XLI. — LA NÉGATION DU DROIT DE PROPRIÉTÉ
priété, de collective qu'on la suppose, avec raison, avoir été, au début, ce soit un pacte, une entente générale, ou spontanée ou adroitement conduite, qui l'ait faite individuelle, particulière, exclusive : ce pacte est une pure fiction, il n'y en a trace dans l'histoire, et en logique rien n'est plus permis que de nier gratuitement ce qui est avancé gratuitenient. Enfin, il es t faux que la propriété, de collective qu'on la suppose, avec raison, avoir été, au début : ce soit la loi civile qui l'ait laite individuelle, personnelle^ exclusive ; elle existait telle, l'ombre d'un doute est impossible à cet égard, avant que les hommes se fussent établis en société, et fissent des lois. Non ; qu'on le saclte bien et qu'on le retienne, U violence, un pacte quelconque, la h i civile ne sont pour rien dans l'institution première de la propr: Hé. Nous l'avons dit dans la précédente Instruction, nous le ré|,: tons dans celle-ci : Originairement commune et collective, Die n'ayant assigné de part à personne, la propriété a été faite indi\ luelle, particulière, exclusive;^ de par le droit naturel, en la mani< e suivante : Un homme, puis cent, puis mille... un homme a occ péun champ qui n'était à personne, il l'a labouré, remué en tout sens, ouvert à l'air fécondant ; il y a mis en même temps qu'une s^'Uience choisie, toute la sueur de ses bras, toutes les industries de son esprit. — Ce champ, hier stérile, aujourd'hui couvert de belles moissons, ou planté d'arbres portant fruits, est-il autre chose que l'extension, le prolongement du corps et de l'âme de ce i iborieux premier occupant, et c^mme une portion de son être ? N( l'a-t-il pas signé de son nom ? marqué de son sceau? imprégné de a personnalité? Ne lui appartient-il pas en vertu du droit nature , comme son travail, comme les facultés intellectuelles et physi'' les d'où procède son travail^ lui appartiennent de par le même d: )it ? Et avant que la loi civile ait parlé; même avant que sur le p Mnmet du Sinai Dieu ait prononcé le no/z furluiïi faciès: Vou ne déroberez point... celui qui eût tenté de l'en déposséder, n" ^irait-il pas été très légitime" ment tenu pour coupable de vol (1) Mais avançons :
Secondement, le socialisme supp'- i comme possible une chose ' qui ne l'est point, ni ne le sera jai!; ils: l'égalité des conditions. Que tous les hommes soient égaux j r la communauté d'origine^
(l)Voir la première partie de VEncy. Rcno nuvarum.
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ce n'est donfenx pour personne, et j'entends le plus magnifique des rois de l'Orient, le mieux ù même de penser et de parler autrement, si cette vi'rité n'était à ce point évidente qu'il est impossible d'y contredire, je l'entends, dis-je, s'ccrier: Je suis moimême mortel, remldable à tous les mortels, conçu comme eux de la substance d'un liommedans le sein d'un femme, et né en poussant des cris. Nul bomme, fiit-il roi, n'est venu en ce monde autrement que tout le monde : Nemo ex regibus aliud hdbuit nativitatis exorcliu7n (l). Que tous les bommes soient égaux devant la mort, personne non plus ne le conteste, la loi est inexorable, elle ne souffre aucune exception ; aussi bien, le même grand monarque, S«nlomon, continue et dit : Pour tout homme il n'y a qu'une manière d'entrer dans la vie; seinblablement pour tout homme il n'y a qu'une manière d'en sortir : Unies ergo introitus est omnibus ad vitam, et similis eocitics '2). Enfin, que tous les hommes soient égaux devant la loi, hormis le cas où un service public serve d'éq^Ti^i^lence et justifie un privilège, rien de mieux. Comme Dieu ne fait acception de personne (3): que la justice humaine, émanation de la justice souveraine de Dieu, ne fasse, elle aussi, acception de personne ; si deux hommes ont fourni une tâche égale, qu'ils reçoivent égale récompense; si deux hommes ont commis le même crime, qu'ils soient punis de la même peine; si vous êtes le Pouvoir, (3U simplement un particulier : vous, Pouvoir, dans la répartition des faveurs ou des charges, vous, particulier, dans vos relations commerciales avec vos semblables, n'ayez pas un poids et un poids, une mesure et une mesure, une balance et une balance : toutes choses qui sont en abomination devant le Seigneur (4).
Mais cela dit, le chapitre des égalités, dans l'ordre naturel du '/uoins, est à peu près épuisé. Quant au nivellement des conditions, tant rêvé par le socialisme, qui n'en voit l'impossibilité absolue? Qui ne voit aussi d'où cette impossibilité procède ? D'homme à homme forces physiques inégales ; d'homme à homme facultés intellectuelles inégales; d'homme à homme aptitudes inégales;
(1) Sap. cap. VII.
(2> Sap. Ibid.
(3) Rom. c. ii, v. 11.
(4)Prov. c. XX, V. 10.
