XLII. — LA VIOLATION DU DROIT DE PROPRIÉTÉ
personne. Dépositaire fidèle de la loi morale, l'Église n'a cessé un seul instant de condamner l'injustice, d'où qu'elle vînt, et sous quelque forme qu'elle se soit produite. A toutes les époques de sa longue existence, elle s'est montrée l'école du respect des choses, non moins que des personnes, du droit de propriété, non moins que de tout autre droit. De quelque nature que soit le bien d'autrui ; que ce soit, ou sa femme, ou son honneur, ou son champ, elle défend de l'enlever : Furtiim non faciès.
\ Enfin, le vol, de sa nature péché mortel ; la raison elle-même le démontre, dit le Catéchisme Romain : Quam scelus grave fiertum sit, ipsa 7iaturœ vis, et ratio satis ostendit ; et il en donne incontinent cette preuve : que le vol est absolument contraire à la justice, laquelle veut qu'à chacun soit rendu ce qui lui appartient : Est eni7n justitiœ contrarium, quœ suum cuique tribuit. Il ajoute les paroles suivantes que nous connaissons déjà, mais qui trouvent de nouveau leur place ici : Il est nécessaire, en effet, que -a distribution et le partage des biens, établis depuis l'origine, conGr.nés ensuite parles lois divines et humaines, ne soient point violés, et que tout homme possède paisiblement ce qui est à lui de droitj'à moins qu'on ne veuille bouleverser la société humaine, et la détruire de fond en comble: nisihumanam societatetn tôlière velimus. Le Catéchisme Romain a raison. Si la propriété privée, individuelle, n'était couverte d'une protection efficace ; si le droit pour chacun de jouir de ce qu'il possède n'était mis à l'abri de toute entreprise violente ou frauduleuse : qui ne voit de quels maux la société aurait à souffrir? Et même, supposé que les vols privés vinssent à se multiplier, comme ils se multiplieraient en effet, presque à l'infini; et le sens moral en matière de justice^ surtout en ce qui touche à la légitimité de la propriété individuelle, s'affaiblissant par degrés : qui ne voit combien le vol public, le vol érigé en système, le socialisme enfin, pourrait se prévaloir d'un tel état de choses ?
Les Saintes Écritures, TÉglise, la raison ont parlé ; la preuve est faite : le vol est un péché mortel, de sa nature, conséquemment digne de damnation. Mais, qui s'en rend coupable ? ou plutôt, selon la remarque du Catéchisme Romain : parce que les péchés commis en violation du septième Commandement, quoique infinis en nombre, à cause de leurs variétés, se rapportent pour-
ÂOx) LE DÉC!ALOGUE
tant à deux che-fs principaux : au vol simplement dit, qui retient le nom de vol, et au vol compliqué de violence, qui {^'appelle rapine ; au lieu d'une question unique, nous en avons deux : Qui se rend coupable de vol ? Qui se rend coupable de rapine? Le. Catéchisme Romain va lui-même fournir les réponses; nous n'aurons guère qu'à traduire.
Qui se rend coupable de vol? Ceux qui achètent des choses dérobées, les sachant dérobées, ou qui retiennent celles qui ont été trouvées, ou enlevées, de quelque manière qu'elles l'aient été : Sunt fures qui furto sublatas res emunt, vel aliquo modo inventas, occiipalas, aul ademplas relinent. C'est la vieille morale ; ■elle était en usnge déjà du temps de saint Augustin : Si vous trouvez quelque chose, dit-il, et que vous ne le rendiez pas, vous êtes •censé l'nvoir volé : Si invcnisli, et nonreddtdisti, rapuiUi. En remontant encore plus haut, jusqu'à Tobie, nous y voyons un tou- -chant exemple de probité antique : Le vieux patriarche était devenu aveugle : un jour il entend bêler dans l'étable un jeune chevreau, que sa femme avait acheté, sans qu'elle l'en eût averti, du produit de son travail ; ne sachant comment expliquer la chose, dans l'état de pauvreté extrême où ils étaient tombés, il se mit à crier : Eh ! prenez garde, je vous prie, que ce chevreau se soit enfui de chez nos voisins pour s'introduire furtivement dans notre maison; rendez-le, rendez-le tout de suite à son légitime maître, et que le ciel me préserve de manger jamais de quoi que ce soit qui ne nous appartienne pas, ou même seulement d'y toucher : Videte ne forte fur tivus sil^reddite eum dominis suis, quia non licet nobis aut edere ex furto aliquid, aul contingere (1).
Qui se rend coupable de vol ? Ceux qui, lorsqu'ils vendent ou achètent, usent de fraude, ou de paroles mensongères : Eodem se alligant scelere, qui in emendis vendendisque rébus fraudes adhibent et vanitatem orationis^ Le Catéchisme Romain ajoute que dans ce genre d'injustices, ceux-là sont particulièrement criminels, graviores et injusliores in hoc furtorum génère, qui vendent pour bonnes des marchandises avariées et corrompues, ou qui pour tromper l'acheteur, se servent de faux poids et de fausses mesures. Qui ne sait quel langage énergique la loi divine
<1) TûD. G. H, V. 21.