‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 16 sur 223 · V. — PÉCHÉS CONTRE LE PREMIER COMMANDEMENT 3o · texte numérisé non relu

V. — PÉCHÉS CONTRE LE PREMIER COMMANDEMENT 3o

nombre qu'on r»e se l'imagine d'ordinaire, de fidèles adorateurs. Job, ridnméen, ne servait que le vrai Dieu (1) ; Abimélcch, le Chananéen, ne jurait que par le vrai Dieu (2) ; Melchisédech, lui aussi, au pays tout païen de Ghanaan, ne sacrifiait qu'au vrai Dieu (3) ; au temps de Joseph, à la Cour de Pharaon, le vrai Dieu était tenu pour le Dieu de tout le monde ; ce n'est que plus tard qu'on ne le nomme plus que le Dieu des Hébreux (4) ; franchissons d'un seul bond près de vingt siècles, le centurion romain, Corneille, avec toute sa parenté n'adorait que le vrai Die'i (5) ; et combien d'autres, connus de Dieu seul. Allons encore plus loin, et disons que de ceux-là mômes qui s'adonnaient à quelque culte idolatrique, plusieurs, beaucoup peut-être, ne méconnaissaient pas pour cela le vrai Dieu. C'est ignorer les premiers principes de la théologie, dit Bossuet, en un écrit qui, par la nature des choses qu'il y traite, est proprement un écrit doctrinal, que de ne pas vouloir entendre que l'idolâtrie adorait tout, «t le vrai Dieu comme les autres (6). Mais ces exceptions, ou réserves, étant faites, quelle aberration avait envahi le monde «ntier ! Idolâtres, les Egyptiens, les Chaldéens, les Assyriens, les Grecs, les Romains, tous les peuples, tant civilisés que barbares. Idolâtres, non seulement le vulgaire, mais les lettrés, les philosophes, c'est-à-dire ceux-là mêmes qui eussent dû ne l'être point ; c'est pourquoi, dit saint Paul, Dieu les a livrés à tous les désordres, à toutes les passions, même aux impuretés contre nature, parce que se glorifiant du nom de sages, et à plus d'un égard l'étant en eâ"et, dès lors mieux à même de connaître la vérité, ils ne s'en sont point servi pour eux, et l'ont retenue captive pour les autres (7). Et ce n'est pas tout ; universelle, quant aux personnes, l'idolâtrie le fut encore, quant aux choses. ■Que n'adora-t-on pas ! Et c'est ce qui explique la gradation toujours descendante que nous remarquions tout à l'heure dans le

(1) Liber JoB .

(2)Gen. c. 21.

(3) Ibid. c. 14.

(4) ExOD. c. S et 9.

(5) ACT. c. 10.

(6) Tome 44. Le deuxième de ça. correspoTidance, p. 345.

(7) Rom. c. 1, V. 20 et seqq, - Le prônisie Baillet dit ; Dieu a mis au dessous dea fcêtes ces sages qui mettaient les bêtes au dessus de Dieu.

texte de la loi prohibitive du culte des faux dieux : Vous n'adorerez point d'autres dieux que moi seul ; vous ne vous ferez point d'images taillées, ni aucune figure de ce qui est en haut, dans le ciel, ni de ce qui est en bas, sur la terre, ni de ce qui est encore plus bas, sous la terre, dans les eaux. . . c'est-à-dire que, si déjà ce n'était fait, on allait en venir à déifier les choses d'en haut d'abord, le soleil, la lune, les étoiles, les astres grands et petits, toute la milice céleste ; puis ensuite — car l'homme ne se tiendra pas sur ces hauteurs — les choses d'en bas, les hommes ; et quels hommes ! souvent les plus abominables : celui que les poètes appellent le roi du ciel, saint Gyprien le qualifie de roi des 'Vices (1) ; après les hommes, les animaux, plus rarement peutêtre ceux qui sont, utiles, comme le bœuf, que ceux qui sont nuisibles comme le serpent et le crocodile ; après les animaux , les arbres des forêts, les plantes potagères elles-mêmes, l'ail, les oignons, les poireaux, d'où cette remarque satirique du poète : Heureux peuples qui voient pousser leurs dieux dans leurs jardins (2) ; après les créatures inanimées, ou animées mais privées de raison, lesquelles sont bonnes en soi, ou accidentellement mauvaises, ce qui, cette fois, est toujours mauvais, essentiellement mauvais, mauvais par son propre fond, le vice ; oui, le genre humain s'égara jusqu'à adorer ses passions, ses vices euxmêmes. . . Et à tous ces dieux, les uns ridicules, les autres infâmes, tous indignes plus d'un million de fois, de porter le nom incommunicable (3), on élevait des temples, on dressait des autels, on immolait des victimes, on instituait des fêtes en leur honneur ; quelles fêtes donc ? tirons le voile sur ces liorreurs : jl n'y avait, dit Bossuet, nul endroit de la vie humaine, d'où la

(1) A Rome, une courtisane nommée Flora qui, du trafic de son corps avait gagné d'immenses richesses, les ayant laissées par testament au peuple romain, le peuple romain l'érigea en déesse. L. de Grenade, t. 4, p. 496.

(2) Felices populi, quibus haec nascuntur in hortis Numina... (Juvénal). — S. Augustin n'est pas moins incisif, lorsque parlant du nombre prodigieux de dieux, chez les païens, il dit qu'on en avait mis partout, aux foyers, aux cheminées, aux écuries elles-mêmes et jusqu'à trois pour garder l'entrée d'une maison, alors qu'un seul homme eût suffi pour cet office : Unum quidem domui suse ponit ostiarium, et quia homo est, sufficit omnino ; U'es deos isti ("pagani) posuerunt. De Civ. lib. 4, c. 8.

(3) Sap. c. 14, V. 21.

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