‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 139 sur 223 · XL. — LE DROIT DE PROPRIÉTÉ · texte numérisé non relu

XL. — LE DROIT DE PROPRIÉTÉ

naturel. La législation humaine pourra intervenir pour réglementer ces choses ; à part cela, il lui est interdit d'y toucher.

Et maintenant que le droit de propriété est démontré réel, véritable, au sens de l'enseignement catholique, et do la saine raison, redisons le mot qui nous a donné entrée en cette matière : Remercions Dieu de sa grande bonté à notre égard : In ipsius beneficii auclorejn Deitm gratiores esse oportet (1). Cq n'était pas assez pour lui de pourvoir à sa gloire, et à l'honneur de son culte par le s trois premiers Commandements ; ni de resserrer les liens de la .famille, et par là d'assurer le recrutement de la société ,■ ni de sauvegarder notre vie, et l'incorruptibilité du foyer domestique : ce qui est le propre des trois Commandements suivants; il a voulu par cet autre, qui est le septième: Vous ne déroteres points mettre à l'abri de toute injustice, même nos biens extérieurs, et tout ce qui nous appartient (2)... Les Instructions prochaines nous apprendront mieux encore à apprécier, comme il le mérite, un tel bienfait...

(1) Catech. Rom*

(2) Catech. Rom,

SEPTIEME COMMANDEMENT

SECOND PRONE La négatioa du droit da propriété, ou le socialisme

Non furtum faciès.

Vous ne déroberez point.

Bonoram distributiones et assignationes, jam inde ab initio constitutas, divinis et humanis legibus confîrmalas, ratas esse oportel, ul unusquisque, nisi humanam societatem tollere velirnus, ea teneat quse ei jure obligerunt.

Catech. Rom.

socialisme? Ou bien remonte-t-il plus haut, et le Catéchisme Romain l'avait-il en vue, déjà de son temps, lorsqu'il prononçait ces graves paroles : Il est nécessaire que la distribution et le partage des biens, établis depuis l'origine, et confirmés par les lois divines et humaines, ne soient point violés, et que charun possède paisiblement ce qui lui appartient de droit : faire autrement, ajoute-t-il, ce serait bouleverser la société humaine, et vouloir qu'elle s'abimât dans une ruine totale : Nisi humanmn societatem tollere velirnus.. . Quoi qu'il en soit des siècles antérieurs au nôtre, l'état présent des esprits ne peut faire doute pour personne : le mal existe; que dis-je, il est plus menaçant que jamais, il gagne de proche en proche comme une lèpre; et au prôniste d'aujourd'hui le devoir incombe, plus à beaucoup près qu'il n'incombait ' ' au prôniste d'autrefois, de le combattre résolument. C'est ce que

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nous nous proposons de faire dans cette Instruction. Dieu nous aide de sa grâce...

Nous venons de le dire implicitement, mais pour préciser davantage encore, nous le répétons : il ne s'agit pas ici du socialisme en général, ni de telle ou telle forme de socialisme pouvant être légitime, mais du socialisme selon le concept actuel, du socialisme tendant à renverser, à abolir la propriété privée existante, afin de l'attribuer à l'État ou aux municipalités, à la charge pour celles-ci, ou pour celui-là, de faire entre tous les citoyens part égale.

Or, si cette notion du socialisme, tel qu'il se présente aujourd'hui, est la notion exacte, nous n'aurons pas de peine à démontrer qu'au point de vue des intérêts sociaux qu'il se donne mission de défendre, il est de toutes les doctrines ayant ces matières pour objet, la plus condamnable : parce qu'il suppose comme vraie une chose très fausse; comme possible une chose qui ne l'est pas, ni ne le sera jamais ; comme conforme au droit une chose qui, si par impossible elle se réalisait, serait une flagrante violation du droit. Reprenons l'une après l'autre ces trois propositions, et donnons à chacune d'elles le développement qui lui convient.

Et d'abord, le socialisme, celui que nous avons en vue, le socialisme actuel suppose comme vraie une chose très fausse, à savoir que la propriété originairement collective, ainsi que tout le monde en convient : c'est ou la violence, ou un pacte général conclu à cet effet, ou la loi civile, qui l'a faite individuelle, personnelle, exclusive. Or, de tous ces dires aucun n'est fondé. Il est faux que la propriété, de collective qu'on la suppose, avec raison, avoir été, au début , ce soit la violence qui l'ait faite individuelle, personnelle, exclusive. Le premier propriétaire connu, je veux dire le premier homme qui apparaît dans les Écritures, en cette qualité de propriétaire privé (1), A.bel, est surnommé le juste (2). Le plus riche propriétaire de l'époque patriarcale, Abraham, était célèbre dans tout l'Orient par ses vertus. Il est faux que la pro-

(1) Selon le texte sacré, Abel est propi'iétaire, au sens vrai du mot, son troupeau est à lui, et non à quelqu'autre ; c'est de ce troupeau, qui est proprement le sien, qu'il tire une ou plusieurs de ses plus grasses brebis, pour offrir un sacrifice au Seigneur : Abel quoque obtulit de primôgenitis gregis sui, Gen. c. iv, v. 4.

(2) Mattii. c. XXIII, V. 35.

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