XXXIX. — LA CHASTETÉ
même après qu'il est fini. Au fond de sa grotte d'anachorète, et jusque dans la plus extrême vieillesse, saint Jérôme était assailli par les souvenirs d'un autre âge. l-lntendez-le plutôt : Quoique je n'eusse pour compagnie que les scorpions et les bêtes sauvages, je nie trouvais transpo''té par la pensée au milieu des danses des jeunes Romaines. Mes membres desséchés étaient recouverts d'un sac pour tout vêtement, et mon cœur était dévoré de brûlants désirs. Dans un corps exténué, dans une chair morte avant l'homme, la concupiscence attisait ses flammes impures (1). . . Adolescents, adolescentes, jeunes gens et jeunes filles, un dernier u>ot à vous adresser, ou plutôt ce n'est que la répétition du premier : Soyez chastes. Quel sujet de joie pour le Pasteur qui vous a baptisés, catéchisés, admis au banquet Eucharistique, si, présent il pouvait vous dire, ou si, absent il pouvait vous écrire, comme TApôlre saint Jean à ses jeunes disciples : J'^ sais que vous êtes forts, que la parole de Dieu demeure en vous, et que vous avez vaincu le Mauvais... le Mauvais, c'est-à-dire, 0.' après tous les commentateurs, le démon de l'impureté, qui est lu plus redoutable ennemi de la jeunesse : ^cri^o vobîs, adolescentes, quoniam v\cislis malignum... Scr bo vobis,juvenes, qiconiam fortes estiSy etverhiun Dei manetn vobs , et viclstis malignictn (2).
Secondement, ceux qui sont entrés dans l'état du mariage. Encore que saint Paul ait dit : Celui qui marie sa fille fait bien, maiii celui qui ne la marie pas fait mieux (3), et que de ces paroles il faille conclure que la virginité l'emporte sur tout autre étal de vie : le mariage pourtant, quoique d'ordre inférieur, est honorable. Comment ne k serait- il pas ? Le mariage a été institué par Dieu lui-même, dès le commencement, et par Dieu béni : Masaulum et feminam creuvit eos, benedixitque illis (4). Saint par son origine, le maiiage, même après la déchéance, ne cessa jamais, ni sous la loi patriarcale, ni souj< la loi écrite, d'être l'objet des attentions divines. Un honneur encore plus grand lui était réservé. La plénitude des temps venue, Jésus^Cbrist a fait le mariage Sa- .C'-ement autrement dit chose sainte, chose sainte qui signilio
(1) Cité d'après I.. de Grenade.
(2) I .To.WN. c. 11, V. <3 14.
13) 1 Cor. c. vu. v. Î8.
û)Ce.v. c. I, V. 27. 28.
une chose sainte, qui opère une chose sairiie : qui signifie un» chose sainte, l'union de Jésus-Glirist avec l'Église ; qui opère une chose sainte, la grâce sanctifiante, ou tout au moins une augmentation de grâce sanctifiante, et avec cette augmentation de grâce sanctifiante, une grâce sacramentelle, une grâce propre au sacrement, selon les fins pour lesquelles il a été institué. Le mariage est donc honorable : Honorahile connubium (1). Et maintenant^ de ces prémisses voy(^ sortir les conséquences. Puisque le mariage est honorable, époux, honorez-le. Époux, soyez chastes... Époux, soyez chastes, c'est-à-dire, comportez -vous dans le mariage, quant aux droits à exercer, quant aux devoirs à accomplir, avec réserve, modération, honnêteté et pureté, chacun de vous possédant son vase, comme s'exprime saint Paul, autrement dit son corps, en toute sanctification et honneur (2) ; car, de penser que tout soit permis entre personnes mariées est une très grosse et très dangereuse erreur. Époux, soyez chastes, c'est-à-dire gardez- vous, c'estle moins qu'on vous puisse demander, de vous reprendre, après voua être donnés, de vous reprendre pour vous donner à quelqu'autre^ et de commettre ce crime que la religion frappe de tous ses anathèmes, ce crime que saint Paul inscrit, et des premiers, parmi ceux qur excluent du royaume des cieux, ce crime que l'opinion publique, même en nos jours de morale relâchée, stigmatise comme il le mérite, ce crime que toutes les législations, même païennes, ont flétri et sévèrement châtié, ce crime enfin, qui est tout à la fois un péché énorme d'impureté, et la plus criante violation du droit d' autrui, l'adultère. Époux, soyez chastes, c'est-à-dire, ne frustrez pas le mariage de la principale des fins pour lesquelles il a été institué ; vous, soyez père, la vie que vous tenez en dépôt; c'est votre devoir non moins que votre honneur de la transmettre; vous, soyez mère, le mariage n'est pas un objet de luxe, le mot qu'il porte, dérivé du latin, exprime que la femme se marie pour devenir mère : Maîrimonium ah eo diciiur quod femina idcirco maxime nubere débet, ut mater fiât. Donc, soyez, vous, père, vous, mère ; soyez-le autant de fois qu'il plaira à Dieu : au > nom d® Dieu qui le défend sous les peines les plus sévères; au |
(1) Hebr. c. XIII, V. 4. m
(2) 1 Thess. c. IV, V. 4.
(3) Catech. Rom.