XLII. — LA ViOLATrON DU DROIT DE PROPRIÉTÉ
?mploie pour stif^iiintiser ces opérations frauduleuses ! Au livre <îu Deutéronome : Vous n'aurez point dans votre sac deux poids différents • Non habebis in saceulo dîversa pondéra (1). Et au dix-neuvième chapitre du Lévitique : Ne faites rien de repréhensible, ni dans vos jugements, ni dans vos règles, ni dans vos poids, ni dans vos mesures : Nolite facere iniquum aliquid in judicio, in régula, in pondère, inmensin^a; que vos balances soient justes, que vss poids soient justes, que vos septiers et vos boisseaux soient justes : Staterà justa, œqua pondéra, jiistics modius, œqtiusquc sevtariiis (2)... Et qu'on ne dise pas que ces larcins successifs, pris séparément, et faits à des acheteurs différents, sont minimes: qu'il ne s'agit que de quelques grammes par kilogramme, ou de quelques centiméti'es par mètre : la vérité est précisément qu'ils ne peuvent être séparés, et qu'ayant entr'eux une union morale, ils finissent inévitablement par former un tout plus ou moins considérable. Donc, que la plus austère probité préside à toutes les transactions commerciales. Les fortunes tardives et lentement acquises, sont d'ordinaire les plus honnêtes, ^'t, l'expérience quotidienne le démontre, les plus solidement assises.
Oui se rend coupable de vol? Les artisans et ouvriers, qui rayant pa^ employé leur temps, comme il le fallait, ou exécuté le travail d'après les conventions faites, ou selon les règles de l'art, exigent néanmoins 'le salaire plein et entier : Furtum etiam apertujn est operariorum et artificuin qui totatn et integrain mercedeni exigunt ab ils qiiibus ipsi justam ac debitam operam non dederunt. — Les serviteurs négligents ou infidèles; négligents, s'ils n'ont pas tout le soin qu'ils doivent avoir du bien de leur maître; infidèles, s'ils font des détournements, ou pour s'enrichir ou pour se faire des amis, comme l'intendant de l'Évangile, dont l'histoire nous est lue chaque année, au huitième dimanche de Pentecôte; en cela même particulièrement criminels : que dans la maison où ils vivent, ayant la clef à peu près de tout, ils abusent de la confiance qu'on leur accorde; Nec vero distinguuntur ■a furibus servi do:ninorum, rerumque custodes infidi, qui
(1) Deut. c. XXV, V. 13.
<2) IJtVIT c, XJX, V o6
etiam eo simt detestabiliores, qucd fitraci servo nihil domi ohsig7iatum esse polest. — Les faux pauvres eux-mêmes, c'est-àdire ceux qui, non pauvres, au sens vrai du mot, ou sans l'être autant qu'ils le disent, sollicitent, et finissent par obtenir, à force d'artifices, et d'affectation dans l'indigence, des aumônes dont ils n'ont pas besoin : Argent d'iniquité, pour l'appeler par son nom, qui les chargera d'un poids énorme au tribunal de Dieu, et parmi les hommes fera exécrer leur mémoire : Fiirtum prœterea facere videyitur qui fictis simulatisque verbis, quive fallaci mendicitate pecuniani extorqueyit^ quorum eo gravius est peccalum^ quod furluin mendacio cumulant — Enfin, non pour épuiser la matière, mais pour clore une liste déjà longue : ceux-là se rendent coupables de vol, dit le Catéchisme Romain, qui exerçant quelque charge ou particulière ou publique, négligent les obligations qu'elle impose, ou ne les remplissent pas du tout, et ne laissent pas néanmoins que de percevoir les émoluments qu'elle leur procure. Illl qiioque in farum numéro reponendi sunt qui, cuon ad privatum aliquod vel puhlicumofficiuin conducti sunt, nuUa)n vel parvam operam navantes, munus ncgligunt, merccde tariluiti et pretio fruunlur.
Mais si les péchés de larcin sont si nombreux qu'on ne peut les compter qu'à grand'peine : les pécliés de rapine le sont-ils moins?. . . A coup sûr, ils sont plus criminels, à raison de la violence, ou tout au moins delà contrainte morale qui les caractérise, et de l'afiront personnel fait à ceux qui en sont les victimes (1). C'est pourquoi le prôniste a le devoir d'en dire quelque chose.
Qui se rend coupable de rapine ? Tout usurpateur qui, ou à main armée, ou en vertu d'une loi inique, ou par la voie de quelque crime resté secret, dépouille autrui de ce qu'il possède légitimement. Il faut un nom propre ici. Ce sera Achab. Achab est roi d'Israël. Achab convoite, pour l'envelopper dans les jardins royaux, une vigne qui leur est contiguë, appartenant à l'un de ses sujets nommé Naboth. Achab demande la vigne. — Naboth refuse. — Achab insiste. — Cette vigne est l'héritage que Naboth tient de ses pères; il persiste dans son refus. La suite vous est
(1) Quia per rapinam non solum inferlur alicui damnum in rébus, sed etiam vergit m quamdam personœ ignominiam, sive injuriam. S. Thom. 2. 2. q. 66. art. 9.