‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 15 sur 223 · V. — PECHES CONTRE LE PREMIER COMMANDEMENT · texte numérisé non relu

V. — PECHES CONTRE LE PREMIER COMMANDEMENT

hommes aperçussent le suprême Artiste et grand Ordonnateur, et l'adorassent en cette qualité de seul Maître. A la vérité, ils voyaient toujours l'ouvrage, mais de plus en plus dominés par les choses sensibles, à défaut de l'Ouvrier qu'ils avaient fini par ne plus voir, ils retinrent l'ouvrage lui-même, la terre, la mer, les fleuves, le vent, le feu, le soleil, la lune, tout le ciel étoile, et donnant àchacununnom propre, qui le personnifiât, ils s'en firent autant de dieux (1), tant est vraie cette parole des Écritures, et tant elle s'accomplissait ici à la lettre : que les créatures de Dieu sont devenues un sujet de tentation aux hommes, et un filet où se sont pris les pieds des insensés : Creatiirœ Dei factœ suni in teiitationein animahushominumyetin 7nuscipulai7i pedibus insipienthcm (2).

Quatrième cause enfin, et de toutes la plus impulsive, la plus sûrement suivie d'effet ; saint Thomas, que nous suivons pas à pas en cet exposé, l'appelle complétive, consummativa : L'action du démon. Faut- il s'en étonner? N'avait-il pas juré, dans sa haine implacable, de détrôner Dieu ? A l'homme, presque au lendemain de sa formation, n'avait-il pas dit, en lui présentant le fruit défendu : Vous serez comme des dieux, et tenté, dès ce moment déjà, de partager la divinité entre plusieurs (3) ? Engagé dans cette voie de rébellion, il ne s'arrêtera plus désormais. Déchu de l'état de grâce dans lequel il avait été créé, mais resté en possession des dons naturels que Dieu lui avait faits, il s'en servira pour

fl) CORNEL. A Lap. in cap. 13, v. 2. Sap. — A.hl combien mieux inspiré, saint Augustin, quand interrogeant toutes les créatures, l'une après l'autre, et demandant à chacune si elle est son Dieu, il la fait lui répondre ; Non, je ne suis point ton Dieu . Interrogavi terram si esset Deus meus, et dixit mihi, quod non ; et omnia quae in ea sunt, hoc idem confessa sunt. Interrogavi mare, abysses et reptilia quaj in eis sunt, et l'esponderunt : Non sumus Deus tuus, quœre super nos eum. Interrogavi stabilem aerem, et inquit universus aer cum omnibus incolis suis : Fallitur Anaximenes, nom sum ego Deus tuus. Interrogavi cœlum, solem, lunam et stellas : Non nos sumus Deus tuus, inquiunt. Et dixi omnibus his, qui circumstant foi'es carnis mese : Dicite mihi de Deo meo, dicite mihi aliquid de illo. Et clamaverunt omnes voce grandi ; Ipse fecit nos. Interrogavi pi'oinde mundi moleni. Die mihi si es Deus meus, an non. Et respondit voce forli ; non sum, inquit, ego, sed per ipsum sum ego. SolUoq. cap. 31.

(2) Sap. c. 14, v. 11.

(3) Un ancien Père, saint Basile de Séleucie, dit : qu'en proférant ces paroles, Satan jetait des l'origine du monde les fondements de l'idolâtrie. Ap. Bossuet. Panégyrique de saint Victor.

exécuter son infernal dessein : de sa puissance pour produire des <îhoses surprenantes, supérieures au pouvoir de l'homme et aux forces de la nature ; de sa p:^nétration des secrets de l'avenir pour rendre des oracles, et faire croire que le simulacre au moyen duquel il les rend, est un dieu ou tout au moins qu'un dieu y habite : du penchant qu'il sait être dans l'homme vers la volupté et la cupidité, pour lui proposer comme dieux, des infâmes, des incestueux, des impudiques, des voleurs, et lui persuader qu'en les imitant, il fait un acte de religion (1). 0 altitudines Satanœ ! 0 profondeurs de Satan ! Qui saura jamais de combien d'artifices il use, cet esprit ténébreux, pour nous perdre, et par notre perte se venger de Dieu !

Troisième question : Nous connaissons les causes, du moins les principales, du culte des idoles ; mais quelle en a été la diffusion dans le monde ? jusqu'à quels excès l'a-t-on porté ? -ou plutôt, pour résumer ces deux demandes en une seule : fut-il donc universel ? Universel, quant au temps, non ; nous l'avons dit précédemment, nous nous plaisons à le répéter, le premier culte ■en usage parmi les hommes fut le culte du vrai Dieu, et pendant près de deux mille ans, il n'y eut que de rares cas d'idolâtrie, si tant est qu'il y en eut. Universel, quant aux hommes, c'est-à-dire quant à ceux qui le professèrent, lorsqu'il fut en vigueur, au sens absolu du mot, non plus. Les Juifs, peuple à tête dure, ne pliant que devant la menace ou sous le châtiment, et très enclin à l'idolâtrie, ne furent idohitres pourtant qu'à de rares intervalles, par exemple, au pied du Sinaï, quand ils adorèrent le veau d'or (2), et en quelques autres circonstances ; mais à partir de leur retour de captivité, on ne voit plus qu'ilsl'aient été jamais. Au sein de la gentilité elle-même, le vrai Dieu ne s'était point laissé sans témoignage (3) ; il y comptait, en bien plus grand

(1) Le culte des faux dieux fut habilement suggéré par l'antique ennemi, afin que des liommes passionnés pour l'impureté, s'empressassent d'adorer des dieux, dont le culte se confondait avec les voluptés elles-mêmes dont ces hommes étaient si avides. S. AUG. Cité de Dieu, liv. 2. — Bossuet dit équivalemment : Pourquoi tous ces dieux, d'une notoriété indigne, sinon pour secouer le joug du seul vrai Dieu ; afin que la majesté de Dieu étant si étrangement avilie, l'homme n'eût plus d'autres guides que ses fassions: c'est à quoi aboutissaient à la fin toutes les inventions de l'idolâtrie. Panégyrique de S. Vi'ctor.

(2) ExOD. c. 32.

(3) ACT, c. 14.

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