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XLIII. LA RÉPARATION DU DROIT DE PROPRIÉTÉ

-du Temple. Nonllcet eosmittere in corhonam, quia pre Hum saniguinis est... (1). Vous voyez l'application. Saint Jean Ghrysostome la faisait de son temps, elle est juste dans tous les temps : Restituer en bonnes œuvres et en aumônes, au détriment du légitime propriétaire, ce serait une aumône de Judas, ou même de Démon, ajoute ce Docteur : Judaica eleemosyna, imo vero diabolica (2);

Quand ?... Question non moins pratique que les précédentes, et sur laquelle on se fait d'étranges illusions. C'est le plus tôt possible qu'il faut restituer : parce que, comme le dit saint Thomas, il n'est point permis de rester, même pour un temps très court, dans le péché (3) ; parce que, ajoute le même Docteur, le précepte de restituer, bien qu'affirmatif dans les termes qui l'expriment, est néanmoins négatif de sa nature, quamvis sècundum formam affirmativum, implicat tamen in se prœception negalivum, et conséquemment oblige toujours, en toute rencontre, à tout instant (4) ; parce que, au sentiment de plusieurs théologiens, autant de fois on réfléchit à l'obligation qu'on a de restituer, autant de fois on pèche, si le pouvant faire, on ne le fait pas ; parce que, en différant sans cesse d'accomplir un devoir si difficile déjà par luimême, on le rend, par des délais interminables, plus difficile encore ; parcequ'enfin on peut être surpris par la mort, ou empêché par •des infirmités presque équivalentes à la mort elle-même. Disons de toutes les choses sérieuses, et notamment de celle-ci, ce que saint Augustin dit des testaments à faire : Qu'il faut les faire quand on est en bonne santé, que ie^ idées sont saines, et qu'on s'appartient pleinement : Dum sanus es, duni sapiens es, dum tuus es.

Conclusion : Dans cette instruction et les précédentes, le septième Commandement a été expliqué, sinon en sa totalité, car il reste encore à dire, du moins en sa plus grande partie. Avons-nous fait œuvre utile? Ce serait demander s'il est pour la société en général, et pour une paroisse en particulier, de meilleures bases et un appui plus solide que la justice et l'honnêteté! Un jour, le proj)riétaire d'une forêt disait à son garde : Je suis content de toi, et

(1) MaTTH. C. XXVII.

(2) HOMIL. 86. in Matth.

(3) 2. 2. q. 62. art. 8.

•(4) Ibid. «

delà façon dont tu prends soin de mes intérêts. — Maître, répon» dit celui-ci, ce n'est point à moi qu'il faut en savoir de l'obligation, mais à monsieur le curé ; ce qu'il dit dans ses prônes, gardemieux vos propriétés que ce que je puis faire moi-même... Il avait raison. La morale sans Dieu, la morale purement humaine, indépendante, comme on l'appelle, n'est pas séj'ieuse. Elle n'a pour se faire respecter et obéir que la force matérielle, en une foule de cas facile à dérouter. L'enseignement chrétien : voilà le vrai gardien de tous les droits, le meilleur inspirateur de tous les devoirs, parce qu'il s'appuie sur Dieu, s'empare de la conscience, et a une sanction. On a dit ce mot, d'un grand sens : Ce que la philosophie ne peut faire, la religion le fait aisément, et ce que la philosophie fait bien, la religion le fait mieux encore. . . L'a propos de ce mol n'est pas moins à remarquer que sa justesse. La grande préoccupation du temps présent — et, certes, je suis loin de dire qu'elle est hors de saison — c'est de moraliser. A entendre tous et chacun : il faut moraliser... moraliser l'individu, la famille, la société, moraliser à outrance. On a raison, et on ne le saurait trop faire. Mais c'est la religion seule qui le peut faire. Rien ne remplacera le Catéchisme. Toute loi humaine qui n'a pour première assise la loi divine est impuissante. .. Attachons-nous donc de jour en jour, avec plus d'amour, à la religion, dont tous les efforts tendent à nous rendre meilleurs, et qui tout en nous procurant les biens éternels, prend sous sa garde nos biens terrestres, et ne néglige rien pour nous en assurer la légitime jouissancç.

