‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 141 sur 223 · XLI. — LA NÉGATION DU DROIT DE PROPRIÉTÉ · texte numérisé non relu

XLI. — LA NÉGATION DU DROIT DE PROPRIÉTÉ

plir ses fonctions, la plupart très délicates, toutes très importantes ; c'est-à-dire que jusqu'où vont ses devoirs, jusque-là vont ses droits. .. Mais que l'État soit propriétaire unique et souverain; qu'à ce titre tout lui appartienne, tout, la terre et ce qu'elle produit, l'ouvrier et l'ouvrage qu'il fait, l'industrie, le commerce, l'usine, la manufacture, tout, les personnes et les choses : que dire d'une prétention tellement exorbitante, qu'elle semble être plutôt un rêve que la conception d'un homme éveillé ?Etsi cependant — ce qu'à Dieu ne plaise — ce rêve devenait une réalité ; si cette conception, la conception socialiste, sortant de la région des idées, allait finir par prendre corps dans les faits : cet envahissement de tout par l'État, sorte d'absorption générale, vraie omnipotence, vraie déification de l'État, serait-elle autre chose qu'un joug odieux, une insupportable tyrannie, la plus criante des injustices, la plus révoltante violation des droits de l'individu, de la famille, de la société elle-même ? Qu'on nous dispense de le démontrer; l'évidence ne se démontre pas...

Oh ! qu'il fait bon être catholique ! Ce sera le dernier mot de cette Instruction. A réfuter le socialisme, à le reléguer au pays des chimères, en montrant tout ce qu'il renferme d'erreur, d'impossibilité de mise à exécution, d'injustice, la raison naturelle eût pu suffiire. Et pourtant elle n'a pas suffi. Que d'esprits, plusieurs remarquables, à certains égards, ont fait fausse route en cette question, ou n'ont saisi qu'un côté des choses! Il a fallu qu'un grand Pape, éclairé d'une meilleure lumière que celle qui est fournie par la raison seule, s'emparât du problème social, l'étudiât sur toutes ses faces, et fît entendre à tous et à chacun ce qu'il importait souverainement que tous et chacun entendissent : aux gouvernants et aux gouvernés;, quels sont leurs droits et leurs devoirs; aux riches et aux pauvres, quels sont leurs droits et leurs devoirs ; aux patrons et aux ouvriers, quels sont leurs droits et leurs devoirs. La sagesse a parlé par la bouche de Léon XIII (4)... Répétons-le donc, non comme un cri d'enthousiasme passager, mais comme l'expression d'une conviction réfléchie et profonde : Oh î qu'il fait bon suivre les enseignements de l'Église ! Oh ! qu'il fait bon être catholique ! — Plaise à Dieu que nous le soyons toujours d'esprit, de cœur, et d'action

(1) Ency, Rerum novarum,

SEPTIEME COMMANDEMENT

TROISIÈME PRONE

La violation du droit de propriété, ou le vol.

Non furtum faciès.

Vous ne déroberez point.

Ad ea igitur detestanda (scilicet furtum €t rapinam) et ad fidelem populum a scelesto facinore deterrendum, confèrent omnem curam ac diligentiam parochi.

Catech. Rom.

De ce que nous avons dit précédeniment sur le droit de propriété ; à savoir qu'entre les mains de qui la détient légitimement^ la propriété est inviolable de droit naturel et de droit divin positif, il résulte que le vol est bien défini par saint Augustin, et toute la Théologie: l'usurpation injuste d'une chose appartenant à autrui : Furti nomine bene intelligllur omnis illicila icsurpatio rei alienœ; et par une conséquence logique nécessaire : que le vol est la violation d'un droit, un acte condamnable, un péché. Mais, quel péché est-il ? Et qui s'en rend coupable ? Voilà les deux questions qui se présentent ici. C'est à les résoudre que nous consacrons cette Instruction. Dieu nous aide de sa grâce...

Et d'abord, quel péché est le vol ?

Laissons à la casuistique le soin de décider, quand, et moyennant quelles conditions, le vol est simplement péché véniel; quand, et moyennant quelles conditions, le vol serait improprement appelé de ce nom, et conséquemment cesserait d'être péché,

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même véniel, pour devenir chose permise: ces cas exceptés, et il était utile, sinon nécessaire, de les mentionner, de sa nature le vol est péché mortel .

Le vol, de sa nature péché mortel ; les Saintes Écritures le disent : j'y vois placés sur la même ligne, et comme associés dans la même réprobation, le parjure, l'homicide, l'adultère, le faux témoignage, le vol : Non assumes nomen Domini tui in vaniun... non occides... non mœchaberîs... non loqueris contra proximum tuum falsiim iestinionium... non furtuni faciès {!)... C'est en ces termes que s'exprime le divin Législateur, au Livre de l'Exode, et en celui du Deutéronome. Même assimilation, au chapitre quatrième du prophète Osée ; Un torrent d'iniquités inonde la terre : le blasphème, le mensonge, l'homicide, l'adultère, le vol, et le sang coule avec le sang : Malcdictum, et7?iendaciujn, et ho- 'inicidium, et aduUerlum^ et furtum inundaverunt, et sanguis sanguineni tetigit (2). Le texte de saint Paul vous est encore plus connu ; non moins que l'intempérance, que l'avarice, que le péché de la chair sous ses dénominations multiples^ le vol simplement dit, et la rapine, qui est le vol compliqué de violence, sont des cas d'exclusion du royaume des cieux: Neque molles, neque inasculorum concuhitores, neque avari, neque ebriosi, 7ieque fuves, neque rapaçes, regniun Dei possidebicnt{S).

Le vol, de sa nature péché mortel ; l'Église l'enseigne par l'unanimité de ses docteurs, de ses théologiens, de ses canonistes, de ses prônistes, de ses catéchistes. Entendez saint Augustin, parlant au nom de tous, et disant : Que le péché n'est point remis, si *; l'on ne rend ce qui a été pris : JS'on dimittitur jjeçcatum, nisi / restiluatur ablatum. Lisez, au Rituel Romain, la règle à suivre par tous les confesseurs, et qui fait loi en cette matière : Qu'à ceux qui ne veulent restituer les biens illégitimement retenus, le pouvant faire, l'absolution n'est pas due : Videat diligenter sacerdos ne absolvatqui talis beneficii suntincapaces, quales sunt qui aliéna, si possunt, yestituere nolunt (4). N'insistons pas davantage. La doctrine de l'Église sur ce point ne fait doute pour

(1) ExoD. c. XX. Deux. c. v.

(2) Ose. c. iv, v. 1.

(3)1 Cor. c. iv, v. 9.

(4) liit. Rom.

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