‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 131 sur 223 · XXXVIII. — LES REMÈDES DU PÉCHÉ IMPUR · texte numérisé non relu

XXXVIII. — LES REMÈDES DU PÉCHÉ IMPUR

jusqu'à la licence, et que s'étant épanchée à l'extrémité, elle ne passe aisément^u delà des bornes (1). On ne saurait mieux dire ; ajoutons pourtant que, quand il s'agit du péché impur, la mortification est plus nécessaire encore en ce genre de tentation, qu'en tout autre. Non seulement l'ennemi à combattre n'est pas loin de nous, il est en nous, inséparable de nous, idenlifié avec nous; l'ennemi, c'est nous-mêmes, c'est notre propre chah". Dès lors le devoir s'impose. Cette chair, foyer de péché, il faut l'afl'aiblir, la dompter, en arrêter les mouvements et les saillies, par l'ab-itinence, par le jeûne, par le travail, par la haire et le cilice^ s'il en est besoin. Entendez saint Paul vous crier : Je châtie mon corps, et je le réduis en servitude ; je châtie mon corps^ c'est-àdire je le traite comme un coursier peu ou point dressé, auquel il faut, selon l'occasion, ou le fouet ouïe frein; je le rédais en servitude, c'est-à-dire, que s'il veut dominer, je le mets à sa place, et je ne lui laisse point ignorer que c'est à lui, non de commander, mais d'obéir. Cas// (/o corjms meicm, et in seroilutem redigo[2). Voyez saint Benoît, que le démon de l'impureté a suivi jusqu'au désert, se rouler nu au milieu des ronces et des épines, pour réprimer parleurs piqûres et cuissons ardentes, les insolences de sa chair révoltée (3). Que vous n'en veniez pas à ces extrémités, je le veux bien ; mais les moyens ordinaires, et d'un usage plus facile, pourquoi les négligez-vous ? les abstinences et les jeûnes, ceux mêmes et celles que l'Église prescrit, pourquoi vous en dispensez-vous ? Pourquoi donner trop au repos, el Irop peu au travail ? Pourquoi ce luxe, amorce du péché ? Pourquoi cette nourriture, ou trop succulente ou trop abondante, autre amorce du péché? Un auteur justement estinjé l'a dit: On veut absorber la -'ouissance par toutes les fibres de l'âme sensitive; on est à la piste de toutes les découvertes que peut faire la science du bienêtre. Ce serait un miracle vraiment, si l'incendie n'éclatait pas enfin dans une maison où l'on jette sans cesse des matières inflammables (4).

Il faut agir, c'est-à-dire, il faut fuir, il faut prier, il faut faire

(l^ Sermon pour l'exal. de la S. Croix. 1" point.

(2) G AL. c. V, V . 24 .

(3) GiRï.

(4) Mgr Landriot. Oraison dominicals.

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usage des sacrements. Reprenons ces choses l'une après l'autre, et disons un mot sur chacune d'elles. •

Il faut fuir. C'est la judicieuse remarque de tous les moralistes, que s'il y a des péchés auxquels on doit résister, et faire tête en les combattant : en cette matière, de péché impur, le devoir est de se soustraire, et d'éviter soigneusement tout ce qui pourrait amener une rencontre avec l'ennemi. N'entrons point, disait le philosophe Sénèque^ dans un sentier où l'on glisse : sur un terrain même très sec, nous sommes déjà si peu fermes: Quantum jgossumus, ?ios a luàrîco recedamus ; in sicco qiioqite Xiariim fortiter siamits (1). Saint Paul vaut mieux pour nous que ce païen : Fuyez la fornication, nous crie-t-il, et par une suite nécessaire, tout ce qui y conduit : Fitgile fomicationem (2). En ce genre de combat on ne remporte la victoire qu'en fuyant. L'histoire de Joseph fils de Jacob vous est connue. La femme de son maître avait conçu pour lui une passion criminelle ; le prenant un jour par son manteau: Venez avec moi, lui dit-elle. Mais Joseph laissant son manteau entre les mains de cette impudente s'enfuit, et sortit de la maison: Qui relicto in manu ejus pallio fugit, et egressus est foras (3). Saint Thomas d'Aquin fit mieux encore : une femme débauchée, mais d'une grande beauté, était entrée dans sa chambre pour le porter au mal : n'ayant pas d'autre arme sous la main, le vertueux jeune homme prend un tison enflammé, le dirige contre celte misérable, lui brûle le visage, et la chasse honteusement (4). Ainsi firent ces deux jeunes hommes; donnant à comprendre par leur héroïque exemple : le premier, cette parole du sage : Qu'il ne faut point demeurer avec des femmes ; et que l'iniquité de l'homme sort de la femme, comme la teigne d'un vêtement: In medio mulierum noli commorari ; de vestimenio enim procedit tinea, et a miiliere iniquitas viri (5) ; le second, ce qu'il écrira lui-même dans le plus beau de ses livres : Qu'à moins d'en éviter le commencement, lequel n'est autre souvent qu'un regard jeté avec complaisance sur une femme,

(1^ Senec. Epist. 116.

