusement exacte. Tel d'entre les peuples a versé d'assez bonne heure dans l'IdolâlriH, tel autre n'y est tombé que tardivement. Ce qui est certain, et il faut le dire pour l'honneur de l'humanité, autant qu'à la gloire de Dieu, c'est que le culte du vrai Dieu, à l'exclusion absolue de tout autre, a été le premier culte en usage parmiles hommes. Au commencement, dit l'auteur inspiré de la Sagesse, les idoles n'étaient pas: Idola neque enim erantab initio (3). Adam, môme après sa chute, et ses premiers descendants et les descendants de ses premiers descendants, adoraient le Dieu éternel, tout puissant, que nous adorons nous-mêmes, et nul autre. A l'époque du déluge, l'idolâtrie n'apparaît pas encore. Toute chair avait corrompu sa voie, ce qui veut dire uniquement que les mœurs étaient dépravées, mais la foi au seul vrai Dieu demeurait intacte. Sans entrer en plus de détails, disons seulement que depuis la création du premier homme il s'écoula près de deux mille ans jusqu'à l'envahissement du culte des idoles.

(1) PSAL. 113.

(2) :2. 2. q. 9i, art. 3. — Dans le corps de l'article, S- Thomas compare l'idolàtro à celui qui prendrait parti pour un concurrent sans droit, même apparent, contre le roi légitime, au risque de bouleverser tout le royaume. — On pourrait ajouter: à celui qui susciterait un anti-pape dans l'Eglise. Bossuet développe la même pensée dans son admirable panégtjrique de suint Victor, i" partie.

(3) Sap. c. 14, Y. 13.

Seconde question : Quelles causes l'ont fait se produire ? Le Livre de la Sagesse vient de nous dire, au moins d'une manière implicite, que ridoKitrie fut postérieure, de beaucoup, au culte du vrai Dieu. A son tour, s'inspirant de plusieurs textes de ce Livre, et les commentant, le Docteur Angélique va nous apprendre comment, et par quelles causes elle fut amenée, et prévalut enfm (1).

Première cause : L'amour et le respect excessif pour les morts. Inconsolable de l'enlèvement prématuré de son fils, un père traça son portrait, et se mit à le vénérer comme un dieu ; il ne tarda pas à se trouver d'autres hommes qui firent la même chose ; de cette sorte les morts, changés en mânes d'abord, la flatterie aidant, surtout quand il s'agissait de rois, devenaient bientôt des demidieux, voire même des dieux, leurs images étaient l'objet d'un culte religieux, à la maison, et sur leurs tombeaux servant d'autels on offrait des sacrifices.

Seconde cause : Le plaisir très vif, d'ailleurs fort naturel, et jusque-là légitime, qu'on ressentait à la vue de certaines œuvres d'art faites de main d'homme. C'est ainsi, par exemple, que d'un tronc d'arbre coupé dans la forêt, façonné avec soin, un artiste ayant tiré une statue d'homme, ou la ressemblance, de bonne exécution, dequelqu'autre être pris dans la nature, surtout s'il l'avait peinte de couleurs qui lui donnaient un air de vie, on s'assembla autour, on admira, on se prosterna, on brûla l'encens, on adressa des vœux à ce bois mort, transformé en dieu par une foule facile à s'enthousiasmer. Malgré les apparences contraires, ne tenons pas pour vaine cette cause d'idolâtrie. Jusqu'en pleine civilisation grecque, les païens ne disaient-ils pas tout haut, ainsi que l'histoire nous l'apprend, que le Jupiter Olympien de Phidias avait reçu de l'artiste tant de majesté que le dieu en était de\eiiu jjIus adorable (2j?

Troisième cause : L'oubli de Dieu, qui allait chaque jour grandissant, dans la proportion même où les sens prenaient le dessus sur la raison. Les belles et lionnes œuvres de la création, Dieu les avait faites et ordonnées à cette fin, qu'en elles comme dans un miroir, ou derrière elles, comme derrière un transparent, les

(1) 2. 2. q. 94, art. 4 totus.

(2) Apud BossuET. Du culte des images. Second fragment.

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