‹ Cinquante-deux prones sur le décalogueChapitre 155 sur 223 · XLV. — LE FAUX TÉMOIGNAGE 44Î · texte numérisé non relu

XLV. — LE FAUX TÉMOIGNAGE 44Î

Gardons-nous de dire : Si je dépose tout ce que je sais, voilà un homme perdu, une famille déshonorée, je mêle reprocherais toute ma vie... ou bien, un tel est mon ami, je ne puis me résoudre à témoigner contre lui.. . Non, la justice avant tout; l'intérêt général prime l'intérêt particulier ; l'amitié elle-même doit être sacrifiée à la vérité. Vous connaissez cette parole judicieuse d'un ancien : Un tel est mon ami, mais la vérité est encore plus mon amie que mon ami.. . Vous n'ignorez pas non plus cette parole d'un grand Pape : J^ai haï l'iniquité^ et aimé la justice, c'est pourquoi je meurs en exil... (1) Grégoire VII avait compris que les droits de la vérité sont tels, qu'il n'est jamais permis de les trahir.

Mais, comme en second lieu, ainsi que l'enseigne saint Thomas, et après lui le Catéchisme Romain, il faut entendre par le faux témoignage pris dans son acception générale, tout péché commis par la langue : veillons sur les écarts de la langue, et sur l'intempérance des paroles, mettons une garde à notre bouche, et à nos lèvres une porte et une serrure . custodiam ori, et ostium circum. stantiœ labiis (2). C'est être sage, que de savoir se taire, car selon le proverbe : si la parole est d'argent, le silence est d'or. Le mot de saint Jacques est encore plus autorisé que le proverbe arabe : Qui non offendit in verbo, hic perfectus est (3) : Celui-là est parfait, qui ne pèche pas par la langue. .,

(1) Brev. Rom. Die 25. Maii.

(2) PSAL, CXL.

(3) Jacob. Loc. jam. cit.

HUITIÈME COMMANDEMENT

DEUXIÈME PRONE Le Mensonge

Non loqueris contra proxlmum tuum, faïsum testimo-

nium.

Vous ne direz point de faux témoignage contre votre

prochain.

ut autem libentius hoc mendacii vitium

caveant fidèles, proponet eis parochus

summam hujus sceleris miseriam et tur-

pKudinem.

Ce n'est pas seulement le faux témoignage, c'est-à-dire toute déposition mensongère faite à un juge compétent, et interrogeant selon les règles de la justice ; mais encore tout mensonge, quel qu'il soit, et fait à quelqu'homme que ce soit, qui tombe sous les prohibitions du huitième Commandement. Or, dit le Catéchisme Ptomain, afin que les fidèles aient ce péché qu'il qualifie de crime, en plus grande aversion, il faut que le pasteur leur en montre toute la laideur et toute l'énormité. C'est ce que nous nous proposons de faire dans l'Instruction d'aujourd'hui. x\ cet effet, nous considérerons le mensonge à ce triple point de vue : de la conscience, des relations sociales, et de la dignité personnelle. Dieu nous aide de sa grâce...

Et d'abord, au point de vue de la conscience, le mensonge est

toujours péché, si minime qu'en soit l'importance ; fùt-il simple-i ment joyeux, c'est-à-dire, fait dans un but récréatif, pour égayer la conversation : fùt-il uniquement officieux, c'est-à-dire, si, proféré en vue de rendre service au procliain, ou de se procurer quelque avantage à soi-même, l'utilité qu'on en prétend tirer ne tourne^ pas au détriment de quelqu'un : en tous ces cas, dit saint Augus-^ tin, je veux bien que le péclié ne soit pas grave, mais pourtant péché il y a : Duo sunt omnino gênera mendaciorum in quibus 710)1 magna culpa est, sccl lamen non sunt sine culpa, cinn aut jocamur, aut lit prosirmis, menlimiir {;{). Il en est des différentes espèces de mensonges, selon la judicieuse et spirituelle remarque d'un Auteur, comme des différentes espèces de serpents. Tous ces reptiles ne sont pas venimeux et redoutables au même degré, aucun pourtant n'est absolument inoffensif (2).

Mais si cessant d'être ou simplement joyeux, ou uniquement officieux, dans le sens, et avec la réserve que nous venons de faire, le mensonge devient pernicieux, c'est-à-dire, s'il a pour objet de léser la réputation du prochain, de lui enlever son crédit, la considération dont il jouit, les biens qu'il possède ; et ce qui est pire encore, s'il s'en prend à Dieu lui-môme, s'il blesse l'honneur qui lui est dû, si par la plume d'un écrivain impie, ou par ie discours d'un hérétique obstiné, il contredit aux vérités qu'il a révélées (3) : cette fois, voilà l'aspic au noir venin qui apparaît, le mensonge prend un caractère supérieur de culpabilité, il est péché mortel, et rend son auteur passible de damnation.

Étonnez-vous, après cela, du langage sévère des Écritures, en *' cette matière : le silence, si elles le gardaient, serait bien autrement étonnant. Elles disent donc : f,

Que la bouche qui ment, tue Tàme : Os qui mentitur occidit animam (4).

Que tous ceux-là qui profèrent des mensonges. Dieu les perdra : Perdes omnes qui loquunlur mendacium (5).

(1) s. AUGUST. Enarr. in psal. 5.

(2) P. Segneri.

(3) Plenissimum vero impietatis est mendacium, cum quis in religlonem, vel cte religione mentitm*. Catech. Rom. }

(4) Sap. c. I, V. 11. j 5) Psal. y, y. 7. ^

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