XfJ. — LA NKGATTON DU DROIT DE PROPRIKTÉ 399
vThomme à homme habitudes morales différentes; d'homme à homme, chances, si le mot était chrétien, chnnces variables, heureuses ponr celni-ci, défavorables à celui-là : et par conséquent, de Tune ou de l'nnti'e de ces causes, on de toutes réunies, diverfîité des professions, spécialité de chacune, division du travail; et pour «"elui qui l'exerce, cette profession, qui l'exécute, ce travail, plus ou moins de succès, plus ou moins de gain. L'inégalité des conditions c«t expliquée.
Oni, me direz-vous, mais cet état de choses n'est-il pas imparfait? N'eût-il pas mieux valu qu'il en fût autrement? Soit, pour un instant. Mais nous n'y pouvons rien, ni vous, ni moi, ni personne a^K monde. Pour abolir l'inégalité des conditions, il faudrait détruire' les inégalités, les défectuosités de ia nature humaine, toutes ses' faiblesses avec toutes leurs variétés. Impossible. Quoi qu'on fasse, il y aura toujours des forts et des moins forts, des sages et des' moins sages, des sobres et des intempérants, des économes et des prodigues, des travailleurs et des oisifs, des habiles qui gagnent et des maladroits qui perdent : et si un jour ou l'autre le socialisme, devenu tout puissant, décrétait le nivellement universel, le partage en lots égaux de tous les biens, il faudrait recommencer le lendemain... Soit, pour un instant, avons-nous dit ; car si l'inégalité des conditions est une nécessité qui s'impose, à certains égards c'est une nécessité utile. Ce mélange des forts et des faibles, des grands et des petits, des riches et des pauvres, est un mélange avantageux. Un des plus 'illustres Docteurs de l'Église grecque, saint Jean Ghrysostome, et Bossuet qui l'interprète, imaginent deux villes, habitées, la première rien que par des riches, la seconde rien que par des pauvres. Laquelle serait heureuse? N"! l'une, ni l'autre. Malheureuse la première, parce que l'abondance, ennemie du travail, incapable de se contraindre, et toujours emportée dans la recherché des plaisirs, corromprait tous les esprits, et amollirait tous les courages par le luxe, l'orgueil et l'oisiveté. | Malheureuse la seconde, puisqu'elle ne serait peuplée que de pauvres, pourtant notablement moins malheureuse que la première, parce que la nécessité industrieuse, féconde en inventions, et mère des arts profitables, appliquerait les esprits par le besoin, les aiguiserait par l'étude, et leur inspirerait plus de vigueur par l'exercice de la patience. Que faire donc? Les réunir, les compléter,
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Tune par l'autre, faire les habitants de l'une et de l'autre s'aimer, se dévouer réciproquement, se rendre de cliaritables services, et travailler de concert au bonheur commun (1)... Or, ce que ces deux grands hommes ont imaginé, Dieu l'a exécuté. Qui oserait dire qu'il s'est trompé?... Mais reste une dernière considération.
Troisièmement, le socialisme suppose comme conforme au droit une chose qui, mise à exécution, serait une flagrante violation du droit. Quelle chose donc? Puisqu'il ne s'agit ici que du socialisme selon le concept actuel, laissons décote les intransigeants du système, qui disent : Tout est à tous et à chacun ; tous les biens sont communs; libre à qui le veut de s'en emparer... pour ne parler que de ceux qui, ou moins audacieux ou plus habiles, le formulent ainsi : Tout est à tous, mais non à chacun ; chaque particulier n'a droit qu'à ce qui lui est accordé par la Communauté, c'est-àdire par l'État, propriétaire unique, ou, sous son contrôle par les Municipalités... Si la première formule trop absolue, trop éhontéé, ouvrant la porte toute grande aux désordres les plus extrêmes, n'a que peu de partisans : la seconde, plus mitigée, déguisant mieux l'erreur, les compte par milliers et centaines de milliers. Certes, ce n'est pas nous qui contesterons à l'État les droits qui lui appartiennent vraiment ; nul mieux que la religion ne les recommande au respect. Ces droits sont nombreux, variés, très étendus. Que l'État lève des impôts, pourvu qu'ils soient proportionnels, et dans la juste mesure des nécessités publiques, c'est son droit. Que l'État ait à ses ordres une armée permanente, soit pour maintenir la tranquillité à l'intérieur, soit pour assurer l'in- i violabilité du territoire contre les attaques venant du dehors^ c'est son droit. Que l'État exproprie tel de ses sujets pour caused'utilité dûment constatée, mais moyennant indemnité, c'est-à-dire' en reconnaissant ce sujet, comme vrai propriétaire, c'est son droit. Que l'État entre même dans le sanctuaire, à tout autre fermé, de la famille et y intervienne, ou pour protéger un droit qu'il est seul à pouvoir protéger, ou pour redresser un tort qu'il est seul à pouvoir redresser, c'est son droit. En possède-t-il d'autres encore? Nous n'avons pas la prétention de les énumérer tous. En général,. l'État doit être pourvu de tous les moyens nécessaires pour rem-
(1) s. Jean Chrysostome. De divit. etpaup. Bossuet. De Véminente dignité des; pauvres dans l'Église.