(2) I Cor. c. VI, v. 18.

(3) Gen. c. XXXIX. V. 12 el seqq.

(4) GlRY.

(o) EcGLi. c. XIII, V. 12 et 13.

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ce n'est qu'à grand'peine que Ton parvient k ne pas tomber dans le péché impur: Luxuria vix vitari jjolest, niai vileluv principium ejus, sciticet aspeclits mulieris piilchrœ {!).

Il faut prier. Aussitôt que vous sentirez en vous quelque tentation, dit saint François de Salea, faites comme les petits enfants qui aperçoivent dans la campagne une bête féroce, car aussitôt ils courent entre les bras de leur père et de leur mère, ou tout au moins les appellent à leur aide. Recourez de même à Dieu, réclamant sa miséricorde et son secours (2). Cette consultation du saint homme s'applique particulièrement à la maladie que nous traitons en ce moment. La chasteté est un don de Dieu; nul ne la possède, s'il ne la demande (3). Mais ajoutons-le sans tarder: Qui la demande, comme il faut, l'obtient sûrement. C'est l'enseignement de l'Église par un de ses organes les plus autorisés : Dens donum castitalis recte petenlibus non denegat (4). Dieu, dit encore le même saint Concile de Trente, ne nous commande rien d'impossible; ce que nous croyons tel, en nous le commandant Dieu nous avertit de faire ce que nous pouvons, de demander ce que nous ne pouvons pas, et cela même que nous ne pouvons pas, il nous aide pour que nous le puissions : Deus impossibilia non jubel, sed jubendo monet et fa.cere quod possis, et petere quod non possis, et adjiivat ut possis. Que cette doctrine est fortifiante ! Et pour en faire une application immédiate au sujet qui nous occupe : priez donc; priez, comme Salomon aux jours heureux de sa jeunesse; que ne le fit-il dans un âge plus avancé ! avec une âme fervente, et de tout cœur, ex totis prœeordiis (5) ; surtout quand la tentation se fait plus violente, criez vers Dieu, exposez-lui l'excès de votre faiblesse, la fureur de la passion qui vous enlruîne, peut-être même le poids de l'habitude qui vous tyrannise. S'il le faut, et il est rare qu'il ne le faille pas, à la prière joignez le jeûne. Le démon de l'impureté est un genre de démon qui ne se chasse bien que par la prière et le jeûne, dit

(J)S. Trw.r. 2. 2. q. 167. art. 2.

(2) Vie dévui:, !■• partie, c. vu,

(3) Sap. c. VIII.

(4) Covc. Trid

(5) Sap, 1. c.

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Notre- Seigneur (1). Et saint Jean Ghrysostome, sans rien ajouter à la pensée du Maître, mais la rendant plus sensible : Le jeûne et la prière sont comme les deux ailes de l'âme, Qui orans jej unaty binas possidet alas ; il continue : l'oiseau armé de ses deux ailes, €t s'en servant pour planer dans les régions les plus élevées de l'air, tant qu'il res!e à ces hauteurs, il est impossible de le prendre, etenim volatilia^ dion aerem sécant, non facile capiicn» tur (2). Quel beau et ulile commentaire, tout à la ^fois delà parole de Jésus-Christ dans l'Évangile, et de cette parole du Sage, au livre des Proverbes : c'est en vain qu'on tend le filet devant les yeux de ceux qui ont des ailes : Frush^a autem jacitur rete ■ante oculos pennatorinn (3). Mais il faut finir.

Et pourtant, il y a ( ncore un remède, meilleur même que ceux que je viens d'énoncer, meilleur que la vigilance, que la morlifi- •cation de la chair, que la fuite des occasions, que la prière ; C'est l'usage des Sacrements. Ne nommons que ceux dont l'action est plus directe, et peut être plus souvent répétée, la Pénitence et l'Eucharistie (4). La Pénitence n'a-t-elle pas été instituée précisément en cette vue, non de couviâr le péché seulement, ou tout au plus de le raser, le système protestant de justification ne tient pas debout, mais de l'extirper, de l'anéantir, de le ruiner de fond ■en comble ? ICt si, comme je le suppose ici, ou plutôt comme je le conseille vivement, on le reçoit à des intervalles rapprochés, ou chaque semaine, ou chaque quinzaine, ou chaque mois au plus tard, est-il rien de plus salutaire, ou comme moyen de se connaître soi-même, ou comme direction, ou comme préservatif des rechutes, et mieux encore pour toutes ces choses à la fois ? Et cet aut'« Sacrement, de beaucoup plus excellent, l'Eucharistie. Y a-t-il encore à glaner après les grands Docteurs et les grands Conciles ? Ou plutôt n'ont-ils pas tout dit sur ce très saint et très auguste Sacrement du corps et du sang de Jésus-Christ : qu'il est <;e froment des élus, et ce vin faisant germer les vierges, comme le

(1) Matth. c. XVII, V. 20. »

(2) Ap. ScHRAM. t. 4. p. :253, 254.

(3) Proverb. c. I, V. 17.

(4) Sed ad vini !ibi<rinis opprimendam maxime valet frequens confessionis et Eucha-

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