XXXIX. — LA CHASTETÉ
von?; pas, et que cela même que nous ne pouvons pas, il nous aide pour que nous le puissions ; l'autre particulier à la veitu ellemême dont nous traitons en ce moment, qu'à la vérité, la chasteté est un don, mais qu'à tout homme ]u-iant couinie il faut, et le demandant, ce don, Dieu ne le refuse jamais (I). Aussi bien, les faits parlent plus haut que les textes eux-mômes, si autorisés qu'ils soient. Des deux héros de la chasteté que nous avons nommés dans la précé<lcnte Instruction : le premier, Joseph, était jeune encore, et — ce qui a été une cause de ruine pour plusieurs — d'une remarquable beauli'», quand il prit la fuite |)Our se soustraire aux sollicitations criminelles dontil était l'objet ; le second, saint Thomas d'Aquin, était à peine sorti de l'adolescence, lorsqu'il s'arma d'un tison enflamnié pourchasser la femme débauchée venue pour le perdre (2). La Vie des Saints fourmille d'exeuiples =ïemblables^ Un jeune prince, saint Casimir de Pologne, aime mieux moui-ir, à vingt cinq ans, que d'user du remède qu'on lui propose, mais qui metirait sa chasteté en péril (3). Les filles de saint Jean d'Acre, à l'heure où cette ville est pi-ise d'assaut, se mutilant le visage, et se coupent les lèvres, afin que les soldats, les voyant ainsi défigurées, en soient dégoûtés, et laissent leur pureté intacte (4). Et cet autre jeune martyr, auquel, après l'avoir lié avec des cordes, les païens présentent des objets propres à l'induire en péché mortel, qui se tranche la langue avec ses dents, et la crache à la face de ces effrontés tentateurs (5) ! Et aux premiers siècles de l'Église, les Agathe, les Agnès, les Potamienne, et des milliers d'autres, dont saint Ambroise dira : qu'elles affrontaient les supplices, et craignaient les regards : Impavidaj ad cncciaUt<, eru- 'lescentcs ad aspectus ; et Bossuet : que livrées aux hètes féroces, V. à des taureaux furieux qui les jetaient en l'air, on les voyait soigneuses de la pudeur et méprisant les tourments de la vie, et n'aynnt pour ainsi dire que le front tendre dans un corps de fer (6)!... <}ui donc, après cela, oserait encore prétendre, que la chasteté est impossible?
(4) Voir la pr^.rddente instruction.
(2) Brcv. nom. Die 7. Martii.
(3) GiRY. 4 mars.
(4) Plusieurs hagiographes rlnnncnt le fait comms ayant eu lieu à Tyr. •(5) Cité par Newman, dans une de ses coatérences.
.-IB) Élévations sxi%^ les Mystères.
Qui doit là pratiquer... La première question résolue, la seconde l'est aussi, et par cela même. Dès là que tout le monde, Dieu aidant, peut être chaste, tout le monde doit l'être; vous entendez bien, tout le monde, car cette parole ne souffre point d'exception : que nous devons nous tenir purs de tout ce qui souille la chair et l'esprit (1) ; ni cette autre encore : que nous n'avons point été appelés à vivre de la vie des sens, d'une vie tout animale,^mais d'une vie sainte et pure (2); tout le monde donc, et pour ne rien laisser d'inexploré en ceLLe matière : tout le monde, c'est-à-dire, et ceux qui ne sont pas encore engagés en l'état du mariage, et ceux qui y sont entrés, et ceux qui en sont sortis, et ceux qui n'y entreront jamais.
Premièrement, ceux qui ne sont pas encore engagés dans l'état du mariage. Adolescents, adolescentes, jeunes gens et jeunes filles, soyez chastes. Gardez avec un soin jaloux la pureté du cœur, et l'intégrité du corps. Les sens sont comme les portes de l'âme. A chacune de ces portes, mettez une sentinelle sûre, pour qt e l'ennemi ne glisse rien en fraude. Si la jeune Dina, lille de Jacol-, se fût tenue chez elle, au lieu de s'en aller au pays de Sichem, en un jour de réjouissance publique, pour voii, dit le texte sacré, ut viderel, et sans doute aussi, pour qu'on la vit, elle n'eût pai perdu sa liberté et son honneur (3j. Fuyez, non moins que la dissipation, l'oisiveté, mère de tous les vices. Le conseil que saint Jérôme donnait à un jeune homme de son temps, convient aux jeunes hommes de tous les temps : que le démon ne vous trouve jamais à ne rien faire : Diabolus te inveniat semper occupatum (4). Qui travaille, disent les moralistes, n'a qu'un démon qui le tente ; qui reste oisif en a cent qui l'obsèdent. Enfin, nous l'avons exprimé longuement ailleurs, nous le répétons brièvement ici : les bals, les spectacles, les danses conduisent au péché impur : fuyez toutes ces choses ; alors même que l'effet n'est pas immédiat, il ne laisse pas pourtant que de se produire. 11 en est de cela, comme d'un concert, dont on garde dans l'oreille les modulations et la douceur des chants, longtemps
(1) II Cor. c. VII, V. 1.
(2) I Thess. c. IV, V. 7.
(3) G EN. c. XXXIV.
<4) Ad Rusticum.