SEPTIÈME COMMANDEMENT

CINQUIÈME PRONE

Le devoir corrélatif au droit de propriété, ou l'aumône. Quod superest^ date eleemosynam, (Luc. c. 11. v. 41.) Avec ce qui reste, faites raumône.

Jam vero huic praecepto illa sententia

subjecta est : ut pauperum et inopum mi-

sereamur, eorumque difficultates et an-

gustias nostris facultatibus et officiis su-

blevemus.

Catech. Rom.

r.e droit de propriété, la négation du droit de propriété, cette négation mise en pratique, ou le vol, la réparation de l'injustice faite par le vol, ou la restitution: toutes ces choses ont été expliquées dans les quatre Instructions précédentes. Mais cela dit, le septième Commandement n'est pas épuisé, il y a encore à dire. Vous qui possédez la terre et ses trésors, ressouvenez-vous de vos frères moins heureux. En même temps que la religion consacre votre droit, elle vous impose un devoir ; et quand, une fois, vous avez suffisamment pourvu aux besoins de la vie, ou aux exigences de la situation, avec ce qui reste faites l'aumône : Qiiod superest date eleemosynam . C'est sur ce point de morale que je me propose de vous entretenir aujourd'hui. Dieu nous aide de sa grâce...

Et d'abord, afin d'entrer dans notre sujet de plain-pied, une première vérité est à démontrer, laquelle, solidement établie, servira de support à une foule d'autres : que l'aumône n'est pas une

■ œuvre de conseil et de suréroga Lion seulement, ainsi quêtant de ; chrétiens sont tentés de le croire, soit pour se trouver innocents^ s'ils ne la font pas, soit, s'ils la font, pour en tirer mérite, en , quelque minime quantité qu'ils la fassent ; mais bien plutôt, .comme la loi naturelle le dit, comme la loi écrite l'a édicté, et 'l'Église l'enseigne, un précepte formel, rigoureux, obligeant en conscience.

La loi naturelle le dit. Est-il besoin ici d'une longue démonstration ? Tout sommaire qu'il soit, le raisonnement du Docteur angélique^ saint Thomas, n'est-il pas plus que suffisant, à savoir : que la loi naturelle nous faisant un devoir d'aimer notre prochain, par cela même et sans qu'il soit besoin d'injonctions particulières, elle nous commande des actes, à défaut desquels il ne saurait y avoir de véritable amour du prochain, c'est-à-dire un amour qui ne se contente pas de lui vouloir du bien seulement, mais consiste lui en faire vraiment, selon notre pouvoir ? Citons ce beau texte, il n'en est point de plus magistral : Cum dlleclio jproximi sit de prœcepto, necesse est omnia illa cadere sub jprœcepto, sine quibus dileciio proximi non conservatur. Ad dilectioncni auleni'proxivii po'tinet, itt proximo non solum velimus bonum, sed eilam operemur (1). Et à l'appui, il cite ces paroles de saint Jean : Aimons nos frères, non de la langue seulement, et par de belles paroles qui ne coûtent rien, mais en œuvre et en vérité, c'est-à-dire en les soulageant par des secours réels et effectifs : Non diligamus verbo, neque lingua, sed in opère et veritate (2)... N'insistons pas davantage ; de ce premier chef, du chef de la loi naturelle, l'aumône est obligatoire.

La loi écrite l'a édicté, non une fois, mais un nombre incalculable de fois. Lisez plutôt :

Dans les livres de Moïse :

Les pauvres ne manqueront pas dans la terre que vous habiterez ; c'est pourquoi je vous commande, moi le Seigneur, d'ouvrir votre main à votre frère indigent (3)... Quand vous ferez la moisson, vous ne tondrez pas jusqu'au sol la superficie de vos

(1)2.2. q.32. art. 5.

(2) I JoAxx. c. m, V. 8.

(3) Deuter. c. xYi y. 11.

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