XL. — LE DROIT DE TROPRIKIE
remplissez la terre. Que tons les animaux de la terre, et tous les oiseaux du ciel, el tous les poissons de la mer vous soient assujettis. Nourrissez-vous de tout ce qui a mouvement et vie, et de uit ce qui croit dans les champs ; comme j'ai abandonné toutes es choses à ceux qui vécurent avant vous, je vous les abandonne 1 vous-mêmes (1). Ici, non plus, n'insistons pas davantage. Cette > érité n'est pas moins certaine que la première : Dieu restant ce qu'il est, le vrai maître, et en cette qualité tous ses droits étant réservés, l'homme est propriétaire en second, et quant à l'usage la terre est à lui.
Mais le sujet n'est pns épuisé, il s'en faut. Qui ne voit clairement, qu'après avoir été donnée collectivement à tous, comme elle le fut en effet, dès l'origine, la propriété de la terre allait devenir, par le fait même de l'homme, de commune particulière, de générale individuelle, Dieu n'ayant fait, à cet égard, aucune défense? Qui ne voit clairement que devenue particulière et individuelle, à quelque titre légitime, par exemple, au titre de x>^'6nv.ifr occupant, surtout si le premier occupant y metlait une partie de lui-même, son travail, la propriété de la terre devait être stable, et à l'abri de toute entreprise d'usurpation ? Enfin, qui ne voit clairement que, pour être vraiment particulière, vraiment individuelle, vraiment stable, la propriété de la terre serait dans les mains de son détenteur, à entendre ce mot dans sa meilleure acception, comme sa chose propre, disponible en tout temps, et transmissible à son gré? Reprenons l'une après l'autre ces trois vérités.
Et d'abord, il est évident, surtout le genre humain venant à se propager et à s'étendre, que la propriété de la terre, par Dieu cédée à l'universalité des hommes, allait devenir de commune particulière, de générale individuelle, sinon partout et toujours, du moins en la majeure partie des cas (2). Autrement, c'est-à-dire si la terre fût restée indivise, si tout eût appartenu à tous et à chacun, non seulement quant à la propriété du fonds, mais encore quant à l'usage : s imagine-t'on les contestations qui fussent nées d'un tel état de choses ? Écoutez plutôt : Abraham, et Lot le fils
(1) Ibid. c. IX, V. 1. et seqq.
' (2) Dcus generi horninum donavisse terram in communi dicitur, non quod ejus promiscuum apud omnes domiuatum voluerit. Encyc. Rerum novarum.
de son frère, lisons-nous au chapitre treizième de la Genèse, juste»^ pourtant l'un et l'autre ^i craignant Dieu, ne pouvaient vivre ensemble, bien que leurs 'nlérêls fussent de même nature : Nequi bant habitare communite7\ Chaque jour leurs serviteurs se prenaient de querelle : Fada est rixa uiter pasLores greginn Abram et Lot. Il faut qu'à la lin Toncle dise au neveu : Qu'il n'y aitpoint,^ je vous prie, de dispute entre vous et moi, entre vos pasteurs et les miens, car nous sommes frère.-,, et le même sang coule dans nos veines. Voyez ces plaines immenses : retirez-vous donc d'auprès de moi ; si vous allez vers la gauche, je prendrai la droite; et si \ous vous décidez pour la droite, j'irai vers la gauche. Et ils se séparèrent (1)... Quittons ces temps anciens pour revenir aux nôtres. La terre étant peuplée dix fois plus qu'elle ne l'était alors, et les hommes d'aujourd'hui, pour la plupart, moins vertueux qu'à l'époque patriarcale : si les propriétés étaient indéterminées ; autrement dit, si tout était à tous, que de litiges, que de conflits, que de guerres d'extermination de peuple à peuple, de tribu à tribu, de famille à famille, d'individu à individu I La terre cesserait d'être habitable.
En second lieu, il est évident que, devenue particulière et individuelle, par le fait de l'homme, et comme on le suppose ici, à quelque titre légitime, par exemple au iiivQ àQ premier occupant^ surtout si le premier occupant y mettait une partie de lui-même, son travail, la propriété de la terre devait être stable, et abritée contre toute entreprise d'usurpation. Comment aurait-elle pu ne pas l'être ? La propriété d'autrui, s'il était facultatif de s'en emparer impunément par violence ou par fraude, mériterait-elle d'être appelée de ce nom ? Autant qu'une comparaison peut être juste : différerait-elle beaucoup de cette toile des temps fabuleux qui se défaisait à mesure que l'on travaillait à l'ourdir ? La propriété devait donc êtrH stable; et elle le sera en etfet, et d'autant plus sûrement que le principe qui la fera telle sera lui-même plus élevé. Quel principe ? Je viens de le dire : je suis premier occupant, et le travail par lequel je l'ai remué, défriché, amélioré, fertilisé, ce champ jusque là n'appartenant à personne, ou délaissé par tout le monde : ce travail est à moi, à moi inviolablementr à moi en.
(1) Ge.n. cap. xm, v. 5 et scqq