XXXIX. — LA CHASTETÉ
lution énergique, soit en vertu d'un vœu. Ce sont les vierges... Le» vierges, dont l'état de virginité l'emporte notablement plus sur l'état deviduité, que l'état de viduité ne l'emporte à son tour sur l'état du mariage (1) ; les vierges que le paganisme lui-môme tenait en une telle estime, qu'elles avaient le pas, dans les cérémonies publiques, sur les plus haut fonctionnaires de l'État, mais auxquelles est fait, au sein du Christianisme, cet honneur plus appréciable mille fois, d'être le plus bel ornement de l'Église, la plus noble portion du troupeau de Jésus-Christ, et dans le ciel de suivre l'Agneau partout où il va, de porter son nom écrit sur leur front, de célébrer sa gloire par des chants, qu'à la vérité, les autres chœurs de saints sont à même d'entendre, mais qu'ils ne peuvent redire... (2) O vierges, combien grande est votre dignité,' et votre sort digne d'envie ! Mais soyez chastes. . . Soyez chastes, prêtres, qui montez chaque jour à l'autel^ qui avez pour roi et pour modèle le Pontife saint, innocent, exempt de souillure,séparéî des pécheurs, et plus élevé que les cieux (3), pour vous dire, san&^ doute, qu'à peine vous devez toucher à terre... Soyez chastes, vierges vouées à la prière, dans le cloître, ou vivant dans lemonde^ pour en traiter d'une main plus sûre les hideuses plaies, au phy» si que comme au moral. Qu'il ait tout votre cœur, celui-là seul qui a reçu vos serments. Cesser, quelque jour, d'être chaste, après s'être engagé à le demeurer tous les jours, ce serait un adultère. L'être toujours, après avoir juré de ne le cesser jamais, c'est être. un ange, quedis-je, plus qu'un ange. Ne le voyez- vous pas ? Plus heureuse, sans aucun doute, la virginité de l'ange, abritée qu'elle est contre tous les orages; plus coureigeuse la virginité de l'homme, et partant plus méritoire, en lutte continuelle avec la chair et le sang : comme plus blanche, croyons-nous, la neige, tant qu'elle reste dans le nuage au sein duquel elle s'est formée, et où il n'y a rien qui la puisse ternir : plus admirable pourtant, si, tombée à terre, et quoique tombée à terre, elle conserve encore toute sa blancheur.
Mais il faut finir. Donc, adolescents et adolescentes, jeunes gens
11) Centesimum fructum virginibus, sexagesimum viduîs, trigesimum casto matri»!/ monio deputamus. Ita S. Hieroxvmus. Ap. Clément Marc.
(2) Apoc, c. xfv.
(3) Heb. c. vu, V. 12.
et jeunes filles, hommes et femmes conjoints par le mariage, et vous aussi dont les liens sont rompus, veufs et veuves, et vous enfin, vierges, qui l'êtes en vertu d'une promesse, et mieux encore en vertu d'un vœu : que tous soient chastes... que tous soient chastes, selon le don qu'ils en ont reçu, et selon l'état qu'ils ont embrassé... Heureux celui qui entend ces choses; plus heureux celui qui les met en pratique. La chasteté est un trésor si précieux, qu'aucun autre au monde ne peut lui être comparé. C'est le Sage qui le dit, et nous pouvons l'en croire, car il le dit au nom même de Dieu qui l'inspire : Omnis ponderatio non est digna continentis animœ... (I).
(1) ECCL. c. XXVI, V. 20.
SEPTIÈME COMMANDEMENT
PREMIER PRONE Le droit de propriété
Non fiirtiim faciès.
Vous ne déroberez point.
Qiiam hsec verba subjectam habent
nolionem? nisi vetare Deum bona haec
nos Ira, qnœ in cjus tutela sunt, a quo-
quam auferri aut violari.
Catech. Rom.
C'est le texte authentique du septième Commandement: Vous ne déroberez point : Non furliim faciès. En l'édictant, dit le Catéchisme Romain, Dieu ne s'est proposé rien autre chose que d'empêcher qu'on ne prît, ou qu'on n'endommageât le bien d'autrui, dont il se déclarait le protecteur. Or, ajoute-t-il, plus ce Commandement est un effet de la bonté de Dieu à notre égard, plus nous devons lui témoigner de reconnaissance ; et comme le meilleur moyen de le faire, c'est non seulement de recevoir avec joie ses préceptes, mais encore de les pratiquer ponctuellement, il importe que le pasteur n'oublie rien pour en inspirer l'amour, et en presser Faccomplissement. C'est de ce devoir que nous nous acquitterons en cette Instruction, et dans les suivantes. Dieu nous aide de sa grâce...
Que Dieu ait le haut domaine sur la création tout entière, qui est son œuvre, et en particulier sur la terre que nous habitons : la raison le démontre. L'Être éternel, infini, tout puissant, qui
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est par lui-mêine, et sans lequel rien no serait de ce qui est, nO' peut être autre chose que souverain, au sens le plus absolu du mot. Ce que la raison seule suffit à établir les saintes Écritures le disent avec e^icore plus d'autorité. Au chapitre dixième de l'Exode : Obéissez ponctuellement à ma voix, dit le Seigneur, et gardez mon alliance car toute la terre m'appartient (1). Au chapitre vingt-cinquième du Lévitiaue : La terre est à moi, dit encore ' le Seigneur, et vous, vous êtes les étrangers, les colons à qui je la loue {'È). Et au psaume vingt-troisième : La terre est au Seigneur, s'écrie le divin Psalmiste, avec tout ce qu'elle contient, la terre entièi'O et l'universalité de ceux qui l'habitent : Domini eut terra et pJen'diido ejus, orbls icrrancm, et univcrsi qui habitant in eo (3). N'insistons pas davantage ; cette première vérité est acquise : Le vrai Maitre, le vrai Seigneur, le Propriétaire unique, c'est Dieu.
Que Dieu, vrai maitre, vrai seigneur et propriétaire unique, ait cédé à l'homme le douiaine utile de la totalité des choses, tout en retenant le domaine suprême, et qu'en vertu de cette cession la terre et ses produits, les richesses qu'elle renferme dans son sein^ et les fruits (|ui mûrissent à sa surface, les forêts profondes, les plaines immenses, les fontaines, les fleuves, les océans, les vivants de l'air, de la terre et des eaux: qu'en vertu de cette cession, disons-nous, le travail de l'homme s'y ajoutant, toutes ces choses appartiennent à l'homme, et servent à ses usages : cette fois encore les saintes Écritures en témoignent. Au chapitre premier de la Genèse, ainsi parle le Seigneur: Croissez et multipliez-vous; ■ remplissez la terre et vous l'assujettissez, et dominez sur les poissons delà mer, sur les oiseaux du ciel, sur tous les animaux qui se meuvent sur la terre. Et il ajoute : Je vous ai donné toutes les herbes qui portent leur graine, et tous les arbres qui renferment en eux-mêmes leur semence, chacun selon son espèce, pour que vous puissiez vous en nourrir (4). Après le déluge, même cession faite à l'homme par Dieu, et dans les mômes termes: Dieu bénit Noé et ses enfants, et leur dit :■ croissez et multipliez-vous, et
(1) Exon.N c. X, V, 5.
(2) Levit. c. XXV, V. 23.
(3) PSAL. XXUI, V. 1.
(4) Gen. c. I, Y. 28. 29.